La culture celte au Portugal : peuples, croyances, mythes et traditions

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Bien avant les conquêtes romaines, le territoire de l’actuel Portugal était peuplé de communautés qui bâtissaient des cités fortifiées, honoraient des divinités locales et parlaient des langues aujourd’hui presque disparues. Certaines appartenaient au monde celtique, d’autres entretenaient avec lui des relations plus difficiles à définir. Des montagnes du Minho aux sanctuaires de l’Alentejo, leurs vestiges racontent une histoire fascinante, mais plus complexe que celle d’un Portugal simplement « descendant des Celtes ».

Sur les hauteurs de Briteiros, près de Guimarães, les murs de granit dessinent encore les contours d’une ville disparue. Des ruelles pavées séparent des maisons dont certaines présentent un plan circulaire. Autour d’elles, les vestiges de puissantes enceintes rappellent que ces communautés savaient construire, organiser leur espace et défendre leurs établissements.

C’est ici que commence une question qui traverse l’histoire portugaise : quelle place les Celtes ont-ils réellement occupée dans la formation des cultures de ce territoire ? La réponse se trouve moins dans les légendes d’une origine unique que dans les pierres, les inscriptions et les traces laissées par des populations dont nous ne connaissons qu’une partie de l’histoire.

Des cités de pierre dans les montagnes du Nord

briteiros

Au cours du premier millénaire avant notre ère, de nombreuses communautés du nord-ouest ibérique vivaient dans des établissements fortifiés appelés castros. Installés sur des hauteurs, ils dominaient souvent les vallées, les terres agricoles et les voies de circulation.

Leurs habitants ne vivaient pas dans un monde isolé. Les découvertes archéologiques témoignent d’échanges, de transformations techniques et de contacts avec d’autres régions de la péninsule et de l’Europe.

À Briteiros, les fouilles ont révélé un établissement complexe, dont les phases d’occupation s’étendent jusqu’à l’époque romaine. Le site est devenu un lieu majeur de l’archéologie portugaise grâce notamment aux recherches entreprises au XIXe siècle par Francisco Martins Sarmento.

Sanfins

Plus au sud, près de Paços de Ferreira, la Citânia de Sanfins offre un autre aperçu de ces sociétés. Ses fortifications et ses constructions témoignent de plusieurs siècles d’évolution, avec des transformations importantes à l’approche de la romanisation.

Ces sites appartiennent à ce que les archéologues appellent la culture des castros, ou cultura castreja. L’expression désigne un ensemble de traditions matérielles et de formes d’habitat, particulièrement présentes dans le nord du Portugal et en Galice.

Mais une culture archéologique n’est pas nécessairement un peuple unique. Des communautés peuvent partager des techniques de construction, des objets ou des pratiques sans parler exactement la même langue ni se reconnaître dans une identité commune. C’est toute la difficulté lorsqu’on cherche à attribuer ces vestiges aux « Celtes ».

Qui étaient vraiment les Celtes du Portugal ?

viriate chef rebel lusitanien

Le mot celte évoque aujourd’hui volontiers l’Irlande, la Bretagne ou l’Écosse. Pourtant, dans l’Antiquité, des langues et des cultures celtiques étaient présentes dans une partie beaucoup plus vaste de l’Europe, y compris dans la péninsule Ibérique.

Les auteurs grecs et romains ont laissé plusieurs noms de peuples qui occupaient l’ouest de la péninsule : les Gallaeci, dans le Nord-Ouest, les Lusitaniens, plus au centre, ainsi que différents groupes désignés comme Celtici.

Ces appellations ne recouvrent pas toutes la même réalité. Certaines correspondent à des ensembles régionaux, d’autres à des identités mentionnées par des observateurs extérieurs. Elles ne permettent pas de reconstituer une carte ethnique simple.

Le cas des Lusitaniens est particulièrement révélateur

Souvent présentés comme les ancêtres celtes des Portugais, ils sont notamment connus pour leur résistance à l’expansion romaine au IIe siècle avant notre ère, sous la conduite de Viriate. Mais leur langue n’est généralement pas classée parmi les langues celtiques par les spécialistes, même si elle appartient à la famille indo-européenne et présente des contacts avec le monde celtique.

La documentation est extrêmement limitée : seules quelques inscriptions conservent des mots et des formes grammaticales lusitaniennes. Les chercheurs doivent donc travailler à partir de fragments, de noms propres et de dédicaces religieuses.

Il serait ainsi trompeur de faire des Lusitaniens un peuple celte homogène, puis d’en déduire une filiation directe avec l’ensemble des Portugais actuels.

Le territoire portugais s’est constitué au fil de nombreuses strates historiques. Les influences préromaines en font partie, mais elles ne forment ni un commencement unique ni une identité demeurée inchangée pendant deux millénaires.

Les dieux oubliés de la Lusitanie

Santuário do Endovélico de Rocha da Mina
Santuário do Endovélico de Rocha da Mina

Si les langues anciennes nous sont parvenues sous forme de fragments, les croyances ont laissé des traces parfois plus nombreuses.

Dans l’Alentejo, près de Terena, un sanctuaire était consacré à Endovélico, l’une des divinités préromaines les mieux documentées de l’ouest ibérique.

Des dizaines d’inscriptions latines découvertes dans ce secteur témoignent du culte rendu à ce dieu. Elles montrent aussi que les traditions religieuses locales n’ont pas disparu du jour au lendemain avec l’arrivée des Romains.

Au contraire, des fidèles pouvaient continuer à honorer une divinité ancienne tout en utilisant la langue et les formes de dédicace du monde romain.

Cette coexistence raconte une histoire plus subtile que celle d’une civilisation effaçant brutalement la précédente. Les cultes évoluent, changent de langue et parfois de forme, tandis que certains noms traversent les siècles.

D’autres inscriptions de l’ouest péninsulaire évoquent des divinités locales, dont les fonctions exactes restent difficiles à déterminer. Les noms conservés suggèrent un paysage religieux diversifié, mais ne permettent pas de reconstruire intégralement les mythes ou les cérémonies de ces populations.

C’est une limite essentielle : nous connaissons parfois le nom d’un dieu sans savoir précisément comment ses fidèles imaginaient son histoire.

Une langue disparue, des noms qui résistent au temps

origine des noms de villes portugaises

La conquête romaine a profondément transformé la péninsule Ibérique. Le latin s’est progressivement imposé dans l’administration, les échanges et la vie quotidienne. C’est de cette langue que naîtra, bien plus tard, le portugais.

Pourtant, la romanisation n’a pas effacé toutes les traces du passé. Des noms de personnes, de peuples, de divinités et de lieux ont survécu dans les inscriptions antiques. Certains révèlent des influences celtiques ; d’autres appartiennent à des langues préromaines dont les contours demeurent incertains.

La toponymie constitue ainsi un terrain de recherche précieux, mais délicat. Le nom ancien de Braga, Bracara Augusta, renvoie à la ville romaine associée aux Bracari, un peuple du Nord-Ouest. Son histoire témoigne de la rencontre entre un nom local et le pouvoir romain, sans autoriser pour autant les traductions simplistes parfois proposées pour expliquer son origine.

Les linguistes doivent comparer les formes anciennes, les évolutions phonétiques et les inscriptions disponibles. Une ressemblance entre deux mots ne suffit pas à établir une parenté.

L’héritage préromain du portugais existe donc surtout sous forme de traces dispersées. La langue que nous connaissons est fondamentalement romane, façonnée ensuite par de nombreux siècles d’échanges et de transformations.

Lire aussi : Origine des noms de villes portugaises

Des fêtes portugaises vraiment héritées des Celtes ?

caretos podence carnaval 2026

La recherche de racines celtiques devient encore plus délicate lorsqu’elle touche aux traditions populaires.

Dans le nord du Portugal, les fêtes masquées, les rituels saisonniers et certaines célébrations rurales sont parfois rapprochés de pratiques anciennes. Les caretos de Trás-os-Montes, avec leurs masques et leurs costumes spectaculaires, nourrissent notamment l’imaginaire d’un passé préchrétien.

Ces rapprochements sont séduisants. Ils ne constituent pourtant pas, à eux seuls, la preuve d’une transmission ininterrompue depuis l’âge du Fer.

Une fête peut conserver des éléments anciens tout en ayant été profondément transformée par le christianisme, les coutumes locales et les changements sociaux. Des traditions semblables peuvent aussi apparaître dans différentes régions sans partager une origine unique.

samahain

Le même problème se pose avec Samhain, fête ancienne du monde gaélique souvent associée aux origines d’Halloween. Son histoire est importante pour comprendre certaines traditions des îles Britanniques, mais elle ne démontre pas que la Toussaint portugaise ou le Pão por Deus descendent directement d’un rite celtique pratiqué dans l’actuel Portugal.

Quant aux fêtes du printemps, au Carnaval ou aux danses populaires, leur ancienneté ne suffit pas à les qualifier de celtiques.

La musique offre un exemple comparable. La gaita-de-foles, présente dans certaines traditions du nord du Portugal et de Galice, rappelle les cornemuses d’autres régions européennes. Elle témoigne de parentés et de circulations musicales, mais ne permet pas de reconstituer à elle seule une tradition inchangée depuis l’Antiquité.

Il existe en revanche une véritable culture celtique contemporaine, portée par des musiciens, des festivals et des rencontres entre régions européennes. Elle mérite d’être distinguée de ce que l’archéologie peut établir sur les populations préromaines.

Les dolmens racontent une histoire encore plus ancienne

Dólmen da Lapa da Meruje

Parmi les monuments parfois associés aux Celtes figurent les dolmens, les menhirs et les cercles de pierre.

Or une grande partie du patrimoine mégalithique portugais remonte au Néolithique et au Chalcolithique, plusieurs millénaires avant l’âge du Fer et les populations habituellement associées aux cultures celtiques.

Ces monuments témoignent d’une histoire plus profonde encore : celle des premières communautés agricoles, de leurs pratiques funéraires et de leurs rapports au territoire. Les confondre avec des constructions celtiques revient à effacer une partie essentielle de la préhistoire portugaise.

Cela n’exclut pas que des populations postérieures aient connu, fréquenté ou réinterprété certains monuments anciens. Mais la date de leur construction et leur éventuelle réutilisation sont deux questions différentes.

Un héritage plus complexe qu’une origine unique

Sur les hauteurs de Briteiros, les maisons de pierre ne livrent pas toutes leurs réponses. Elles révèlent des communautés capables de construire des établissements élaborés, d’entretenir des échanges et d’adapter leurs modes de vie aux transformations de leur époque.

À Terena, les inscriptions consacrées à Endovélico montrent qu’une divinité locale pouvait continuer à être honorée dans un monde devenu romain. Ailleurs, quelques mots gravés dans la pierre préservent les derniers témoignages de langues dont nous ignorons presque tout.

C’est peut-être là que réside le véritable intérêt de l’héritage celtique du Portugal : non dans la recherche d’un peuple fondateur unique, mais dans la découverte d’un territoire où plusieurs cultures se sont rencontrées, influencées et transformées.

Le Portugal possède bien des héritages celtiques et préromains. Mais leur histoire est celle d’une diversité ancienne, et non d’une identité nationale déjà constituée.

Les vestiges qui subsistent permettent d’en retrouver certains fragments. Les zones d’ombre, elles, rappellent combien le passé reste plus vaste que les récits que nous construisons pour l’expliquer.

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