Il existe des routes que l’on emprunte pour arriver le plus vite possible à destination. Et puis il y a celles que l’on choisit précisément parce qu’elles invitent à ralentir. La route nationale EN120 appartient à cette seconde catégorie.
Entre Alcácer do Sal et Lagos, elle déroule près de 174 kilomètres à travers quelques-uns des paysages les plus préservés du Portugal. Des plaines du Bas-Alentejo aux falaises de la Costa Vicentina, en passant par les villages blancs, les forêts méditerranéennes et les longues plages sauvages de l’Atlantique, elle offre un condensé de tout ce qui fait la richesse du sud du pays.
Créée en 1945 dans le cadre du Plan routier national, la EN120 constituait autrefois l’un des grands axes reliant le nord et le sud du littoral portugais. L’arrivée des autoroutes lui a progressivement retiré son rôle stratégique, sans jamais lui faire perdre son identité. Aujourd’hui encore, sa signalisation accompagne les voyageurs sur la majeure partie du parcours, comme un rappel d’une époque où voyager comptait autant que la destination.
Parcourir la EN120, ce n’est pas chercher le chemin le plus rapide vers l’Algarve. C’est accepter de multiplier les haltes, de quitter parfois la route principale pour rejoindre un village ou une plage, et de découvrir un Portugal qui se dévoile à un rythme bien différent de celui de l’autoroute.
Km 0 : Alcácer do Sal, là où tout commence

Difficile d’imaginer un meilleur point de départ qu’Alcácer do Sal. Accrochée aux rives du Sado, cette ville baignée par la lumière de l’Alentejo possède plus de trois mille ans d’histoire. Phéniciens, Romains, Maures puis chevaliers de l’ordre de Santiago s’y sont succédé, laissant un patrimoine exceptionnel.
Le regard est immédiatement attiré par le château qui domine la ville. D’origine musulmane, il compte parmi les plus vastes forteresses médiévales du Portugal. Aujourd’hui transformé en pousada, il abrite également la remarquable Crypte archéologique, la plus grande du pays, où plus de vingt-sept siècles d’occupation humaine se dévoilent couche après couche.
Avant de reprendre la route, une promenade le long des quais du Sado s’impose. Le fleuve reflète les façades blanches de la vieille ville tandis que l’élégant pont métallique inauguré en 1945, la même année que la création de la EN120, rappelle l’architecture des ouvrages attribués à l’école Eiffel.
Km 22 : Grândola, entre pins et collines de l’Alentejo

Les 20 premiers kilomètres traversent de longues forêts de pins maritimes et d’immenses paysages où la route semble se perdre à l’horizon. Pendant longtemps, cette portion était réputée pour être la plus longue ligne droite du Portugal.
À Grândola, la route retrouve un relief plus marqué. La petite ville reste indissociable de la chanson Grândola, Vila Morena, devenue le symbole de la Révolution des Œillets en 1974, mais elle mérite aussi une halte pour son atmosphère paisible.
À la sortie de la ville, l’ermitage de Nossa Senhora da Penha offre un superbe panorama sur les plaines alentour. Puis la EN120 commence à grimper doucement vers la Serra de Grândola, où les chênes-lièges, les arbousiers et le maquis méditerranéen annoncent déjà les paysages plus sauvages qui attendent les voyageurs.
Km 55 : Santiago do Cacém, le parfum de l’océan

À partir de Santiago do Cacém, quelque chose change. L’air devient plus humide, les pins laissent progressivement place à une végétation plus dense et l’Atlantique, encore invisible, commence déjà à se faire sentir.
Dominant la ville, le château médiéval rappelle l’importance stratégique de cette ancienne cité. Quelques kilomètres plus loin se trouvent les vestiges de Miróbriga, l’un des ensembles archéologiques romains les mieux conservés du Portugal, avec son forum, ses thermes et son hippodrome.
Si le temps le permet, un détour vers la côte est vivement recommandé. Sines, ville natale de Vasco de Gama, possède un château dominant l’océan et un centre historique animé. Plus au sud, Porto Covo dévoile l’un des plus beaux villages du littoral portugais, avec ses maisons blanchies à la chaux, ses falaises orangées et la silhouette de l’île de Pessegueiro, accessible en bateau durant l’été.
Km 80 : la Costa Vicentina commence vraiment

À partir de Cercal do Alentejo, la route change de visage. Les longues lignes droites disparaissent peu à peu au profit de courbes qui serpentent entre collines, eucalyptus, chênes-lièges et pinèdes.
La EN120 pénètre alors dans le Parc naturel du Sud-Ouest Alentejano et Costa Vicentina, un territoire protégé qui s’étend sur plus de 110 kilomètres de littoral et constitue l’un des espaces côtiers les mieux préservés d’Europe.
Ici, la route ne cherche plus à aller vite. Elle épouse les reliefs, traverse des paysages presque intacts et invite sans cesse à faire un détour vers les plages sauvages qui ponctuent cette côte spectaculaire.
Km 100 : Vila Nova de Milfontes, là où le Mira rejoint l’Atlantique

Quelques kilomètres après Odemira, traversée paisiblement par le fleuve Mira, la EN120 atteint l’une des étapes les plus séduisantes de son parcours : Vila Nova de Milfontes.
Construite à l’embouchure du Mira, cette petite ville offre un paysage unique où les eaux calmes du fleuve rencontrent les vagues de l’Atlantique. Ce contraste donne naissance à une succession de plages très différentes, certaines abritées, d’autres ouvertes sur l’océan, qui comptent parmi les plus appréciées de la côte de l’Alentejo.
Dominant l’estuaire depuis le XVIIᵉ siècle, le fort São Clemente rappelle l’époque où il fallait protéger cette portion du littoral des attaques de pirates. Quelques pas plus loin, les terrasses des restaurants invitent à une première véritable pause gastronomique. Poissons grillés, palourdes à la Bulhão Pato, cataplanas ou fruits de mer : Milfontes fait partie de ces villes où le voyage se poursuit aussi dans l’assiette.
Km 120 : falaises sauvages et villages suspendus

Au sud de Milfontes, la route longe l’une des portions les plus spectaculaires de la Costa Vicentina. À Almograve, les hautes falaises plongent dans l’Atlantique tandis que les sentiers traversent les dunes protégées. La plage garde également le souvenir de l’une des plus importantes marées noires qu’ait connues la côte portugaise à la fin des années 1980.
Quelques kilomètres plus loin apparaît Zambujeira do Mar, sans doute l’un des plus beaux villages du littoral. Accrochées au sommet des falaises, les maisons blanches dominent une plage encaissée régulièrement classée parmi les plus belles du Portugal. Depuis les belvédères, le regard porte sur des kilomètres de côte sauvage battue par les vagues.
En poursuivant vers le sud, un discret chemin conduit jusqu’à la Praia da Amália, où la célèbre chanteuse Amália Rodrigues possédait sa résidence d’été. Protégée par les falaises, cette petite crique reste aujourd’hui l’un des lieux les plus paisibles de toute la côte.
Km 140 : Odeceixe, là où l’Alentejo devient Algarve

Peu de voyageurs remarquent le moment précis où l’on quitte l’Alentejo pour entrer en Algarve. Sur la EN120, cette transition s’effectue presque naturellement.
Odeceixe apparaît au détour d’une colline, dominée par son moulin à vent et ses maisons blanchies à la chaux. En contrebas, la rivière Seixe dessine une large courbe avant de rejoindre l’océan, formant l’une des plages les plus originales du Portugal.
La Praia de Odeceixe, régulièrement citée parmi les plus belles du pays, séduit autant les familles que les amateurs de surf. À marée basse, la rivière crée un vaste bassin aux eaux calmes tandis que quelques dizaines de mètres plus loin, l’Atlantique déploie toute sa puissance.
À partir d’ici, les paysages changent progressivement. Les vastes plaines de l’Alentejo cèdent leur place à un relief plus accidenté, annonçant les montagnes de l’ouest de l’Algarve.
Km 155 : Aljezur, entre histoire et vagues de l’Atlantique

La EN120 poursuit sa route jusqu’à Aljezur, l’une des plus anciennes villes de l’ouest algarvien. Dominée par les ruines de son château construit par les Maures au Xe siècle, la ville conserve une atmosphère authentique avec ses maisons blanches et ses ruelles escarpées. Pendant plusieurs siècles, elle constitua un important point de contrôle entre l’Alentejo et l’Algarve.
Les alentours attirent aujourd’hui un tout autre public. Les plages de Monte Clérigo, Arrifana et Amoreira sont devenues des références pour les surfeurs venus de toute l’Europe, mais séduisent tout autant les voyageurs en quête de paysages spectaculaires.
À quelques kilomètres seulement se cache également l’un des sites historiques les plus méconnus du Portugal : le Ribat de Arrifana. Fondé au XIIᵉ siècle par le maître soufi Ibn Qasi, cet ancien couvent fortifié domine toujours l’océan depuis une falaise vertigineuse.
Km 165 : les derniers virages de la Serra do Espinhaço de Cão

Avant de rejoindre Lagos, la EN120 réserve une dernière surprise. La Serra do Espinhaço de Cão marque la transition entre l’Alentejo et le Barlavento algarvien. Longtemps réputée pour son revêtement difficile, cette portion de route a été entièrement modernisée tout en conservant son tracé sinueux.
Les virages s’enchaînent au milieu des forêts de pins, des cistes et du maquis méditerranéen. Fenêtres ouvertes, les parfums de résine et de végétation envahissent l’habitacle tandis que la route grimpe puis redescend lentement vers l’océan.
Quelques kilomètres plus loin, les premiers quartiers de Lagos apparaissent enfin.
Km 174 : Lagos, la fin de la route et le début des vacances

La EN120 s’achève à Lagos, l’une des plus belles villes de l’Algarve. Derrière ses remparts des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, le centre historique mêle ruelles pavées, places animées et monuments qui rappellent le rôle majeur de la ville durant l’époque des Grandes Découvertes.
Plus au sud, les falaises sculptées de Ponta da Piedade comptent parmi les paysages les plus célèbres du Portugal, tandis que les plages de Dona Ana, Camilo ou Porto de Mós prolongent naturellement le voyage.
La route nationale rejoint ici la EN125, qui traverse tout l’Algarve d’ouest en est. Beaucoup poursuivront vers Portimão, Albufeira ou Tavira. D’autres préféreront s’arrêter à Lagos.
Une chose est sûre : après 174 kilomètres parcourus au rythme de la EN120, on comprend vite que cette route n’était pas seulement un moyen de rejoindre l’Algarve. Elle faisait déjà partie du voyage.
Guide pratique : parcourir la EN120
Les principales étapes
- Km 0 : Alcácer do Sal
- Km 22 : Grândola
- Km 55 : Santiago do Cacém
- Km 80 : Cercal do Alentejo
- Km 100 : Vila Nova de Milfontes
- Km 120 : Almograve et Zambujeira do Mar
- Km 140 : Odeceixe
- Km 155 : Aljezur
- Km 165 : Serra do Espinhaço de Cão
- Km 174 : Lagos
Combien de temps faut-il prévoir ?
La EN120 mesure environ 174 kilomètres entre Alcácer do Sal et Lagos.
Sans arrêt, le trajet s’effectue en un peu plus de 3 heures. Mais cette route mérite largement davantage. L’idéal est de prévoir 2 à 4 jours afin de profiter des villages, des plages et des nombreux détours vers le littoral.
Les incontournables
- Le château et la crypte archéologique d’Alcácer do Sal.
- La Serra de Grândola.
- Les ruines romaines de Miróbriga.
- Porto Covo et l’île de Pessegueiro.
- Vila Nova de Milfontes.
- Zambujeira do Mar.
- La plage d’Odeceixe.
- Le château d’Aljezur.
- Les plages d’Arrifana, Monte Clérigo et Amoreira.
- Les falaises de Ponta da Piedade à Lagos.
Quelle est la meilleure période ?
Le printemps et l’automne offrent les meilleures conditions : températures agréables, faible circulation et paysages particulièrement verdoyants.
L’été permet de profiter pleinement des plages, mais certaines stations balnéaires sont très fréquentées.
L’hiver dévoile une Costa Vicentina plus sauvage encore, avec une lumière exceptionnelle et des falaises spectaculaires balayées par les tempêtes de l’Atlantique.
Nos conseils
- Prévoyez de nombreuses haltes : c’est l’intérêt même de la EN120.
- Quittez régulièrement la route pour rejoindre les plages de la Costa Vicentina.
- Réservez votre hébergement à l’avance en juillet et en août.
- Prenez le temps de découvrir les villages historiques plutôt que de les traverser.
- Gardez votre appareil photo à portée de main : cette route compte parmi les plus photogéniques du Portugal.







