Les Perdigões : mystérieux sanctuaire archéologique vieux de 5000 ans

perdigoes

Au cœur des vastes plaines de l’Alentejo, non loin de Reguengos de Monsaraz, un site exceptionnel continue de révéler les secrets d’une civilisation vieille de plus de 5 millénaires. Invisible depuis les routes voisines, le complexe archéologique des Perdigões est pourtant considéré comme l’un des plus importants ensembles préhistoriques de la péninsule Ibérique, attirant depuis près de trente ans des chercheurs venus du monde entier.

Une nouvelle campagne de fouilles débute le 1er juillet et se poursuivra jusqu’au 1er août. Pour les archéologues, chaque intervention permet d’enrichir un puzzle encore incomplet sur les sociétés qui occupaient ces terres entre 3400 et 2000 avant notre ère. Plus qu’un simple chantier scientifique, Perdigões est devenu un véritable laboratoire à ciel ouvert pour mieux comprendre les croyances, les échanges commerciaux et les rassemblements qui rythmaient la préhistoire européenne.

Un immense monument vieux de plus de 5000 ans

1min ERA #2 | O sítio arqueológico dos Perdigões | The Perdigões archaeological site

Classé Monument national depuis 2019, le complexe archéologique des Perdigões couvre près de 16 hectares. Son plan concentrique, délimité par 16 fossés successifs identifiés à ce jour, témoigne d’une organisation remarquable pour une époque aussi ancienne. Occupé durant près de 14 siècles, il constitue l’un des sites préhistoriques les plus étudiés du Portugal.

Le lieu a été aménagé dans un vaste amphithéâtre naturel ouvert vers l’est, face au paysage mégalithique de Vale do Álamo. Ce choix ne semble pas dû au hasard. Les chercheurs estiment que l’architecture du site intégrait une véritable dimension cosmologique. Plusieurs accès sont en effet alignés sur le lever ou le coucher du soleil lors des équinoxes et des solstices, transformant l’horizon dominé par les hauteurs de Monsaraz en un immense calendrier naturel utilisé il y a plus de 5000 ans.

Cette organisation révèle un niveau de connaissances bien supérieur à ce que l’on imaginait encore il y a quelques décennies pour les sociétés néolithiques de la péninsule Ibérique. Les Perdigões apparaissent aujourd’hui comme un espace soigneusement conçu où l’observation des cycles célestes occupait probablement une place essentielle dans la vie des communautés qui fréquentaient le site.

Un grand centre cérémoniel de la préhistoire européenne

Contrairement à un village fortifié classique, les Perdigões semblent avoir été avant tout un immense centre cérémoniel. Les fouilles ont mis au jour des contextes funéraires collectifs, des dépôts secondaires d’ossements humains ainsi que plusieurs indices montrant que les restes des défunts faisaient l’objet de pratiques rituelles particulièrement élaborées.

Au centre du complexe se trouve l’une de ses découvertes les plus fascinantes : une structure circulaire d’environ 20 mètres de diamètre constituée de plusieurs rangées concentriques de poteaux et de grands troncs de bois. Unique dans la péninsule Ibérique, cette construction rappelle davantage les grands sanctuaires préhistoriques des îles Britanniques que les autres sites connus au Portugal ou en Espagne.

Les découvertes réalisées depuis le début des recherches montrent également que les Perdigões entretenaient des relations avec une grande partie de l’Europe occidentale et du bassin méditerranéen. Les archéologues y ont retrouvé de l’ivoire provenant d’Afrique du Nord, de l’ambre de Sicile, du cinabre extrait des mines d’Almadén, des pierres venues d’Estrémadure ou encore du silex transporté depuis la région de Grenade. Ces objets témoignent de réseaux d’échanges particulièrement développés pour cette période.

Les analyses menées sur les restes humains et animaux vont dans le même sens. Une proportion importante des individus identifiés n’était pas originaire de la région, ce qui renforce l’hypothèse selon laquelle les Perdigões accueillaient régulièrement des populations venues de territoires parfois très éloignés. Plus qu’un simple établissement, le site aurait constitué un vaste lieu de rassemblement où se tenaient cérémonies, échanges et rencontres entre différentes communautés.

Une nouvelle campagne pour dévoiler les derniers mystères

Reconstituição 3D dos Perdigões | #2 | Ritual funerário de deposição de cremações

La campagne de fouilles menée cet été marque la vingt-neuvième saison de recherches ininterrompues sur le site. Coordonnés par ERA Arqueologia avec le soutien d’Esporão et de la municipalité de Reguengos de Monsaraz, les travaux réunissent des étudiants et chercheurs issus notamment des universités de Porto, Lisbonne, Évora, Algarve, Madrid et Oxford.

Les archéologues poursuivront l’étude d’un secteur où ont été identifiés des dépôts liés à des crémations, tout en approfondissant l’exploration de la zone d’accès au célèbre timber circle. Chaque nouvelle couche de terrain permet de mieux comprendre l’organisation de ce sanctuaire et le rôle qu’il occupait dans les sociétés préhistoriques de l’ouest de l’Europe.

Près de 30 années de recherches ont déjà donné lieu à de nombreuses publications scientifiques, mais les spécialistes estiment que les Perdigões sont encore loin d’avoir livré tous leurs secrets. La richesse exceptionnelle du site continue de faire de Reguengos de Monsaraz une référence internationale pour l’étude de la préhistoire récente.

Les visiteurs souhaitant prolonger cette découverte peuvent également se rendre à la Torre da Herdade do Esporão, où une exposition permanente présente les principales découvertes réalisées sur le site. Une excellente introduction avant d’explorer les paysages de l’Alentejo qui, depuis plus de cinq mille ans, veillent sur l’un des plus grands mystères archéologiques du Portugal.


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