À Madère, 3 heures sans lumière pour sauver des oiseaux marins

puffin cendré madere

À Madère et sur l’île de Porto Santo, habitants, entreprises et collectivités ont été invités à éteindre leurs éclairages extérieurs pendant 3h, vendredi 30 octobre 2026. Derrière cette opération baptisée Mega Apagão (« méga-extinction »), un objectif très concret : permettre à de jeunes oiseaux marins de rejoindre l’océan sans être désorientés par les lumières artificielles.

De 20 heures à 23 heures, la campagne appelait à réduire l’éclairage des jardins, façades, bâtiments et espaces publics lorsque celui-ci n’était pas indispensable. Il ne s’agissait donc pas d’une panne électrique, ni d’une coupure imposée aux habitants, mais d’une mobilisation volontaire pour la biodiversité.

L’initiative a été organisée par la Société portugaise pour l’étude des oiseaux (SPEA), dans le cadre du programme européen LIFE Natura@night. Elle intervient à un moment particulièrement sensible pour les puffins cendrés, appelés cagarras en portugais, dont les jeunes quittent actuellement leurs nids pour effectuer leur premier vol vers l’Atlantique.

Pourquoi les lumières de Madère menacent-elles ces oiseaux ?

Le puffin cendré (Calonectris borealis) passe l’essentiel de sa vie en mer. Il revient sur les îles et les côtes rocheuses pour se reproduire, souvent dans des endroits difficiles d’accès. À l’automne, les jeunes oiseaux prennent leur envol pour la première fois, généralement pendant la nuit.

C’est précisément à ce moment que l’éclairage artificiel devient dangereux. Attirés ou désorientés par les lumières des zones habitées, certains puffins s’éloignent de leur trajectoire naturelle vers l’océan. Ils peuvent alors heurter des bâtiments, tomber sur des routes ou se retrouver au sol, incapables de reprendre leur envol sans assistance.

Le phénomène touche particulièrement les secteurs côtiers urbanisés. Les éclairages puissants dirigés vers les falaises ou la mer peuvent perturber les oiseaux au moment où ils devraient s’éloigner de la terre ferme.

Selon les informations rapportées par le quotidien régional Diário de Notícias, les équipes de secours mobilisées par la SPEA interviennent en moyenne auprès d’environ 200 oiseaux chaque année. La date du 30 octobre avait été choisie parce qu’elle correspondait au pic attendu des premiers envols.

Des communes, des hôtels et des habitants mobilisés

cagarras

La campagne a associé plusieurs municipalités de l’archipel, notamment Funchal, Câmara de Lobos, Santa Cruz, Machico, Santana, Calheta, Porto Moniz et Porto Santo.

Des établissements touristiques ont également annoncé leur participation ou leur engagement à réduire l’éclairage nocturne. Parmi eux figurent notamment des hôtels du groupe Cardoso, le VidaMar, le Quinta da Serra et le Galomar. L‘aéroport de Madère faisait également partie des structures citées parmi les participants annoncés.

Pour les particuliers, le principe était simple : éteindre temporairement les lumières décoratives, les éclairages de jardin ou les lampes extérieures inutilisées, sans compromettre la sécurité. Dans les immeubles collectifs, une réduction de l’éclairage pouvait aussi être envisagée avec les responsables de copropriété.

L’objectif n’était pas de plonger l’ensemble de l’archipel dans le noir, mais de diminuer les sources lumineuses susceptibles d’attirer les oiseaux vers les zones dangereuses.

La protection des puffins se poursuit jusqu’au 15 novembre

Même si le Mega Apagão du 30 octobre est terminé, la période sensible ne l’est pas. Selon la SPEA, les jeunes puffins quittent leurs nids principalement entre le 15 octobre et le 15 novembre. Réduire les éclairages extérieurs superflus reste donc utile pendant les prochaines semaines.

L’association encourage les habitants et les professionnels à prolonger ces bonnes pratiques au-delà d’une seule soirée. Les hôtels, restaurants et autres établissements situés près du littoral peuvent notamment limiter les éclairages décoratifs et éviter de diriger des projecteurs vers les falaises.

La campagne s’inscrit dans une démarche plus large de lutte contre la pollution lumineuse. Le projet LIFE Natura@night, cofinancé par l’Union européenne, prévoit également des opérations de sauvetage, des actions de sensibilisation et un accompagnement des structures souhaitant améliorer durablement leur éclairage extérieur.

La SPEA propose notamment le label Noite com Vida (« Nuit pleine de vie »), destiné à valoriser les établissements qui adoptent des pratiques plus respectueuses de la biodiversité nocturne.

Que faire si vous trouvez un puffin désorienté ?

puffin

Un jeune puffin peut être découvert au bord d’une route, près d’un bâtiment ou dans un espace urbain. Même s’il semble indemne, il peut avoir besoin d’une intervention spécialisée pour rejoindre son milieu naturel.

En cas de découverte à Madère, il est recommandé de contacter les services compétents, notamment le réseau SOS Vida Selvagem Madeira au 961 957 545. Les autorités pourront préciser la conduite à tenir et organiser, si nécessaire, la prise en charge de l’animal.

Si l’oiseau se trouve en danger immédiat et qu’une intervention peut être réalisée sans risque, il est possible de le couvrir délicatement avec une serviette puis de le placer dans un carton ventilé, à l’abri de la lumière et du bruit, conformément aux consignes des équipes de secours.

Il ne faut ni lui donner à boire ou à manger, ni tenter de le faire voler en le lançant dans les airs. Une mauvaise manipulation pourrait aggraver son état.

Cette problématique ne concerne pas uniquement Madère. Aux Açores, où les puffins se reproduisent également, la campagne SOS Cagarro sensibilise chaque automne les habitants à la protection des jeunes oiseaux désorientés.

La mobilisation du 30 octobre rappelle ainsi qu’une mesure aussi simple que l’extinction d’un éclairage inutile peut contribuer à limiter un danger bien réel. Et, pour les jeunes puffins qui doivent encore prendre leur premier envol jusqu’à la mi-novembre, les prochaines nuits restent décisives.

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