Grues au Portugal : où observer ces grandes migratrices dans l’Alentejo ?

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Elles arrivent généralement à partir des derniers jours d’octobre. Après avoir traversé une partie de l’Europe, des milliers de grues cendrées viennent passer l’hiver dans l’Alentejo, avant de repartir vers leurs territoires de reproduction au plus tard durant les premières semaines de mars.

Lors du dernier recensement, organisé en janvier 2026, 10 147 grues ont été comptabilisées au Portugal. Quelques semaines auparavant, en décembre, les observateurs n’en avaient pourtant recensé que 4 898.

Cette différence considérable ne signifie pas que leur population a soudainement doublé. Elle illustre plutôt la mobilité de ces grands oiseaux migrateurs et la difficulté à les compter. Pour qui souhaite les observer, une certitude demeure : au Portugal, c’est dans l’Alentejo qu’il faut les chercher.

Un voyage depuis le nord de l’Europe

grues cendrées migration

La grue cendrée (Grus grus) est l’un des plus grands oiseaux migrateurs observables au Portugal. Facilement reconnaissable à sa silhouette élancée, son long cou et ses vols en formation, elle parcourt chaque année plusieurs milliers de kilomètres.

Selon l’Institut portugais de conservation de la nature et des forêts (ICNF), les grues qui hivernent au Portugal proviennent principalement de Fennoscandie et des pays baltes. Elles descendent vers le sud à l’automne et remontent vers leurs zones de reproduction à la fin de l’hiver.

Le Portugal constitue ainsi l’extrémité méridionale du voyage pour une partie de ces oiseaux. Ils y trouvent des espaces ouverts où s’alimenter ainsi que des zones humides utilisées notamment pour se reposer et passer la nuit.

Mais cette géographie évolue. Des hivers plus doux permettent aujourd’hui à davantage de grues de rester plus au nord. En France, où l’hivernage était autrefois beaucoup plus ponctuel, des dizaines de milliers d’individus peuvent désormais passer toute la saison froide. Le phénomène est également observé en Allemagne.

Où voir les grues dans l’Alentejo ?

grues

Les secteurs suivis lors du recensement portugais sont tous situés dans l’Alentejo, mais ils s’étendent sur un vaste territoire, depuis la frontière espagnole jusqu’aux grandes plaines du sud.

Dans le Haut Alentejo, les observations se concentrent notamment autour de Campo Maior, Arronches, Monforte, Elvas et Juromenha. Plus au sud, l’Alentejo central comprend Évora et le secteur de Mourão, près du grand lac d’Alqueva.

Dans le Bas Alentejo, les grues sont notamment recherchées autour de Moura et d’Alvito ainsi que dans le Campo Branco, vaste territoire de plaines autour de Castro Verde particulièrement réputé pour son avifaune.

La répartition peut cependant changer fortement au cours d’un même hiver. En janvier 2023, par exemple, les 12 492 grues recensées avaient été réparties presque à parts égales entre l’Alentejo central et le Bas Alentejo, avec respectivement 5 240 et 5 192 individus, tandis que 2 060 autres avaient été comptées dans le Haut Alentejo.

Pour les observer, mieux vaut donc considérer ces territoires comme de grandes zones favorables plutôt que comme des points de rendez-vous garantis.

Pourquoi les comptages varient-ils autant ?

Le Censo Ibérico do Grou 1 est organisé chaque hiver à deux reprises, en décembre puis en janvier, simultanément au Portugal et en Espagne. Côté portugais, l’ICNF 2, la Ligue pour la protection de la nature (LPN), le GEDA et la Herdade da Contenda coordonnent les opérations avec l’aide de nombreux volontaires.

Les derniers résultats montrent à quel point une photographie prise à un instant donné doit être interprétée avec prudence. Après 9 296 individus recensés en décembre 2024, environ 8 000 avaient été observés en janvier 2025. L’hiver suivant a produit le mouvement inverse : 4 898 grues en décembre 2025, puis 10 147 en janvier 2026.

Les conditions météorologiques expliquent en partie ces écarts. Les fortes pluies de l’hiver dernier ont créé de nouvelles zones humides temporaires dans l’Alentejo. Les oiseaux ont ainsi pu trouver des lieux de repos et d’alimentation en dehors des secteurs traditionnellement surveillés.

L’accès à certaines grandes propriétés privées est également devenu plus difficile pour les équipes chargées du recensement. Une baisse ponctuelle du nombre d’oiseaux observés ne permet donc pas, à elle seule, de conclure à un déclin de la population. Une tendance ne peut être établie qu’à partir d’une série suffisamment longue de comptages.

La migration elle-même commence à changer

Une autre évolution préoccupe les ornithologues. Durant l’hiver 2025-2026, plusieurs milliers de grues seraient mortes de la grippe aviaire au début de leur migration, notamment en Allemagne, en France et dans le nord de l’Espagne.

Dans le même temps, le calendrier des déplacements semble lui aussi évoluer. En 2026, les premières grues ont commencé à quitter la péninsule Ibérique dès la première semaine de février, plus tôt qu’habituellement.

Il serait prématuré de tirer une conclusion générale d’une seule saison. Mais entre épisodes sanitaires, météo très variable et hivers européens plus doux, les conditions dans lesquelles ces oiseaux accomplissent leur longue migration ne sont plus tout à fait les mêmes.

Le recensement annuel prend ainsi une importance qui dépasse le simple décompte : répété sur plusieurs décennies, il permet de suivre progressivement les changements dans la répartition et le comportement de l’espèce.

Observer les grues sans les faire fuir

recensement grues

Le spectacle peut être impressionnant lorsque plusieurs centaines d’oiseaux se rassemblent ou prennent leur envol simultanément. Cette observation demande cependant quelques précautions.

Des jumelles permettent de conserver une distance suffisante sans obliger les oiseaux à s’envoler. Un départ provoqué inutilement représente une dépense d’énergie durant une période où les grues doivent constituer et préserver leurs réserves.

Il est également préférable de rester sur les chemins publics, de ne pas pénétrer dans les propriétés privées sans autorisation et d’éviter drones ou dispositifs destinés à attirer les oiseaux.

La période la plus favorable s’étend globalement de novembre à février, même si leur présence dépend chaque année de la météo et du déroulement de la migration.

Une visiteuse rarissime parmi les milliers de grues

Le dernier recensement a enfin réservé une surprise aux observateurs. En janvier 2026, au milieu des grues cendrées, deux ornithologues ont repéré une grue demoiselle (Grus virgo), espèce originaire d’Asie et exceptionnellement observée au Portugal.

L’oiseau était probablement arrivé accidentellement avec les autres migrateurs. L’espèce, qui se reproduit notamment jusqu’en Asie centrale et dans certaines régions plus orientales du continent, est aujourd’hui considérée comme régionalement éteinte au Portugal.

Cette observation rappelle aussi l’intérêt de ces grands rassemblements hivernaux. Derrière les milliers de silhouettes qui apparaissent chaque automne dans les plaines de l’Alentejo, la migration n’est jamais exactement la même d’une année à l’autre.

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