Face aux dégâts provoqués par les sangliers dans plusieurs régions du Portugal, le gouvernement passe désormais de l’annonce à l’action. Un projet pilote vient d’être lancé dans 65 communes du Portugal continental, avec un principe inhabituel : rémunérer les abattages supplémentaires réalisés par les zones de chasse.
Le montant a été fixé à 50 euros pour un mâle et 70 euros pour une femelle. Mais il ne s’agit pas de payer chaque sanglier tué : la prime ne s’appliquera qu’aux animaux abattus au-delà de la moyenne historique enregistrée dans chaque zone de chasse.
Avec cette expérimentation, qui doit se poursuivre jusqu’au 31 mai 2027, les autorités veulent déterminer si une augmentation ciblée des prélèvements peut réellement limiter les dégâts agricoles, les incursions près des habitations et les collisions sur les routes.
Plus de 1300 zones de chasse concernées
Le dispositif, piloté par le ministère de l’Agriculture et de la Mer avec l’Institut de conservation de la nature et des forêts (ICNF), concerne plus de 1300 zones de chasse réparties dans 65 communes et 15 districts. Une enveloppe totale de 500 000 euros lui est consacrée.
Pour éviter de simplement rémunérer des abattages qui auraient de toute façon eu lieu, le gouvernement a choisi de prendre comme référence les résultats historiques de chaque zone. Seuls les animaux prélevés au-delà de cette moyenne donneront droit aux 50 ou 70 euros prévus, avec un plafond fixé à 2000 euros par zone de chasse.
Une prime supplémentaire de 10 euros par animal est prévue lorsque la carcasse est dirigée vers un établissement agréé pour le traitement du gibier. Cette disposition tente de répondre à une autre difficulté : que faire de la viande si le nombre de sangliers abattus augmente fortement ?
Les préinscriptions ont commencé le 14 octobre. Les communes retenues ont été sélectionnées en fonction de plusieurs critères, parmi lesquels les dégâts agricoles et forestiers, les accidents de la circulation, l’expansion géographique de l’espèce et les risques sanitaires.
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Des cultures ravagées dans plusieurs régions
Derrière ces mesures se trouvent des situations devenues très concrètes dans certaines zones rurales. À São Pedro do Sul, dans le nord du Portugal, la municipalité a ainsi accordé 13 000 euros à onze associations de chasse afin de renforcer les interventions.
Les producteurs décrivent des animaux capables de ravager en quelques heures des parcelles cultivées. Pour les petites exploitations, la répétition de ces dégâts peut devenir suffisamment coûteuse pour remettre en cause certaines cultures.
Dans le Médio Tejo, au centre du pays, les 11 communes de la communauté intercommunale avaient également proposé de participer au projet. À Mação, les sangliers sont signalés dans les propriétés et à proximité des zones habitées. À Sardoal, la municipalité a de son côté décidé de financer des battues organisées par les associations locales de chasse après plusieurs signalements près des villages et des routes.
Le phénomène ne se limite donc plus aux dommages causés dans les champs. La présence des animaux à proximité des habitations et sur les axes routiers est devenue l’un des arguments avancés par les autorités pour justifier une intervention plus importante.
Combien de sangliers vivent réellement au Portugal ?
C’est pourtant l’une des difficultés du dossier : la population exacte de sangliers reste mal connue. Les estimations disponibles évoquent entre 300 000 et 400 000 animaux au Portugal, tandis que plusieurs dizaines de milliers seraient abattus chaque année. Ces chiffres restent toutefois imparfaits, une partie des prélèvements pouvant échapper aux statistiques officielles.
Le gouvernement ne cherche donc pas seulement à augmenter les abattages. L’expérimentation doit également produire des données permettant de mesurer les résultats obtenus dans les territoires considérés comme les plus problématiques.
Cette dimension est importante : une hausse du nombre d’animaux tués ne signifie pas nécessairement, à elle seule, que leur densité diminuera durablement ni que les dommages reculeront dans les mêmes proportions.
L’abattage suffira-t-il à contenir la population ?
L’association environnementale Quercus se montre justement prudente face à la stratégie retenue. Elle rappelle que le précédent plan consacré au sanglier par l’ICNF concluait déjà que la chasse récréative ne constituait pas, à elle seule, un outil suffisant pour contrôler l’expansion de l’espèce et ses impacts.
L’organisation défend une approche plus large, intégrant notamment la protection des cultures, la gestion des habitats, les pratiques de gestion cynégétique et le rôle des prédateurs naturels. Elle demande également que la densité des populations soit correctement évaluée avant et après l’expérimentation afin de mesurer son efficacité réelle.
C’est précisément ce que les prochains mois devront permettre d’établir. Le projet doit prendre fin le 31 mai 2027. À cette date, le Portugal disposera d’un premier retour grandeur nature pour savoir si rémunérer les prélèvements supplémentaires constitue une réponse efficace, ou seulement l’un des outils nécessaires face à une population de sangliers devenue difficile à maîtriser.







