Contesté depuis près de dix ans dans les villages du Barroso, soutenu par le gouvernement portugais et désormais considéré comme stratégique par l’Union européenne, le projet de mine de lithium porté par Savannah Resources entre dans une nouvelle phase. Après une importante levée de fonds en septembre, l’entreprise prépare désormais les dernières étapes techniques, environnementales et financières avant une décision finale d’investissement attendue en 2027.
La mine n’est donc pas encore construite et plusieurs obstacles doivent encore être franchis. Mais le dossier a considérablement avancé en quelques mois. Savannah ne cherche plus seulement à démontrer l’existence et l’intérêt économique du gisement : l’entreprise prépare désormais concrètement le passage vers la construction.
Une évolution majeure pour un projet devenu emblématique des contradictions de la transition énergétique européenne : produire davantage de lithium en Europe pour réduire la dépendance aux importations, tout en faisant accepter l’exploitation minière aux territoires qui doivent l’accueillir.
Barroso, un projet désormais stratégique pour l’Europe

Situé dans la municipalité de Boticas, dans le district de Vila Real, le projet Barroso Lithium concerne plusieurs gisements de spodumène, un minéral à partir duquel peut être extrait le lithium utilisé notamment dans la fabrication de batteries.
Selon les données communiquées par Savannah Resources, les ressources actuellement identifiées atteignent environ 39 millions de tonnes de minerai à une teneur moyenne de 1,05% d’oxyde de lithium (Li₂O). L’entreprise présente Barroso comme la plus importante ressource de lithium sous forme de spodumène actuellement identifiée en Europe.
D’autres zones restent à explorer et pourraient augmenter considérablement cette ressource. Il s’agit toutefois d’un potentiel géologique et non de réserves déjà démontrées : les estimations évoquées par Savannah ne doivent donc pas être ajoutées aux 39 millions de tonnes actuellement identifiées comme si elles étaient déjà acquises.
La dimension du projet dépasse désormais largement le Portugal. Dans le cadre du règlement européen sur les matières premières critiques, Barroso a obtenu le statut de projet stratégique européen. Bruxelles cherche en effet à développer sur le continent une partie de l’extraction, de la transformation et du recyclage des matières premières indispensables aux batteries, aux énergies renouvelables et à de nombreuses technologies.
Le lithium portugais se retrouve ainsi au cœur d’une politique industrielle européenne visant à réduire la dépendance envers les fournisseurs extérieurs.
Une nouvelle levée de fonds de 36 millions de dollars
Une nouvelle étape a été franchie en septembre. Savannah Resources a annoncé avoir levé au moins 36 millions de dollars, à travers un placement et une souscription d’actions.
L’opération a rencontré une demande supérieure à l’offre selon l’entreprise. Elle vient compléter les 15,5 millions de dollars de trésorerie dont Savannah disposait au 31 juillet 2026.
Mais cette levée de capitaux ne signifie pas que le financement complet de la future mine est désormais assuré. L’argent doit essentiellement permettre à Savannah de poursuivre le développement du projet et de préparer son financement définitif.
Sur les fonds disponibles, l’entreprise prévoit notamment 17 millions de dollars pour le développement technique du projet, les études d’ingénierie, certains travaux préparatoires et les premières commandes d’équipements nécessitant des délais importants. Environ 6,5 millions doivent également être consacrés à la finalisation du financement et à la recherche de nouveaux accords commerciaux pour la production future.
Le reste doit notamment financer les procédures environnementales et industrielles, les études géotechniques, l’acquisition de droits d’utilisation des terrains, le renforcement des équipes et différentes initiatives destinées aux communautés locales.
Cette répartition montre surtout que Barroso entre progressivement dans une phase de préparation opérationnelle. Certaines dépenses envisagées concernent désormais des équipements, des terrassements ou des infrastructures qui précèdent directement une éventuelle construction.
La mine n’a pourtant pas encore son feu vert définitif

Le franchissement de ces étapes financières ne signifie pas que toutes les autorisations sont acquises.
Le projet a obtenu en 2023 une décision environnementale favorable sous conditions, étape déterminante après plusieurs années de procédure. Savannah doit cependant encore démontrer que la version détaillée du projet respecte les conditions et mesures imposées lors de cette évaluation environnementale.
L’entreprise prévoit notamment de déposer son RECAPE, le rapport portugais permettant de vérifier la conformité du projet d’exécution avec la déclaration d’impact environnemental. Des autorisations industrielles restent également nécessaires.
La décision finale d’investissement, ou FID, constitue une autre étape essentielle. Alors que des calendriers antérieurs envisageaient encore cette décision en 2026, les dernières communications de Savannah la situent désormais en 2027.
Ce n’est qu’après la sécurisation des autorisations, du financement et des principaux contrats que le projet pourra véritablement basculer vers sa phase de construction. Savannah vise ensuite une première production de lithium en 2028.
Le gouvernement portugais a clairement choisi de soutenir le projet
Les événements de juin 2026 ont également montré à quel point Barroso est devenu un dossier politique.
Des travaux de terrain avaient alors été suspendus pendant environ trois semaines à la suite d’une décision du tribunal administratif et fiscal de Mirandela. La procédure était liée à une contestation concernant l’accès à des terrains communautaires et privés nécessaires à des travaux géotechniques.
Le gouvernement portugais était intervenu en défendant l’intérêt public national et européen du projet, estimant qu’une suspension prolongée pouvait compromettre sa réalisation et les objectifs liés à la transition énergétique. Les travaux avaient finalement pu reprendre.
Ce soutien s’ajoute à celui apporté au niveau européen et aux mécanismes financiers envisagés autour du projet. Savannah cherche parallèlement à sécuriser des partenaires capables d’acheter sa future production.
AMG Critical Materials est ainsi devenu un actionnaire important de Savannah et s’est engagé sur l’achat d’une partie du concentré de spodumène qui pourrait être produit à Barroso. Le groupe dispose par ailleurs d’une raffinerie d’hydroxyde de lithium en Allemagne, illustrant la volonté de construire progressivement une chaîne européenne allant du minerai jusqu’aux matériaux destinés aux batteries.
Une opposition locale qui n’a pas disparu

Pour autant, l’avancement administratif et financier du projet n’a pas fait disparaître l’une de ses principales difficultés : une opposition locale installée depuis plusieurs années.
À Covas do Barroso et dans les villages concernés, des habitants et associations contestent le projet minier et ses conséquences potentielles sur les terres agricoles, l’eau, les paysages et les activités traditionnelles.
La région du Barroso possède en outre une identité rurale particulièrement forte. Son système agro-sylvo-pastoral a été reconnu par la FAO comme Système ingénieux du patrimoine agricole mondial. C’est précisément cette juxtaposition entre patrimoine rural et exploitation d’une ressource considérée comme indispensable à la transition énergétique qui a donné au conflit une dimension dépassant largement les frontières portugaises.
Les recours judiciaires et les désaccords sur l’utilisation des terrains ont régulièrement ralenti les travaux préparatoires. L’épisode de juin 2026 a montré que le risque juridique et social reste présent même lorsque le projet bénéficie d’un soutien politique important.
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2027 pourrait devenir l’année décisive
La question n’est donc plus exactement la même qu’il y a quelques années. À l’époque, l’incertitude portait encore largement sur la capacité de Savannah à faire avancer son projet face aux procédures environnementales, à l’opposition locale et aux besoins considérables de financement.
Ces obstacles n’ont pas disparu, mais le projet a franchi plusieurs étapes importantes. Il possède un statut stratégique européen, bénéficie du soutien du gouvernement portugais, dispose d’un premier partenaire industriel et Savannah vient de lever de nouveaux capitaux pour préparer la suite.
La visite organisée fin octobre à Boticas par la Chambre de commerce britanno-portugaise à destination de ses membres illustre également cette nouvelle phase. Il ne s’agit plus seulement de présenter le potentiel géologique de Barroso : les opportunités commerciales susceptibles d’apparaître autour d’une future chaîne de valeur du lithium sont désormais mises en avant.
Il reste pourtant une frontière essentielle à franchir. Tant que la décision finale d’investissement n’est pas prise, que le financement complet n’est pas sécurisé et que les dernières procédures environnementales ne sont pas achevées, Barroso demeure un projet de mine et non une mine en construction.
L’année 2027 pourrait précisément marquer ce basculement. Elle dira aussi si l’Europe peut transformer sa volonté de produire davantage de matières premières critiques sur son propre territoire en réalité industrielle lorsque cette stratégie se heurte, localement, à la défense d’un territoire et de son mode de vie.







