Pourquoi les femmes de Nazaré portent-elles 7 jupes ?

7 jupes

Sur la côte portugaise, à Nazaré, certaines femmes portent un costume qui intrigue les visiteurs : sept jupes superposées, souvent colorées, dont les mouvements accompagnent leurs pas dans les rues de la ville. Ce vêtement traditionnel est devenu l’un des symboles les plus reconnaissables de cette ancienne communauté de pêcheurs. Pourtant, derrière son apparence folklorique se cache une histoire plus complexe, mêlant protection contre le froid, vie maritime, codes de beauté et croyances populaires.

Pourquoi précisément sept jupes ? Les habitants évoquent les sept vagues de l’océan, les jours de la semaine ou encore les couleurs de l’arc-en-ciel. Aucune de ces explications ne fait l’unanimité. Une chose apparaît cependant dans presque tous les récits : pour comprendre le costume des femmes de Nazaré, il faut regarder vers la mer.

Sept jupes pour attendre le retour des pêcheurs

7 jupes historic

Pendant des générations, la plage de Nazaré n’a pas seulement été un lieu de baignade. C’était un espace de travail, où les bateaux rejoignaient le rivage, où les filets étaient manipulés et où le poisson était préparé, séché puis vendu. Les femmes occupaient une place essentielle dans cette économie maritime.

Lorsque leurs maris ou leurs fils partaient pêcher, certaines les attendaient sur le sable, exposées au vent, à l’humidité et aux embruns de l’Atlantique. Les différentes couches de tissu leur permettaient alors de se protéger du froid. Selon les témoignages recueillis localement, elles pouvaient relever une jupe pour couvrir leur tête, leurs épaules ou leur buste, tout en gardant les autres sur leurs jambes.

Cette explication pratique est l’une des plus souvent avancées pour comprendre la superposition des vêtements. Elle ne signifie pas pour autant que toutes les femmes portaient systématiquement sept jupes. Le nombre de couches pouvait varier selon les circonstances, les moyens de chacune et l’usage du costume.

Les tenues destinées au travail quotidien étaient généralement plus sobres que celles réservées aux fêtes. Ces dernières accordaient davantage de place aux couleurs, aux motifs et aux accessoires, faisant du vêtement un élément d’expression personnelle autant qu’un héritage collectif.

Pourquoi le chiffre 7 ? La légende des vagues de Nazaré

7 saias

Parmi les récits populaires, celui des 7 vagues reste particulièrement évocateur. Selon une croyance transmise à Nazaré, les femmes observaient les mouvements de l’océan pour anticiper le moment où les embarcations pourraient rejoindre la plage.

Une version de cette histoire raconte qu’elles utilisaient les plis de leurs jupes pour compter les vagues. À chaque nouvelle vague, elles repliaient légèrement une partie du tissu afin de ne pas perdre le compte. La septième aurait annoncé une accalmie favorable au retour des bateaux.

Cette interprétation appartient à la tradition orale. Elle ne constitue pas une explication historique démontrée de l’origine du costume, pas plus que l’idée selon laquelle la mer s’apaiserait systématiquement après sept vagues.

D’autres significations sont associées au chiffre sept : les sept jours de la semaine, les sept vertus, les sept couleurs traditionnellement attribuées à l’arc-en-ciel ou encore les sept merveilles du monde. La coexistence de ces récits montre à quel point le vêtement a acquis une dimension symbolique dépassant sa fonction première.

Un costume qui exprimait aussi la beauté et le statut social

Les jupes superposées répondaient également à des critères esthétiques différents de ceux d’aujourd’hui. Leur volume accentuait la largeur des hanches et faisait paraître la taille plus fine, dessinant une silhouette arrondie autrefois recherchée.

Le costume pouvait aussi renseigner sur la situation économique de celle qui le portait. Dans un reportage consacré aux traditions de Nazaré, l’anthropologue social José Trindade explique que l’achat des différentes pièces représentait un investissement important. Le nombre de jupes pouvait ainsi contribuer à afficher une certaine position sociale.

La richesse des tissus, les broderies, les couleurs et les accessoires participaient à cette distinction. Les vêtements de fête devenaient une occasion de montrer son élégance, tandis que les tenues de travail privilégiaient des matières et des assemblages plus pratiques.

Il existe toutefois une autre nuance historique. Certains chercheurs situent la fixation du modèle emblématique des sept jupes au XXe siècle, notamment sous l’influence du groupe folklorique Tá-mar, actif dans la valorisation des traditions locales à partir des années 1930 et 1940.

Cela ne remet pas en cause l’ancienneté des usages vestimentaires liés à la mer. En revanche, cela invite à distinguer la pratique ancienne consistant à porter plusieurs jupes de la représentation codifiée des sete saias que l’on connaît aujourd’hui.

De la plage des pêcheurs à la Nazaré des grandes vagues

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La transformation de Nazaré a profondément modifié le quotidien auquel ce costume était associé. Autrefois, les bateaux de pêche occupaient une grande partie de la plage et les familles participaient directement aux activités liées au poisson.

La construction du port de pêche a progressivement déplacé cette activité. Le port d’abri a été inauguré en 1983 et ouvert à la navigation en 1986, contribuant à séparer davantage les espaces de travail maritime de la plage fréquentée par les vacanciers.

Les traditions n’ont pourtant pas toutes disparu. Le séchage du poisson, les vêtements traditionnels et les récits transmis entre générations continuent de rappeler l’histoire de la communauté.

À cette identité ancienne s’est ajoutée une renommée internationale : celle des vagues géantes de Praia do Norte. Le canyon sous-marin de Nazaré favorise, dans certaines conditions, la formation de vagues exceptionnelles qui attirent surfeurs professionnels, photographes et spectateurs du monde entier.

La ville est ainsi passée d’une destination principalement associée à la pêche, aux pèlerinages et aux vacances balnéaires à un lieu connu pour les performances de surf extrême. Mais la mer qui attire aujourd’hui les visiteurs est aussi celle qui rythmait autrefois l’attente des familles de pêcheurs.

Où voir les femmes aux sept jupes à Nazaré ?

Les visiteurs peuvent encore rencontrer des femmes portant le costume traditionnel, notamment dans le quartier du Sítio, situé sur les hauteurs de Nazaré. Certaines y perpétuent également la vente de fruits secs, une activité longtemps associée aux figures populaires de la ville.

Le costume apparaît aussi lors de célébrations, de manifestations folkloriques et de fêtes locales (qui sont pour le moins courantes à Nazaré !). Il est aujourd’hui moins courant dans la vie quotidienne, particulièrement chez les jeunes générations, mais demeure un signe fort d’appartenance à la communauté nazaréenne.

Pour mieux comprendre cette identité, plusieurs lieux méritent une visite. Sur le front de mer, les installations de séchage du poisson rappellent les activités traditionnelles. Au Sítio, le sanctuaire de Notre-Dame de Nazaré et l’Ermida da Memória témoignent de l’importance historique des pèlerinages.

Le Miradouro do Suberco offre une vue panoramique sur la plage et les toits de la ville basse. Plus au nord, le fort de São Miguel Arcanjo, dominant Praia do Norte, permet de découvrir un autre visage du rapport entre Nazaré et l’Atlantique, désormais associé au surf de grosses vagues.

Ces visites donnent une autre dimension aux sept jupes. Elles permettent de replacer le costume dans les rues, les paysages et les pratiques qui ont façonné son histoire, plutôt que de le réduire à une simple curiosité touristique.

Les sept jupes de Nazaré ne possèdent donc pas une origine unique et définitivement établie. Elles réunissent des usages pratiques, des préférences esthétiques, des distinctions sociales et des récits populaires que les habitants continuent de transmettre. Dans une ville profondément transformée par le tourisme, ce costume reste l’une des expressions les plus visibles de la mémoire des femmes qui ont vécu au rythme de l’océan.

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