Le Medronheiro ou arbousier, cette étonnante star de l’automne au Portugal

Medronho

En automne, dans les collines portugaises, un arbre offre un spectacle inhabituel. Sur les mêmes branches apparaissent de petites fleurs blanches et rosées tandis que pendent des fruits verts, jaunes, orange et rouges. Le medronheiro, nom portugais de l’arbousier (Arbutus unedo), fleurit précisément au moment où mûrissent les fruits nés de ses fleurs de l’année précédente.

Il suffit de l’observer entre octobre et janvier pour comprendre ce qui rend Arbutus unedo si particulier. Alors que de nombreuses espèces entrent progressivement dans leur repos hivernal, son feuillage reste vert et sa couronne se couvre simultanément de fleurs et de fruits à différents stades de maturité.

Au Portugal, le medronheiro pousse dans une grande partie du territoire continental, mais il est particulièrement associé aux paysages du Sud, notamment dans les serras de Monchique et du Caldeirão, en Algarve. C’est là que son fruit, le medronho, est aussi devenu l’ingrédient d’une des eaux-de-vie les plus emblématiques du pays.

Pourquoi le l’arbousier porte-t-il des fleurs et des fruits en même temps ?

arbousier

Le phénomène pourrait laisser penser que l’arbousier produit ses fruits à une vitesse extraordinaire. C’est exactement l’inverse : le medronho met près d’une année à parvenir à maturité.

Les petites fleurs blanches à rosées apparaissent en grappes pendantes à partir de l’automne et peuvent rester présentes pendant l’hiver. Après leur pollinisation, notamment par les abeilles, les fruits commencent leur très lente évolution.

Ceux que l’on voit mûrir à l’automne suivant proviennent donc des fleurs de l’année précédente

Ceux que l’on voit mûrir à l’automne suivant proviennent donc des fleurs de l’année précédente. Pendant que cette génération de fruits termine son développement, l’arbre produit déjà les fleurs qui donneront, à leur tour, les medronhos de l’année suivante.

C’est ce chevauchement de deux cycles qui produit cette étonnante palette de couleurs. Les jeunes fruits sont verts, puis deviennent jaunes et orange avant de prendre une couleur rouge intense lorsqu’ils arrivent à maturité. Selon les conditions et les régions, la maturation et la récolte s’étendent principalement de l’automne au début de l’hiver.

Le fruit lui-même est assez singulier. Cette petite baie charnue d’environ 2 à 2,5 centimètres possède une surface granuleuse qui peut évoquer de loin une petite fraise, d’où son nom anglais de strawberry tree. Sa chair est juteuse, légèrement acidulée et peut être consommée fraîche lorsqu’elle est bien mûre.

Un arbre capable de pousser là où d’autres peinent à survivre

Le medronheiro n’est pourtant pas seulement remarquable pour ses fruits. Originaire du bassin méditerranéen et de certaines régions de l’Europe occidentale, cet arbre à feuillage persistant possède une remarquable capacité d’adaptation aux milieux difficiles.

Il pousse sur des versants, dans les maquis et sur des terrains pauvres, rocheux ou dégradés. Généralement haut de quelques mètres, il peut dans certaines conditions approcher une dizaine de mètres. Son tronc irrégulier aux nuances brunes et rougeâtres et sa couronne arrondie le rendent également intéressant comme arbre ornemental.

Mais sa résistance prend une importance particulière au Portugal : le medronheiro supporte bien la sécheresse et possède une forte capacité de régénération après les incendies. Lorsque sa partie aérienne est détruite par le feu, la plante peut repartir depuis ses racines et recoloniser rapidement les terrains brûlés.

Cette faculté en fait une espèce intéressante dans les paysages méditerranéens régulièrement confrontés aux incendies et à l’appauvrissement des sols.

Sa floraison automnale joue également un rôle écologique. À une période où les fleurs deviennent moins abondantes, celles du medronheiro constituent une ressource pour les pollinisateurs. Ses fruits fournissent parallèlement de la nourriture à différentes espèces d’oiseaux et de mammifères au moment où d’autres ressources commencent à se raréfier.

En Algarve, le medronho est devenu une tradition

aguardente de medronho

Pour les habitants des régions où il pousse en abondance, l’histoire du medronheiro est aussi celle d’un savoir-faire transmis de génération en génération.

Dans les serras algarviennes, la récolte des arbousiers accompagne l’automne depuis des générations. Les fruits sont ramassés lorsqu’ils sont suffisamment mûrs, avec précaution afin de ne pas endommager les nouvelles fleurs présentes sur les mêmes rameaux.

Ils peuvent être consommés frais ou transformés en confitures et gelées. Mais leur utilisation la plus célèbre reste évidemment l’aguardente de medronho.

Après la récolte, les fruits destinés à l’eau-de-vie sont mis à fermenter pendant plusieurs semaines avant d’être distillés, traditionnellement dans des alambics en cuivre. Cette pratique s’est particulièrement enracinée dans l’intérieur de l’Algarve, où la récolte et la distillation ont longtemps constitué un complément de revenu pour les familles rurales.

À Monchique, cette tradition reste suffisamment vivante pour faire l’objet d’initiatives destinées à transmettre les gestes anciens. Depuis 2017, le programme « Reviver Tradições » réunit par exemple des habitants autour de la récolte traditionnelle dans les environs d’Águas Alves.

Contrairement à une croyance parfois répétée, manger une arbouse mûre ne revient pas à boire de l’alcool. C’est la fermentation volontaire des fruits, suivie de leur distillation, qui permet d’obtenir l’aguardente fortement alcoolisée associée à l’arbousier portugais.

Un spectacle à observer en automne au Portugal

Le medronheiro est présent dans une grande partie du Portugal continental et il n’est donc pas nécessaire de parcourir l’Algarve pour en rencontrer. Il affectionne notamment les maquis, les versants et certains terrains rocheux.

D’octobre au début de l’hiver, il devient particulièrement facile à identifier : cherchez un feuillage vert persistant portant simultanément des grappes de petites fleurs claires et des fruits ronds dont la couleur varie du vert au rouge.

Les fruits ne doivent toutefois être cueillis que lorsque l’identification de la plante ne laisse aucun doute, et toujours dans le respect des propriétés privées et des cultures. De nombreux medronheiros sauvages côtoient aujourd’hui des plantations exploitées pour leurs fruits.

Cette curieuse coexistence des fleurs et des fruits raconte finalement toute la singularité de l’arbre. Lorsque les medronhos d’une année deviennent rouges et arrivent à maturité, le medronheiro prépare déjà, avec ses nouvelles fleurs, la récolte de l’automne suivant.

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