L’équilibre entre temps de travail et repos, soulève de nombreuses interrogations sur la place accordée aux commémorations, aux traditions collectives et au droit au repos dans une société moderne. Nous avons souhaité vous présenter un panorama complet des jours fériés au Portugal, qui en compte plus que la France, mais dont l’organisation et la logique diffèrent sensiblement.
Le Portugal, tout en étant un État de droit laïc, conserve un calendrier férié riche, mêlant célébrations religieuses, événements historiques et fêtes locales. Ce système se distingue par son ancrage dans les territoires : aux jours fériés nationaux s’ajoutent des jours spécifiques aux régions autonomes et aux municipalités. Il est également lié aux réalités du travail, avec une législation claire sur les droits des salariés les jours fériés et une articulation étroite avec le régime des congés payés.
Dans un contexte européen où les modèles sociaux sont parfois invoqués pour justifier des réformes d’austérité, il nous semble utile de replacer cette question dans une approche globale : combien de jours de repos les citoyens ont-ils réellement ? Quelles différences entre le Portugal et la France en termes de durée du travail ? Le Portugal est-il un modèle plus généreux ou simplement mieux organisé ? Cet article propose une analyse détaillée des jours fériés portugais et de leur articulation avec les congés payés et le temps de travail annuel.
Les jours fériés nationaux fixes

Le Portugal observe un ensemble de jours fériés d’origine civile ou religieuse, placés à date fixe chaque année. Ces journées sont l’occasion de célébrer des événements historiques ou chrétiens, comme en France, mais avec une tradition plus ancienne et un attachement patrimonial fort. Chaque férié fixe est strictement encadré par le Code du travail, garantissant la fermeture des administrations et la rémunération des salariés, conformément à l’article 234 du Code du travail portugais 1.
Liste des jours fériés fixes :
Voici les 11 jours fériés nationaux à date fixe, célébrés chaque année au Portugal, quel que soit le calendrier religieux ou l’année.
Ils s’ajoutent à 2 autres jours fériés mobiles, liés aux fêtes chrétiennes, présentés plus bas.
- 1er janvier – Ano Novo (Nouvel An)
- 6 janvier – Dia de Reis (Épiphanie)
- 25 avril – Dia da Liberdade (Révolution des Œillets)
- 1er mai – Dia do Trabalhador (Fête du Travail)
- 10 juin – Dia de Portugal, de Camões e das Comunidades Portuguesas
- 15 août – Assunção de Nossa Senhora
- 5 octobre – Implantação da República
- 1er novembre – Dia de Todos-os-Santos
- 1er décembre – Restauração da Independência
- 8 décembre – Imaculada Conceição
- 25 décembre – Natal (Noël)
Les jours fériés mobiles
Outre les célébrations à date fixe, le calendrier portugais inclut plusieurs jours fériés dits mobiles, dont la date varie chaque année en fonction du calendrier liturgique chrétien, notamment du cycle pascal. Ces fêtes, profondément enracinées dans la tradition catholique, structurent le rythme annuel de la vie sociale et culturelle du pays, notamment dans les régions les plus attachées aux pratiques religieuses populaires.
Leur caractère mobile ne les rend pas moins importants : au contraire, ces journées donnent souvent lieu à des rituels collectifs, des processions solennelles, des pauses symboliques et des retrouvailles familiales. Parmi elles, le Vendredi saint, la Pâques ou encore le Corpo de Deus (Fête-Dieu) sont célébrés de manière quasi unanime sur l’ensemble du territoire. D’autres, comme le Carnaval, bien que considérés comme facultatifs dans le Code du travail, bénéficient traditionnellement de tolérances de point dans la fonction publique, et sont largement observés par les employeurs privés.
Principaux jours fériés mobiles
Les principales fêtes mobiles incluent :
- Entrudo (Carnaval) – mardi gras, facultatif mais souvent observé depuis 1978
- Sexta‑feira Santa (Vendredi saint) – observé chaque année comme férié national
- Páscoa (Pâques) – dimanche férié national
- Corpo de Deus (Fête‑Dieu) – jeudi après la Pentecôte
Feriados régionaux et municipaux
En plus des jours fériés nationaux, le Portugal accorde une place importante aux célébrations régionales et locales, reflet de son organisation administrative décentralisée et de ses traditions enracinées. Chaque région autonome et chaque municipalité peut désigner un ou plusieurs jours fériés propres, souvent en lien avec le saint patron, un événement historique ou une fête populaire marquante. Ces journées, bien que parfois facultatives dans le cadre du droit du travail, sont largement respectées et donnent lieu à des manifestations culturelles, religieuses ou festives spécifiques à chaque territoire.
Jours fériés dans les régions autonomes
Aux Açores et à Madère, s’ajoutent :
- Açores – Segunda‑feira do Espírito Santo (lundi suivant la Pentecôte)
- Madeira – 1 juillet (Dia da Madeira) et 26 décembre (Primeira Oitava)
- Le 2 avril est désormais un jour de l’Autonomie à Madère depuis 2025
Jours fériés municipaux
Chaque municipalité choisit un jour férié, souvent lié à un saint-patron ou à un événement local. Ces dates sont optionnelles pour les entreprises.
| Ville ou municipalité | Date | Nom de la fête / Saint patron | Remarques |
|---|---|---|---|
| Lisbonne | 13 juin | Saint Antoine | Fête populaire majeure. Semaine des sardines grillées, bals et processions dans les quartiers historiques |
| Porto | 24 juin | Saint Jean | Feux d’artifice sur le Douro, fête la plus emblématique du nord du pays |
| Sintra | 29 juin | Saint Pierre | Traditions maritimes et processions religieuses, animations de rue |
| Évora | 29 juin | Saint Pierre | Concerts, marchés et événements folkloriques dans le centre historique |
| Sesimbra | 4 mai | Seigneur Jésus des Plaies (Senhor Jesus das Chagas) | Procession religieuse en bord de mer, fête locale très suivie |
| Batalha | 14 août | Notre-Dame du Fetal | Commémoration religieuse et festivités traditionnelles |
| Alcobaça | 20 août | Saint Bernard de Clairvaux | Hommage au moine fondateur de l’abbaye de Clairvaux, liens historiques avec le monastère de Santa Maria |
| Braga | 24 juin | Saint Jean | Fête religieuse doublée d’événements culturels, musique traditionnelle |
| Guimarães | 24 juin | Saint Jean | Animations dans la vieille ville, fête ancrée dans la tradition populaire |
| Funchal (Madère) | 21 août | Sainte Patronne de Funchal | Jour férié local avec célébrations religieuses et culturelles |
| Faro | 7 septembre | Notre-Dame de l’Espérance | Cérémonies religieuses et événements dans le centre-ville |
| Leiria | 22 mai | Saint André Avellin | Fête locale intégrée aux festivités printanières |
| Viseu | 21 septembre | Saint Matthieu | Grande foire populaire, événements culturels et religieux |
| Coimbra | 4 juillet | Reine Sainte Isabelle | Procession religieuse, concerts et animations dans la ville universitaire |
| Beja | 19 mars | Saint Joseph | Marchés artisanaux et commémorations locales dans l’Alentejo |
Ce tableau illustre la richesse du calendrier municipal portugais, reflet des identités locales. Ces jours fériés sont souvent l’occasion pour les habitants comme pour les visiteurs de renouer avec des traditions vivantes, festives et communautaires. Ils jouent également un rôle économique important dans les secteurs de l’artisanat, de la restauration et du tourisme régional.
Comparatif France vs Portugal

Le débat français sur la suppression de jours fériés relance les comparaisons entre modèles européens. Le Portugal, en privilégiant diversité culturelle et tradition, offre une référence intéressante. Cependant, toute réforme dans l’un ou l’autre pays nécessite un dialogue social fort, comme ce fut le cas entre l’État et l’Église pour la suppression temporaire de certains jours fériés au Portugal en 2012.
Jours fériés et congés payés
Pour évaluer équitablement la question des jours fériés au regard du temps de travail effectif, il est indispensable d’élargir la perspective aux congés payés et à la durée hebdomadaire légale du travail. Le Portugal et la France se distinguent par leurs régimes juridiques, mais les écarts réels, lorsqu’ils sont annualisés, offrent une lecture plus nuancée que le simple nombre de jours fériés ne le laisse supposer.
En France, les salariés bénéficient de 25 jours ouvrés de congés payés par an (soit 5 semaines), auxquels s’ajoutent 11 jours fériés. La durée légale du travail est de 35 heures par semaine depuis la loi Aubry (2000), bien que de nombreux salariés travaillent au-delà, notamment par le biais d’accords sur les heures supplémentaires ou les forfaits jours dans les cadres autonomes.
Au Portugal, le Code du travail prévoit 22 jours ouvrables de congés payés par an pour les salariés, en plus de 14 jours fériés (dont 13 obligatoires et 1 facultatif). La durée légale du travail est plus élevée : elle est fixée à 40 heures hebdomadaires, soit 8 heures par jour sur 5 jours ouvrés.
Temps de travail annualisé : une comparaison éclairante
Lorsque l’on annualise le temps de travail, en prenant en compte la durée hebdomadaire légale, les congés et les jours fériés, on obtient une mesure plus juste de l’effort de travail attendu dans les deux pays.
- France : 35 h x 52 semaines = 1 820 h théoriques – (25 jours congés + 11 fériés) ≈ 1 607 heures de travail effectif
- Portugal : 40 h x 52 semaines = 2 080 h théoriques – (22 jours congés + 13 fériés) ≈ 1 796 heures de travail effectif
Ces chiffres sont arrondis et ne tiennent pas compte des absences diverses, des RTT (spécifiques à la France), ni des ponts éventuellement accordés. Mais ils permettent d’illustrer une réalité : le salarié portugais travaille environ 190 heures de plus par an qu’un salarié français, malgré un nombre de jours fériés supérieur. Cela équivaut à près de cinq semaines de travail supplémentaires.
En somme, si le Portugal apparaît plus généreux sur le nombre de jours fériés, il compense cette souplesse par un régime de travail hebdomadaire plus contraignant.
Jours fériés et bien-être collectif
Le Portugal se distingue par un modèle de jours fériés à la fois dense, équilibré et profondément enraciné dans son histoire, sa culture et son organisation territoriale. Loin d’être de simples interruptions du travail, ces jours incarnent des moments de mémoire collective, de rassemblement social et de transmission des traditions. Ils reflètent une vision du temps où le repos, la célébration et l’appartenance à une communauté occupent une place essentielle.
Ce système, qui combine jours fériés nationaux, fêtes régionales et commémorations municipales, s’inscrit dans une logique de proximité et de reconnaissance des identités locales. Il démontre aussi une capacité à concilier exigences économiques et respect des rythmes sociaux, en intégrant ces jours dans une législation du travail claire et stable. Le cas du Carnaval, férié facultatif mais largement observé, illustre bien cette flexibilité organisée.
À travers ces choix calendaires, le Portugal affirme une conception du bien-être collectif où le droit au repos va de pair avec la valorisation du patrimoine immatériel. Dans un monde où la cadence du travail tend à s’intensifier, cette structuration du temps continue de jouer un rôle stabilisateur et fédérateur. Elle participe, en creux, d’un certain art de vivre portugais, fait de liens communautaires, de mémoire active et de respect des traditions.
- Artigo 234.º do Código do Trabalho : https://diariodarepublica.pt/dr/legislacao-consolidada/lei/2009-34546475-73982045 ↩︎







