Affaire Tutti Frutti au Portugal : 56 prévenus seront jugés pour corruption et favoritisme politique

affaire tutti frutti

Après plusieurs années d’enquête, l’affaire Tutti Frutti va entrer dans une nouvelle phase judiciaire au Portugal. Le Tribunal central d’instruction criminelle de Lisbonne a décidé, lundi 19 octobre, de renvoyer 56 prévenus devant un tribunal dans ce vaste dossier portant notamment sur des soupçons de corruption, de prévarication et de favoritisme dans l’attribution de contrats publics.

Parmi les personnes qui seront jugées figurent plusieurs anciens responsables politiques locaux de Lisbonne, dont Luís Newton, ancien président de la freguesia d’Estrela, et Vasco Morgado, ancien président de celle de Santo António. L’ancien député du PSD Sérgio Azevedo ainsi que Carlos Eduardo Reis figurent également parmi les prévenus renvoyés devant le tribunal.

Cette décision ne constitue évidemment pas une condamnation. Le procès devra désormais déterminer la responsabilité éventuelle de chacun des prévenus pour les faits qui leur sont reprochés.

56 des 59 prévenus renvoyés devant un tribunal

Le ministère public avait initialement mis en accusation 60 personnes en février 2025. Après le décès de Fernando Braamcamp, ancien président de la freguesia d’Areeiro, 59 restaient concernées au moment de la décision d’instruction. Le tribunal a finalement décidé que 56 d’entre elles devaient être jugées.

Trois personnes échappent donc au procès : Ângelo Pereira, ancien conseiller municipal PSD à Lisbonne, Inês Drummond, ancienne conseillère municipale socialiste, et Ivone Gonçalves, militante du PSD à Loures.

Ângelo Pereira était poursuivi pour réception indue d’un avantage en relation avec un déplacement en Chine. La juge d’instruction a considéré que les éléments recueillis ne permettaient pas d’établir que ce voyage avait constitué pour lui un avantage réel.

Concernant Inês Drummond, le tribunal a retenu comme possible l’hypothèse qu’elle ait agi de bonne foi lors de l’attribution de contrats, sans avoir connaissance des éventuels avantages susceptibles d’en être retirés par des tiers. Pour Ivone Gonçalves, la juge a considéré que les éléments étaient insuffisants pour établir le caractère criminel des factures examinées et a appliqué le principe in dubio pro reo.

Que reproche la justice dans l’affaire Tutti Frutti ?

L’affaire porte sur des soupçons de favoritisme impliquant des responsables et militants liés principalement au PSD et au PS, notamment à travers des contrats de prestations de services et des marchés publics attribués par des collectivités locales.

Selon l’accusation du ministère public, certains contrats auraient été utilisés comme contreparties ou auraient permis de favoriser des intérêts politiques et personnels. Le dossier comprend notamment des accusations de corruption active et passive, prévarication, trafic d’influence, blanchiment de capitaux, abus de pouvoir ou encore falsification de documents selon les différents prévenus.

Les faits reprochés ne sont pas identiques pour l’ensemble des personnes concernées. Sérgio Azevedo fait notamment partie des principaux prévenus du dossier, tout comme Luís Newton, Vasco Morgado et Carlos Eduardo Reis.

L’instruction ne consistait pas à déterminer définitivement leur culpabilité, mais à examiner si les éléments réunis étaient suffisants pour que les accusations soient débattues lors d’un procès. C’est désormais le cas pour la très grande majorité des personnes poursuivies.

Une enquête devenue publique en 2018

L’affaire Tutti Frutti accompagne la vie politique lisboète depuis plusieurs années. L’enquête, conduite par le département régional d’investigation et d’action pénale de Lisbonne avec la Police judiciaire, s’est notamment intéressée aux relations entre responsables politiques locaux, militants et entreprises bénéficiant de contrats publics.

Le ministère public avait finalement annoncé en février 2025 la mise en accusation de 60 personnes. Il avait également demandé la confiscation des avantages qui auraient été obtenus grâce aux infractions présumées ainsi que, lorsque la loi le permet, la perte de mandats politiques et l’inéligibilité des personnes éventuellement condamnées.

Fernando Medina, ancien maire de Lisbonne et ancien ministre des Finances, avait lui aussi été concerné par les investigations. Il n’a toutefois pas été mis en accusation dans ce dossier.

Une nouvelle étape, mais pas encore l’issue de l’affaire

La décision du 19 octobre constitue donc un tournant dans une procédure particulièrement longue. Sur les 59 personnes encore concernées au début de cette phase, seules trois ne seront finalement pas jugées.

Pour les 56 autres, commence désormais une autre étape : celle du procès, au cours duquel l’accusation et les défenses pourront confronter leurs arguments et les éléments réunis pendant l’enquête.

Le renvoi devant un tribunal ne préjuge pas de leur culpabilité. Il appartient désormais aux juges qui examineront l’affaire au fond de déterminer si les infractions alléguées sont établies et, le cas échéant, la responsabilité individuelle de chacun des prévenus.

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