Construire en bois au Portugal : une solution pour accélérer la construction de logements ?

construction bois

Et si le Portugal utilisait davantage le bois pour construire des logements plus rapidement, réduire l’empreinte carbone des bâtiments et agrandir les immeubles existants ? Alors que le pays traverse une crise du logement, cette méthode pourrait offrir de nouvelles possibilités. Mais son développement reste freiné par des habitudes de construction bien établies et un cadre réglementaire jugé insuffisamment favorable.

Au Portugal, la construction reste largement dominée par le béton et la maçonnerie. Pourtant, d’autres pays européens développent des bâtiments de grande taille utilisant le bois comme matériau de structure. Cette approche ne concerne plus uniquement les maisons individuelles : elle permet également de réaliser des équipements publics, des bureaux et des immeubles collectifs.

Pour l’architecte portugaise Vanda Oliveira, qui travaille depuis 2006 au sein du cabinet danois Henning Larsen, le Portugal tarde à exploiter ces possibilités.

Dans un entretien publié par idealista/news le 23 octobre 2026 1, elle pointe deux obstacles : la méconnaissance de ces techniques et le manque de soutien institutionnel et réglementaire. Elle estime que le pays doit accélérer sa transition vers d’autres méthodes de construction.

Construire plus vite, mais aussi agrandir les bâtiments existants

L’un des principaux intérêts du bois réside dans les possibilités offertes par la préfabrication. Des éléments de structure peuvent être préparés en atelier avant leur assemblage sur le chantier, ce qui permet, dans certaines conditions, de réduire les délais de réalisation.

Mais une autre application pourrait être particulièrement intéressante pour les villes portugaises : la surélévation des immeubles existants.

Grâce à son poids relativement faible par rapport à certaines structures traditionnelles, le bois peut permettre d’ajouter des étages sans imposer les mêmes charges au bâtiment d’origine. Cette solution pourrait contribuer à créer des logements supplémentaires dans des quartiers déjà urbanisés, sans consommer de nouveaux terrains.

Elle reste toutefois conditionnée à la capacité porteuse des immeubles, aux règles d’urbanisme et aux études techniques nécessaires. Tous les bâtiments ne peuvent pas être surélevés.

Pour Vanda Oliveira, cette approche répond à un double enjeu : augmenter l’offre immobilière tout en évitant de poursuivre systématiquement l’expansion des villes.

Un matériau qui peut réduire l’empreinte carbone des bâtiments

bois portugal

La construction en bois présente également un intérêt environnemental. Le matériau stocke du carbone absorbé pendant la croissance des arbres et peut, dans certaines applications, remplacer une partie des matériaux dont la fabrication génère davantage d’émissions.

Le bénéfice réel dépend néanmoins de plusieurs facteurs : l’origine du bois, sa transformation, son transport, la conception du bâtiment et sa durée de vie. Construire en bois ne garantit donc pas automatiquement un bâtiment moins polluant, mais peut contribuer à réduire son empreinte carbone.

Le Portugal dispose-t-il des ressources nécessaires pour développer cette construction ? Le pays possède une importante filière forestière, notamment autour du pin maritime (pinheiro-bravo). Selon l’Inventaire forestier national, cette essence occupait environ 713 000 hectares en 2015, soit 22 % des surfaces forestières du Portugal continental. Elle présente un intérêt pour la fabrication de poutres et d’autres éléments structurels, à condition que le bois soit correctement sélectionné et transformé.

Le principal défi est donc aussi industriel. Le Portugal possède des entreprises de transformation du bois et produit déjà certains éléments structurels, notamment en bois lamellé-collé. Mais le secteur de la construction reste dépendant d’importations de produits finis ou de matières premières. Développer davantage la construction en bois portugais suppose ainsi d’améliorer la valorisation du pin maritime, les capacités de transformation et la production locale d’éléments préfabriqués.

Des initiatives existent déjà. Lancé en octobre 2025, le projet +PINHO, porté notamment par Centro PINUS et plusieurs partenaires de la filière, vise précisément à mieux valoriser le pin maritime portugais, en particulier pour ses applications dans la construction. L’enjeu n’est donc pas seulement de construire davantage en bois, mais aussi de déterminer quelle part de ces nouveaux bâtiments pourrait être réalisée avec une ressource nationale, issue de forêts gérées durablement.

Le Portugal doit encore dépasser plusieurs obstacles

La sécurité incendie constitue l’une des principales interrogations. Contrairement à une idée répandue, l’utilisation du bois dans un bâtiment de grande taille ne signifie pas nécessairement une sécurité moindre.

Les ingénieurs peuvent notamment dimensionner les éléments de structure pour tenir compte de la carbonisation progressive de leur surface en cas d’incendie. Cette technique permet de préserver leur capacité portante pendant une durée déterminée, à condition que l’ensemble du bâtiment respecte les exigences réglementaires de sécurité.

Reste la question de l’adoption de ces solutions au Portugal. Leur développement suppose des professionnels formés, une coordination étroite entre architectes, ingénieurs et entreprises, ainsi qu’un cadre réglementaire adapté.

Le débat a notamment été abordé le 14 octobre 2026 à Lisbonne, lors du congrès international The Wood Giants, qui a réuni environ 400 participants autour de la construction en bois.

Cette méthode ne suffira pas, à elle seule, à résoudre la crise du logement portugais. Son intérêt pourrait toutefois être réel dans certains projets, notamment pour accélérer des chantiers ou créer de nouvelles surfaces habitables dans des villes déjà construites. Pour l’instant, il s’agit surtout d’un potentiel à développer, et non d’une transformation déjà généralisée du secteur immobilier portugais.

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