Au Portugal, près de 1,9 million de ménages avaient au moins une dette en 2024, soit 41,7 % des foyers du pays. Pour la moitié de ces ménages endettés, les remboursements représentaient au moins 15 % du revenu net. Derrière cette moyenne nationale, les différences sont importantes : les familles de 35 à 44 ans sont particulièrement exposées, avec près de deux ménages sur trois concernés par le crédit.
Ces chiffres proviennent de l’étude « Poupança, despesas e dívidas: para onde vai o dinheiro das famílias? » (« Épargne, dépenses et dettes : où va l’argent des familles ? »), publiée par la Fundação Francisco Manuel dos Santos (FFMS), à travers Pordata. Elle s’appuie sur l’Enquête sur la situation financière des ménages de 2024, réalisée par l’Institut national de la statistique portugais (INE).
4 ménages sur 10 ont au moins une dette
Sur environ 4,5 millions de ménages résidant au Portugal, 41,7 % avaient contracté au moins un emprunt ou présentaient une autre forme de dette en 2024. Cette proportion a diminué de 5 points de pourcentage par rapport à 2020, principalement en raison du recul du nombre de ménages ayant un crédit immobilier pour leur résidence principale.
Le logement reste néanmoins la première source d’endettement. Près d’1 ménage sur 4 (24,7 %) rembourse un emprunt garanti par sa résidence principale. Les crédits sans garantie immobilière concernent 18,7 % des foyers, tandis que 10,3 % ont des dettes liées à une carte de crédit, une ligne de crédit ou un découvert bancaire.
Les prêts hypothécaires portant sur d’autres biens immobiliers représentent 4,2 % des ménages. Ces catégories peuvent se cumuler : une famille peut, par exemple, rembourser simultanément un crédit immobilier et un prêt personnel.
Avoir une dette ne signifie pas nécessairement être en difficulté financière. Un emprunt destiné à l’achat d’un logement constitue un engagement de longue durée, dont le poids dépend notamment des revenus du ménage et de ses autres charges.
Entre 35 et 44 ans, près de 2 familles sur 3 sont endettées
L’âge fait apparaître des écarts particulièrement marqués. Parmi les ménages dont la personne de référence a entre 35 et 44 ans, 64,9 % ont au moins une dette. La proportion atteint encore 63,1 % entre 45 et 54 ans, contre 53,9 % avant 35 ans.
Après 55 ans, l’endettement devient progressivement moins fréquent. Il concerne 44,2 % des ménages entre 55 et 64 ans, puis 20,9 % entre 65 et 74 ans. À partir de 75 ans, seuls 8 % des foyers ont encore une dette.
| Âge de la personne de référence | Ménages endettés | Dette médiane par rapport au revenu net annuel* |
|---|---|---|
| Moins de 35 ans | 53,9 % | 107,8 % |
| 35 à 44 ans | 64,9 % | 180,5 % |
| 45 à 54 ans | 63,1 % | 131,8 % |
| 55 à 64 ans | 44,2 % | 60,3 % |
| 65 à 74 ans | 20,9 % | 39,4 % |
| 75 ans et plus | 8 % | 15,9 % |
Le ratio médian de dette est calculé uniquement parmi les ménages endettés de chaque tranche d’âge.
Cette concentration s’explique en partie par les crédits immobiliers. Entre 35 et 44 ans, 41,7 % des ménages remboursent un emprunt sur leur résidence principale. La proportion atteint 46,6 % entre 45 et 54 ans, avant de diminuer nettement après 55 ans.
Les plus jeunes sont également davantage concernés par les emprunts sans garantie immobilière. Ces crédits touchent 32,9 % des ménages de moins de 35 ans, contre 18,7 % entre 55 et 64 ans.
Une dette qui représente parfois près de deux années de revenus
Le nombre de ménages endettés ne suffit pas à mesurer l’importance de leurs engagements financiers. L’étude compare également le montant total des dettes au revenu net annuel.
Pour l’ensemble des ménages endettés, la dette médiane équivaut à 104,2 % du revenu net d’une année. Autrement dit, la moitié de ces foyers doivent au moins l’équivalent d’un peu plus d’une année de revenus.
La situation est particulièrement marquée entre 35 et 44 ans. Dans cette tranche d’âge, le ratio médian atteint 180,5 % : la moitié des ménages endettés doivent au moins 1,8 fois leur revenu net annuel. Entre 45 et 54 ans, le ratio s’établit à 131,8 %.
Il ne faut pas confondre ce montant avec les remboursements annuels. Une dette équivalente à 180 % du revenu ne signifie pas que le ménage doit verser cette somme en douze mois : dans le cas d’un prêt immobilier, les échéances peuvent s’étaler sur plusieurs décennies.
Quelle part des revenus sert réellement à rembourser les crédits ?
L’indicateur le plus concret pour le budget familial est celui du service de la dette, c’est-à-dire la part des revenus absorbée par les remboursements.
En 2024, la moitié des ménages portugais endettés consacraient au moins 15 % de leur revenu net aux paiements liés à leurs dettes. Pour un foyer disposant de 2 000 euros nets par mois, cette proportion correspondrait, à titre d’illustration, à 300 euros mensuels.
L’effort de remboursement médian varie selon l’âge :
- Moins de 35 ans : 15,4 % du revenu net.
- 35 à 44 ans : 17 %, soit le niveau le plus élevé.
- 45 à 54 ans : 15,6 %.
- 55 à 74 ans : 13,2 %.
- 75 ans et plus : 10,7 %.
Ces chiffres décrivent des valeurs médianes, pas un plafond. Certains ménages consacrent donc une part sensiblement plus élevée de leurs revenus au remboursement de leurs emprunts.
L’étude examine aussi la dette par rapport au patrimoine détenu. Chez les ménages endettés de moins de 35 ans, elle représente en valeur médiane 46,2 % des actifs, contre 21 % pour l’ensemble des foyers endettés. Ce rapport diminue avec l’âge, à mesure que les dettes se réduisent et que les actifs peuvent s’accumuler.
Le constat est donc contrasté. Le Portugal compte proportionnellement moins de ménages endettés qu’en 2020, mais le crédit reste très présent pendant les années de vie active. Entre 35 et 54 ans, les familles cumulent plus fréquemment des engagements financiers importants, principalement liés au logement.
Les données de 2024 ne permettent toutefois pas, à elles seules, de mesurer le nombre de ménages en situation de surendettement ou incapables de rembourser leurs prêts. Elles montrent surtout à quel point l’âge, l’accès à la propriété et le niveau de revenu influencent la place du crédit dans les budgets familiaux.







