Le vin sans alcool peut-il devenir le nouveau pari des producteurs portugais ?

vin sans alcool au portugal

Longtemps, l’idée même d’un vin sans alcool pouvait sembler contradictoire. Mais alors que la consommation traditionnelle de vin recule et que les nouvelles générations entretiennent un rapport différent à l’alcool, les producteurs commencent à regarder beaucoup plus sérieusement du côté des vins sans alcool ou faiblement alcoolisés.

Pour Frederico Falcão, président exécutif de ViniPortugal, il ne s’agit plus d’une simple mode. Le développement du « no/low » correspondrait à une évolution durable des habitudes de consommation, déjà bien visible sur des marchés comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni.

Pour le Portugal, pays dont l’identité et une partie de l’économie restent profondément liées au vin, le défi est particulier : comment répondre à cette nouvelle demande sans produire une pâle imitation du vin traditionnel ?

Le vin sans alcool n’est plus seulement un marché de niche

La transformation ne signifie pas nécessairement que les consommateurs abandonnent le vin. Ils semblent plutôt modifier les moments auxquels ils choisissent de boire de l’alcool.

Un même consommateur peut ainsi boire un vin traditionnel au cours d’un dîner, choisir une version faiblement alcoolisée dans une autre situation et préférer une boisson sans alcool lorsqu’il souhaite conserver l’aspect social du verre partagé.

Cette évolution serait particulièrement sensible parmi les jeunes consommateurs, qui entretiennent souvent une relation plus modérée avec l’alcool que les générations précédentes.

Pour Frederico Falcão, la filière doit donc désormais raisonner non seulement en fonction du produit (rouge, blanc, rosé ou effervescent) mais aussi en fonction des occasions de consommation.

Retirer l’alcool sans perdre le vin

viniportugal

Reste une difficulté considérable : retirer l’alcool d’un vin modifie bien davantage que son degré alcoolique.

L’alcool intervient dans la perception des arômes, mais aussi dans le corps, la texture et l’équilibre du vin. Sa suppression peut modifier la perception de l’acidité, de la douceur, de l’amertume ou encore de l’astringence.

Différentes technologies permettent aujourd’hui de désalcooliser un vin, notamment l’osmose inverse ou la distillation sous vide. Mais l’enjeu consiste à retirer l’éthanol tout en préservant autant que possible les caractéristiques sensorielles du produit.

C’est pourquoi Frederico Falcão défend une approche différente : plutôt que de fabriquer un vin traditionnel avant de chercher simplement à lui retirer son alcool, il faut penser dès le départ le produit en fonction du résultat recherché.

Son principe est assez révélateur du changement en cours : le vin sans alcool ne doit pas être présenté comme une copie du vin traditionnel, mais comme une catégorie possédant ses propres caractéristiques.

Les 250 cépages portugais peuvent-ils faire la différence ?

Le Portugal pourrait disposer d’un avantage particulier pour se positionner sur ce nouveau marché : plus de 250 cépages autochtones, auxquels s’ajoute une très grande diversité de terroirs, de climats et de traditions viticoles.

L’enjeu serait de déterminer quelles variétés et quels profils résistent le mieux aux processus de réduction ou de suppression de l’alcool. L’objectif n’est alors plus simplement de produire « du vin sans alcool », mais de parvenir à conserver une véritable identité portugaise.

La transformation pourrait néanmoins creuser les écarts entre producteurs. Les procédés de désalcoolisation nécessitent des investissements technologiques et financiers plus facilement accessibles aux grandes entreprises qu’aux petites exploitations.

ViniPortugal évoque donc la nécessité de développer des formes de coopération, des solutions partagées ou des dispositifs permettant aux producteurs plus modestes d’accéder à ces technologies.

Le Portugal vend plus de vin, mais en retire moins d’argent

Derrière le développement du sans-alcool se cache enfin un problème beaucoup plus large pour la filière portugaise.

En 2025, le Portugal a exporté 340,6 millions de litres de vin pour 953,5 millions d’euros. Le volume exporté a progressé de 1,08%, mais sa valeur a diminué de 1,09%. Plus préoccupant encore, le prix moyen a reculé de 2,15%, à 2,80 euros par litre. Autrement dit, le Portugal a vendu davantage de vin, mais en a retiré moins d’argent.

ViniPortugal vise 1,2 milliard d’euros d’exportations à l’horizon 2030, mais l’objectif est surtout d’augmenter la valeur des vins portugais plutôt que de poursuivre une simple course aux volumes.

Le sans-alcool ne remplacera donc pas le vinho verde, les vins du Douro ou de l’Alentejo. Il pourrait en revanche permettre aux producteurs portugais d’entrer dans de nouvelles occasions de consommation et de toucher des clients qui, faute d’alternative, pourraient simplement se détourner du vin.

Reste à réussir le plus difficile : retirer l’alcool sans retirer ce qui donne au vin son identité.

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