À partir du 31 décembre 2026, le Portugal va regrouper 13 prestations sociales dans un dispositif unique, baptisé Prestação Social Única (PSU). Cette réforme de la Sécurité sociale portugaise concerne notamment les pensions sociales, le revenu minimum d’insertion et certaines allocations liées au chômage ou à la parentalité. Elle introduit également une nouvelle méthode de calcul destinée à mieux prendre en compte les revenus du travail.
Le changement est important pour les personnes et les familles disposant de faibles ressources. Jusqu’à présent, plusieurs aides reposaient sur des règles, des formulaires et des procédures distincts. Avec la PSU, le gouvernement souhaite simplifier les démarches et harmoniser les conditions d’attribution.
Le montant de référence est fixé à 268,60 euros par mois en 2026, mais cela ne signifie pas que chaque bénéficiaire recevra automatiquement cette somme. Le versement dépendra notamment des revenus, de la composition du foyer et des éventuelles majorations.
La réforme a été instituée par le décret-loi n° 166/2026 du 13 août 2026 1. Bien que le texte soit entré en vigueur le 14 août, ses dispositions ne produiront leurs effets qu’à compter du 31 décembre 2026.
Quelles sont les 13 aides sociales concernées au Portugal ?
La nouvelle prestation réunit des dispositifs jusqu’ici séparés, relevant principalement du régime non contributif de la Sécurité sociale. Ces aides s’adressent à des personnes qui ne disposent pas de ressources suffisantes ou qui ne remplissent pas les conditions nécessaires pour bénéficier de certaines prestations contributives.
Voici les 13 dispositifs intégrés à la PSU :
- Le complément extraordinaire de solidarité (Complemento extraordinário de solidariedade).
- La pension sociale de vieillesse (Pensão social de velhice).
- La pension sociale d’invalidité du régime spécial (Pensão social de invalidez do regime especial).
- La pension de veuvage du régime non contributif (Pensão de viuvez).
- La pension d’orphelin du régime non contributif (Pensão de orfandade).
- Le revenu social d’insertion (Rendimento social de inserção, RSI).
- L’allocation sociale de chômage (Subsídio social de desemprego).
- L’allocation sociale en cas d’interruption de grossesse.
- L’allocation sociale en cas de risque clinique pendant la grossesse.
- L’allocation sociale d’adoption.
- L’allocation sociale parentale initiale.
- L’aide sociale liée au déplacement d’une femme enceinte vers un établissement hospitalier situé hors de son île de résidence, pour l’accouchement ou son accompagnement.
- L’allocation sociale pour risques spécifiques.
Toutes les aides sociales ne disparaissent donc pas dans ce nouveau dispositif. Les allocations familiales (abono de família), le complément de solidarité pour les personnes âgées (Complemento Solidário para Idosos, CSI) et les prestations contributives, comme l’allocation chômage classique ou les indemnités de maladie, restent en dehors de la PSU.
Les aides au logement et les avantages fiscaux ne sont pas non plus intégrés à cette prestation.
Quel sera le montant de la nouvelle prestation sociale ?
La PSU repose sur un montant de référence de 268,60 euros mensuels, correspondant à la moitié de l’index des aides sociales portugais (Indexante dos Apoios Sociais, IAS). En 2026, cet indice s’élève à 537,13 euros.
Ce montant constitue une base de calcul et non une allocation identique pour tous. La somme effectivement attribuée dépend de la situation économique du foyer, de sa composition et des majorations éventuellement applicables.
Le dispositif prévoit un minimum mensuel de 10 euros et un plafond global fixé à six fois l’IAS, majorations comprises, soit 3222,78 euros sur la base de l’indice de 2026. Ce plafond ne représente pas un montant normalement versé à chaque bénéficiaire : il encadre les situations pouvant donner lieu à plusieurs composantes ou majorations.
La prestation sera exonérée de l’impôt portugais sur le revenu (IRS). Elle sera accordée pour une période de 12 mois, renouvelable après une nouvelle vérification des conditions d’attribution.
Les valeurs exprimées en euros reposent sur l’IAS de 2026 et devront être réexaminées lors de son actualisation pour 2027.
Travailler tout en percevant une aide : les nouvelles règles de calcul
L’une des principales nouveautés concerne les personnes qui reprennent une activité professionnelle ou augmentent leurs revenus. Le gouvernement souhaite éviter qu’un salaire supplémentaire entraîne une diminution trop brutale de l’aide sociale.
La PSU introduit ainsi une composante d’incitation au travail (Componente de Incentivo ao Trabalho, CIT).
Le mécanisme prévoit que les revenus professionnels jusqu’à 20 % de l’IAS, soit 107,43 euros par mois sur la base de 2026, ne soient pas pris en compte dans le calcul des ressources. Au-delà de ce seuil, seule la moitié de la somme supplémentaire est comptabilisée.
Concrètement, voici comment ce principe s’appliquerait à différents niveaux de salaire mensuel :
| Revenu professionnel mensuel | Montant non pris en compte | Revenu retenu pour le calcul |
|---|---|---|
| 100 € | 100 € | 0 € |
| 300 € | 107,43 € | 96,29 € |
| 500 € | 107,43 € | 196,29 € |
| 800 € | 107,43 € | 346,29 € |
Par exemple, une personne percevant 500 euros de revenus professionnels mensuels ne verra pas l’intégralité de cette somme prise en compte dans le calcul de la PSU. Selon les règles prévues, seuls 196,29 euros seront retenus au titre de ces revenus.
Le droit à la prestation dépendra néanmoins de l’ensemble de la situation du foyer. La reprise d’un emploi ne garantit donc pas automatiquement le maintien de l’aide, mais le nouveau calcul vise à limiter les pertes immédiates de protection sociale.
Qui pourra bénéficier de la Prestação Social Única ?
La PSU s’adresse aux personnes résidant au Portugal, âgées d’au moins 18 ans, qui remplissent les conditions de ressources prévues par la réglementation.
Pour les ressortissants de pays extérieurs à l’Union européenne et à l’Espace économique européen, le dispositif prévoit notamment une résidence régulière au Portugal depuis au moins un an, avec un titre de séjour valide. Des dispositions particulières concernent les réfugiés et les apatrides.
L’administration examinera les revenus de l’ensemble du foyer : salaires, revenus d’activité indépendante, pensions, revenus immobiliers, capitaux et certaines prestations sociales. La période de référence prévue pour l’évaluation des ressources correspond aux trois mois précédant la demande.
Des limites patrimoniales s’appliquent également. Le patrimoine mobilier ne pourra notamment pas dépasser 60 fois l’IAS, soit environ 32 228 euros en 2026. Des règles spécifiques concernent aussi les véhicules et le logement principal.
Le calcul exact dépendra donc de plusieurs paramètres. Une personne seule, un couple sans emploi et une famille avec enfants ne seront pas nécessairement éligibles aux mêmes montants.
Les bénéficiaires actuels risquent-ils de perdre une partie de leurs aides ?
C’est l’une des principales inquiétudes que peut susciter la réforme. Le texte prévoit toutefois un régime transitoire destiné à protéger les personnes qui perçoivent déjà l’une des prestations concernées.
Selon les dispositions présentées par DECO PROteste 2, les bénéficiaires des aides remplacées passeront dans le nouveau système tout en conservant le montant précédemment attribué jusqu’à la fin de leur période d’attribution en cours.
Cette garantie ne signifie pas que le montant restera définitivement inchangé. Lors d’une nouvelle attribution ou d’un renouvellement, les règles de la PSU et les conditions de ressources applicables devront être prises en compte.
Pour les personnes déjà bénéficiaires, il sera donc important de vérifier leur situation individuelle auprès de la Sécurité sociale portugaise avant toute démarche supplémentaire.
Des activités de solidarité pourront être demandées
La réforme ne porte pas uniquement sur les montants et les procédures. Elle renforce également les obligations d’insertion sociale et professionnelle pour certains bénéficiaires en âge de travailler.
Selon leur situation, les personnes concernées pourront être invitées à participer à des activités de solidarité sociale non rémunérées, organisées notamment avec des organismes publics ou des structures à but non lucratif.
Le dispositif prévoit un maximum initial de 15 heures par semaine, pouvant atteindre 20 heures dans certaines situations à partir de la troisième reconduction de la prestation.
Plusieurs catégories sont dispensées de ces obligations, notamment les étudiants, les aidants informels principaux, les personnes présentant une incapacité d’au moins 80 % et certains bénéficiaires confrontés à une incapacité de travail.
Le non-respect injustifié des obligations peut entraîner des sanctions importantes. La réglementation prévoit notamment une exclusion de la prestation pendant 24 mois pour le titulaire, selon les manquements constatés et les conditions légales applicables.
Ces activités doivent s’inscrire dans un plan individuel d’insertion tenant compte de la situation personnelle, familiale et professionnelle des bénéficiaires.
Comment demander la PSU et à partir de quand ?
La nouvelle prestation produira ses effets à compter du 31 décembre 2026. Les demandes devront être effectuées auprès de la Sécurité sociale portugaise, notamment par l’intermédiaire de la plateforme Segurança Social Direta 3.
Les personnes concernées devront communiquer les informations relatives à leur identité, à leur résidence, à leur foyer et à leurs ressources. L’administration pourra demander des justificatifs complémentaires lorsque les informations dont elle dispose ne suffisent pas.
Le délai normal de décision est fixé à 30 jours après réception d’un dossier complet, avec des délais spécifiques pour certaines situations de vulnérabilité.
Pour les résidents francophones du Portugal, il convient de distinguer les prestations non contributives intégrées à la réforme des droits acquis dans le cadre d’une carrière professionnelle ou de cotisations sociales. Le regroupement de 13 aides ne signifie pas la disparition de l’ensemble du système portugais de protection sociale.
Le texte officiel et ses modalités d’application peuvent être consultés dans le Diário da República. Les montants calculés à partir de l’IAS de 2026 devront être actualisés pour les droits évalués en 2027.







