Plus de la moitié des jeunes interrogés au Portugal ont déjà sérieusement envisagé d’émigrer. Mais derrière cette envie de départ, une réalité plus nuancée apparaît : seuls 10,5 % disposent d’un projet concret. Selon une nouvelle étude publiée ce jeudi 29 octobre 2026, les salaires proposés à l’étranger constituent la principale motivation, devant la qualité de vie et les perspectives professionnelles.
Partir pour gagner davantage, bénéficier de meilleures conditions de travail ou simplement construire un avenir plus stable : ces aspirations traversent une partie importante de la jeunesse portugaise. Pourtant, entre envisager une vie à l’étranger et préparer réellement son départ, la distance reste considérable.
C’est ce que révèle l’étude A Geração Z e o Futuro do Trabalho (« La génération Z et l’avenir du travail »), réalisée par l’institut Netsonda pour le groupe de recrutement Eurofirms. Présentés par l’hebdomadaire portugais Expresso, ses résultats reposent sur une enquête menée en juillet 2026 auprès de 600 jeunes âgés de 18 à 29 ans.
Parmi les personnes interrogées, 51,4 % déclarent avoir sérieusement envisagé l’émigration. Toutefois, seules 10,5 % ont un projet concret, tandis que 40,9 % n’ont pas encore arrêté leur décision. Par ailleurs, 34,3 % expliquent avoir considéré cette possibilité avant de préférer rester au Portugal.
Les salaires étrangers restent le principal facteur d’attraction
Les raisons évoquées éclairent les difficultés auxquelles se heurtent de nombreux jeunes au début de leur vie professionnelle. Parmi ceux qui ont envisagé l’émigration, 66,9 % citent les salaires plus élevés à l’étranger comme l’un des principaux arguments en faveur d’un départ.
La qualité de vie et l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle arrivent ensuite, mentionnés par 42,9 % des répondants concernés. Le logement constitue également un facteur de décision pour 18,1 % d’entre eux.
Ces résultats contredisent une idée parfois avancée à propos de la génération Z : celle d’une jeunesse qui accorderait moins d’importance à la rémunération qu’au sens donné à son travail.
Pour Lucília Queirós, directrice d’Eurofirms Portugal, le salaire demeure un élément essentiel, mais il ne suffit pas à lui seul à déterminer l’attractivité d’un emploi. Les conditions de travail, les perspectives d’évolution et la possibilité de concilier carrière et vie personnelle entrent également en ligne de compte.
L’étude ne permet pas de savoir combien de ces jeunes quitteront effectivement le pays. Elle montre néanmoins que l’émigration reste une possibilité sérieusement considérée, même parmi ceux qui n’ont engagé aucune démarche concrète.
Des entreprises qui exigent de l’expérience dès le premier emploi
Les difficultés ne concernent pas uniquement le niveau des rémunérations. L’enquête révèle aussi un décalage entre les attentes des entreprises et les possibilités offertes aux jeunes candidats.
Ainsi, 37,9 % des personnes interrogées dénoncent les exigences d’expérience professionnelle pour des postes débutants. Certains employeurs recherchent des profils jeunes et adaptables, tout en demandant une expérience que les candidats n’ont pas encore eu l’occasion d’acquérir.
Les procédures de recrutement constituent une autre source de frustration. Selon leur situation professionnelle, entre 47 % et 51 % des répondants signalent l’absence de réponse des recruteurs comme une difficulté importante.
Parmi les jeunes déjà en poste qui recherchent une nouvelle opportunité, 41 % critiquent également le manque de transparence concernant les salaires et les conditions de travail.
Ces obstacles peuvent peser sur la perception des perspectives professionnelles au Portugal, particulièrement lorsqu’ils s’ajoutent à des rémunérations jugées insuffisantes.
Comment retenir les jeunes qui hésitent à partir ?
Pour les entreprises portugaises, les résultats de l’enquête mettent en évidence une marge de manœuvre. Une grande partie des jeunes ayant sérieusement envisagé l’émigration n’a pas encore pris de décision définitive.
Selon Lucília Queirós, les employeurs peuvent agir sur plusieurs aspects : davantage de transparence dès les premières étapes du recrutement, des perspectives de carrière clairement définies et un meilleur accès à la formation.
La responsable insiste toutefois sur la nécessité de proposer des évolutions réellement possibles. Promettre une progression professionnelle que l’entreprise ne pourra pas assurer risque au contraire d’accentuer la déception des salariés.
Elle plaide également pour un rapprochement entre formation et monde du travail, notamment à travers des stages intégrés aux cursus académiques et mieux encadrés.
L’enquête met ainsi en évidence une différence entre l’envie de partir et la décision d’émigrer. Elle ne démontre pas une hausse récente des intentions de départ, puisqu’elle ne présente pas de comparaison historique. Mais elle montre à quel point les salaires, les conditions de recrutement et la visibilité sur l’avenir professionnel comptent dans les choix des jeunes adultes au Portugal.







