Nationalité portugaise : ce qui change pour les détenteurs du Golden Visa

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Pour les investisseurs étrangers titulaires d’un Golden Visa au Portugal, le chemin vers la nationalité portugaise s’est considérablement allongé. Depuis le 19 mai 2026, la durée de résidence légale exigée pour demander la naturalisation est passée de 5 à 10 ans pour la plupart des ressortissants de pays extérieurs à l’Union européenne. Un délai de 7 ans s’applique aux citoyens de l’UE et aux ressortissants de pays de langue officielle portugaise.

Cette réforme modifie profondément les perspectives des investisseurs qui envisageaient d’obtenir un passeport portugais après cinq années de résidence. Mais elle comporte une distinction essentielle : les demandes de nationalité déjà en cours lors de son entrée en vigueur restent soumises aux anciennes règles.

Autrement dit, deux personnes ayant obtenu leur Golden Visa à la même période peuvent désormais relever de conditions différentes. Tout dépend notamment de leur nationalité et de l’existence, ou non, d’une demande de naturalisation déposée avant le changement législatif.

De 5 à 10 ans : les nouveaux délais pour devenir portugais

Pendant plusieurs années, le Golden Visa a séduit des investisseurs internationaux grâce à une combinaison particulière : un titre de séjour obtenu par investissement, une obligation de présence relativement limitée au Portugal et la possibilité de demander la nationalité après cinq ans de résidence légale.

La réforme de la loi sur la nationalité a changé ce dernier paramètre. La Lei Orgânica n.º 1/2026, du 18 mai 2026 1, publiée au Diário da República et entrée en vigueur le lendemain, a relevé les durées de résidence exigées pour la naturalisation ordinaire.

Les nouveaux seuils dépendent de la nationalité du demandeur.

Profil du demandeurDurée minimale de résidence légale
Ancien régime5 ans
Citoyens de l’Union européenne7 ans
Ressortissants de pays de langue officielle portugaise7 ans
Ressortissants des autres pays10 ans

Pour un investisseur américain, britannique ou chinois, par exemple, le délai de référence est donc désormais de dix ans. Un investisseur brésilien relève, en principe, du seuil de 7 ans en raison de sa nationalité.

Il s’agit de délais minimaux avant le dépôt d’une demande de naturalisation, et non de délais garantissant l’obtention du passeport. L’examen administratif du dossier intervient ensuite et peut prolonger l’attente.

Le changement concerne la loi sur la nationalité, pas la disparition du Golden Visa lui-même. Le programme de résidence par investissement demeure distinct de la procédure permettant de devenir citoyen portugais.

Qui conserve l’ancien délai de 5 ans ?

C’est probablement la question la plus importante pour les investisseurs engagés dans une procédure depuis plusieurs années.

La réforme comporte une disposition transitoire : les procédures administratives de nationalité déjà pendantes au 19 mai 2026 continuent d’être examinées selon la rédaction antérieure de la loi.

Un investisseur ayant effectivement déposé sa demande de naturalisation avant cette date peut donc bénéficier des anciennes conditions, même si l’administration n’a pas encore rendu sa décision.

En revanche, détenir un Golden Visa depuis 5 ans ne suffit pas, à lui seul, à garantir l’application de l’ancien régime. La distinction porte sur la demande de nationalité, et non simplement sur l’ancienneté du titre de séjour.

Prenons deux situations.

Un investisseur ayant déposé une demande de nationalité en avril 2026 relève, en principe, du régime transitoire. Un autre, titulaire d’un Golden Visa depuis plusieurs années mais n’ayant pas encore introduit sa demande au 19 mai 2026, doit examiner son éligibilité au regard des nouvelles dispositions.

Pour les dossiers proches de cette date, la preuve du dépôt devient déterminante. Il est prudent de conserver l’accusé de réception de la demande, le numéro de procédure, les confirmations électroniques et tout document permettant d’établir la date de sa présentation.

Un récépissé de renouvellement délivré par l’AIMA, l’agence portugaise chargée des migrations, ne remplace pas une preuve de dépôt auprès des services compétents en matière de nationalité.

Comment se calcule la résidence légale avec un Golden Visa ?

L’allongement des délais soulève une autre difficulté : à partir de quelle date les années de résidence sont-elles comptabilisées ?

Il faut distinguer plusieurs étapes souvent confondues : la demande initiale de Golden Visa, l’obtention d’un titre de séjour, son renouvellement et le dépôt ultérieur d’une demande de nationalité.

La législation portugaise prévoit des règles spécifiques pour apprécier les périodes de résidence légale. Elle tient notamment compte de la succession des périodes reconnues, selon des conditions qui varient avec le régime applicable.

La réforme de 2026 introduit également des fenêtres temporelles dans lesquelles ces périodes peuvent être additionnées : 9 ans pour les ressortissants de l’UE et des pays de langue officielle portugaise, et 12 ans pour les autres nationalités.

Cela signifie qu’il ne suffit pas de regarder la date figurant sur la première carte de séjour et d’y ajouter mécaniquement 7 ou 10 ans.

Les retards administratifs compliquent encore cette lecture. Les détenteurs de Golden Visa ont parfois attendu longtemps un rendez-vous biométrique, la délivrance de leur premier titre ou son renouvellement auprès de l’AIMA.

Ces délais ne doivent pas être confondus avec une interruption automatique de résidence légale. Leur incidence dépend des dispositions applicables et des justificatifs propres au dossier.

Avant de fixer une date prévisionnelle de naturalisation, il est donc préférable de faire reconstituer précisément son historique administratif, notamment lorsque plusieurs années se sont écoulées entre la demande initiale et la délivrance du titre.

De nouvelles conditions au-delà de la durée de résidence

Le changement ne se limite pas au nombre d’années nécessaires.

La réforme renforce également les conditions imposées aux personnes demandant la naturalisation. Les candidats doivent notamment démontrer une connaissance suffisante de la langue portugaise, mais aussi de la culture, de l’histoire et des symboles nationaux.

S’y ajoutent des exigences relatives à la connaissance des droits et devoirs fondamentaux des citoyens, ainsi qu’au fonctionnement politique de l’État portugais.

Le texte prévoit également une déclaration solennelle d’adhésion aux principes fondamentaux de l’État de droit démocratique et une condition de capacité à assurer sa propre subsistance.

Les critères relatifs aux condamnations pénales, à la sécurité nationale et à certaines mesures restrictives internationales font également partie du dispositif.

Le niveau A2 de portugais, souvent cité dans les anciens guides consacrés à la naturalisation, ne résume donc plus à lui seul les connaissances exigées. Les modalités concrètes d’évaluation et les justificatifs doivent être examinés à la lumière de la réglementation applicable.

Le ministère portugais de la Justice détaille ces changements dans sa présentation officielle : Loi sur la nationalité : nouvelles règles entrées en vigueur le 19 mai.

Quelles conséquences pour les familles et les futurs investisseurs ?

Pour les familles, l’allongement du calendrier peut modifier des projets préparés plusieurs années à l’avance.

Un enfant mineur au moment de l’obtention du Golden Visa peut devenir majeur avant que ses parents remplissent les nouvelles conditions de naturalisation. Cette évolution mérite une attention particulière, car le maintien d’un statut de personne à charge et l’accès à la nationalité obéissent à des règles différentes.

Le passage à la majorité ne signifie pas automatiquement la perte du droit au séjour, mais il peut imposer de vérifier les conditions de renouvellement du titre et les justificatifs de dépendance familiale.

Pour les nouveaux investisseurs, la réforme change surtout l’horizon du projet. Le Golden Visa peut toujours répondre à un objectif de résidence au Portugal, mais il ne doit plus être présenté comme une voie permettant systématiquement de demander un passeport européen après cinq ans.

Il faut aussi rappeler que les investissements immobiliers directs ne constituent plus une voie d’accès au Golden Visa depuis les réformes précédentes. Les possibilités d’investissement encore ouvertes, notamment certains fonds éligibles, relèvent de règles distinctes de celles de la nationalité.

Les candidats doivent donc évaluer séparément trois éléments : l’investissement nécessaire pour obtenir le titre de séjour, les conditions permettant de le conserver et les exigences à remplir pour devenir portugais.

Cette distinction est désormais essentielle pour apprécier le coût, la durée et les risques d’un projet familial à long terme.

Une réforme à intégrer dans les projets de résidence au Portugal

Le principal enseignement de la réforme est clair : le Golden Visa reste un dispositif de résidence par investissement, mais son calendrier ne doit plus être confondu avec celui de l’accès à la nationalité.

Pour les détenteurs déjà engagés, la priorité consiste à déterminer si une demande de naturalisation était pendante au 19 mai 2026, puis à vérifier le calcul de leur résidence légale.

Pour les futurs candidats, le nouveau cadre impose une projection plus longue, particulièrement pour les ressortissants de pays soumis au seuil de dix ans.

Les conditions doivent être vérifiées auprès des autorités portugaises et, pour les situations complexes, d’un professionnel du droit compétent en matière de nationalité. Une décision d’investissement ne devrait pas reposer sur une estimation générale du délai d’obtention d’un passeport.

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