Au Portugal, 44 projets ou manifestations d’intérêt pour de nouveaux centres de données ont été recensés, dont 4 installations de grande dimension. Alors que le pays cherche à attirer les investissements liés à l’intelligence artificielle, leur développement suscite des inquiétudes environnementales. L’association portugaise Quercus rejoint désormais une mobilisation de plus de 100 organisations européennes réclamant un moratoire sur la construction de ces infrastructures.
Sous le slogan Stop Dirty Data Centres, des manifestations et rassemblements sont organisés les 6 et 7 novembre 2026 dans plusieurs pays européens. Les participants demandent une suspension temporaire des nouveaux grands projets, le temps d’évaluer leurs conséquences sur les ressources naturelles, les réseaux électriques et les populations locales.
Au Portugal, aucune manifestation n’est annoncée dans le cadre de cette mobilisation. Mais Quercus soutient l’initiative et appelle le gouvernement à renforcer les garanties environnementales avant d’autoriser de nouvelles installations.
Le Portugal pourrait accueillir 44 centres de données supplémentaires
Le développement de l’intelligence artificielle accroît la demande d’infrastructures capables de stocker et de traiter d’immenses quantités d’informations. Le Portugal souhaite profiter de cette expansion pour attirer des investissements technologiques et renforcer sa place dans l’économie numérique européenne.
Selon les chiffres communiqués par Quercus, 46 centres de données sont actuellement installés dans le pays, principalement dans les régions de Lisbonne et de Porto. À ces infrastructures pourraient s’ajouter 44 nouvelles installations, dont 4 de grande dimension.
Ces chiffres nécessitent toutefois une distinction importante : les 44 initiatives recensées correspondent à des projets ou à des manifestations d’intérêt, et non à des constructions déjà autorisées. Leur concrétisation dépend notamment des procédures administratives, des capacités de raccordement électrique et des autorisations nécessaires.
Le gouvernement portugais a adopté en avril 2026 un Plan national des centres de données visant à positionner le pays comme un pôle européen du secteur. Cette stratégie prévoit quinze initiatives pour 2026 et 2027, notamment pour faciliter les investissements, développer les infrastructures énergétiques et renforcer les garanties environnementales.
Eau, électricité et environnement : les inquiétudes de Quercus
Pour l’association environnementale portugaise, cette stratégie risque d’avancer plus rapidement que les mécanismes de protection des territoires.
Les centres de données hébergent des milliers de serveurs informatiques qui nécessitent une alimentation électrique continue. Certaines installations utilisent également d’importantes quantités d’eau pour leur refroidissement. La consommation énergétique, la disponibilité des ressources hydriques et les effets sur les écosystèmes figurent ainsi parmi les principales préoccupations des organisations mobilisées.
Quercus demande notamment que les exploitants financent les éventuels renforcements du réseau électrique, afin d’éviter que ces investissements ne se répercutent sur les factures des ménages. Elle souhaite également imposer des dispositifs économes en eau et des mécanismes de compensation pour les communautés locales.
Ces préoccupations ne signifient pas que tous les centres de données présentent les mêmes conséquences environnementales. Leur impact dépend notamment de leur taille, de leur localisation, de leurs besoins énergétiques et des technologies de refroidissement utilisées.
À Abrantes, deux grands projets cristallisent les tensions
La situation est particulièrement sensible à Abrantes, dans le centre du Portugal, où deux projets de grande dimension sont envisagés à proximité de l’ancienne centrale thermique du Pego.
L’un d’eux est porté par le groupe Hyperion, avec une puissance de raccordement annoncée de 200 MVA. Il s’ajouterait à un autre projet, EDC ONE, également prévu dans le secteur.
Dans un communiqué publié en août 2026, Quercus demande une évaluation environnementale intégrée des deux installations. Elle s’inquiète particulièrement des effets cumulés sur le réseau électrique, les sols et les ressources en eau du bassin du Tage.
L’association souligne également qu’un avis municipal favorable à une demande préalable ne constitue pas une autorisation définitive de construire.
Une mobilisation européenne contre l’expansion des infrastructures numériques
Le mouvement Stop Dirty Data Centres organise plus de 60 actions à travers l’Europe, notamment en Espagne, en France, en Irlande, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.
Les organisations participantes ne demandent pas nécessairement l’abandon définitif de tous les centres de données. Leur revendication centrale consiste à suspendre temporairement les nouveaux grands projets, afin d’organiser un débat public sur leurs besoins réels et leurs conditions d’implantation.
Au Portugal, cette mobilisation intervient alors que le gouvernement souhaite accélérer les investissements numériques. La question porte désormais sur les conditions dans lesquelles ces infrastructures pourront se développer, sans compromettre les ressources naturelles ni faire supporter aux populations locales les coûts de leur installation.







