Portugal : un musée sur la dictature ouvre dans le village natal de Salazar

musee salazar

Dans le village où est né António de Oliveira Salazar, une ancienne école portant son nom vient de rouvrir ses portes pour raconter l’histoire de la dictature portugaise. Inauguré le 23 octobre 2026, le Centre d’interprétation de l’Estado Novo est consacré au régime autoritaire et à ceux qui lui ont résisté. Un projet longtemps controversé, certains redoutant que le lieu ne devienne un espace de glorification de l’ancien dictateur.

À Vimieiro, dans la commune de Santa Comba Dão, moins de cent mètres séparent la maison natale de Salazar de l’ancienne Escola Cantina Salazar. C’est dans ce bâtiment scolaire construit sous la dictature qu’a ouvert le Centro Interpretativo do Estado Novo – Regime e Resistência, après environ vingt ans d’avancées et de reculs pour le projet actuel.

L’inauguration marque l’aboutissement d’un débat bien plus ancien sur la manière de préserver la mémoire de l’Estado Novo, le régime autoritaire qui a gouverné le Portugal jusqu’à la révolution des Œillets du 25 avril 1974. La maison natale de Salazar, elle, demeure fermée.

Une ancienne école de Salazar transformée en lieu de mémoire

Le choix du bâtiment est hautement symbolique. L’ancienne école avait été parrainée par Salazar, qui dirigea le gouvernement portugais de 1932 à 1968. Elle devient désormais un espace destiné à comprendre le fonctionnement du régime, mais aussi les formes de résistance qui se sont développées contre lui.

La première exposition, intitulée Só Existe o que se Sabe que Existe – A Censura no Estado Novo (« N’existe que ce dont on sait qu’il existe – La censure sous l’Estado Novo »), présente des documents issus des archives de l’association Ephemera. Livres, journaux et autres témoignages permettent de découvrir comment le pouvoir contrôlait l’information, la création artistique et la circulation des idées.

Le centre comprend également une salle de classe reconstituée, avec les portraits officiels de l’époque, ainsi qu’une bibliothèque documentaire destinée notamment aux chercheurs. Il doit accueillir régulièrement des expositions, des conférences et des débats autour de la dictature et de son histoire.

Pourquoi ce musée suscite-t-il autant de controverses ?

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Depuis des années, l’idée d’un équipement culturel consacré à l’Estado Novo dans le village natal de Salazar provoque des inquiétudes. D’anciens prisonniers politiques, des historiens et plusieurs organisations antifascistes craignent qu’un tel lieu puisse contribuer à réhabiliter l’image du dictateur.

Ces préoccupations ne sont pas seulement théoriques. Selon l’agence Lusa, 204 anciens prisonniers politiques ont écrit au Premier ministre portugais pour exprimer leur opposition au projet. Le Parti communiste portugais a également critiqué le risque d’accorder une place excessive à Salazar dans la présentation historique du régime.

Le choix de confier la coordination scientifique à l’association Ephemera, fondée par l’historien José Pacheco Pereira, a néanmoins contribué à préciser la vocation du centre. Spécialisée dans la conservation d’archives politiques et historiques, l’association entend présenter aussi bien les mécanismes de pouvoir que les réalités de la répression.

Interrogé par le média portugais Renascença 1, José Pacheco Pereira assure que le centre ne deviendra pas un musée à la gloire de Salazar. Il souligne notamment que l’exposition inaugurale porte sur la censure, l’un des instruments fondamentaux de la dictature.

Un devoir de mémoire revendiqué par les autorités portugaises

Présent lors de l’inauguration, le secrétaire d’État à la Culture, Alberto Santos, a défendu une approche historique exigeante. Selon lui, « étudier la dictature est une responsabilité de la démocratie », particulièrement dans un lieu aussi étroitement associé à Salazar.

Il a également reconnu la légitimité des inquiétudes exprimées par les anciens prisonniers politiques. La censure, les persécutions, la torture et les privations de liberté doivent, selon lui, rester au cœur de la transmission de cette histoire.

La municipalité de Santa Comba Dão partage cette volonté de faire du bâtiment un lieu d’apprentissage plutôt qu’un monument commémoratif. Sa présidente, Inês Matos, défend un espace ouvert à la recherche, aux échanges et à la connaissance d’une période qui continue de susciter de profondes divisions dans la société portugaise.

Un nouveau lieu à visiter dans le centre du Portugal

Au-delà de sa portée historique, la municipalité espère attirer des visiteurs, des groupes scolaires et des chercheurs dans cette commune du district de Viseu dans la région Centre du Portugal. Santa Comba Dão reçoit déjà des personnes curieuses de découvrir le village natal de Salazar, mais les autorités veulent désormais proposer un véritable parcours pédagogique.

Le Centro Interpretativo do Estado Novo – Regime e Resistência 2 est accessible gratuitement. Après les journées inaugurales des 23 au 25 octobre, son fonctionnement régulier débute le 28 octobre 2026, du mercredi au samedi, de 10 heures à 13 heures et de 14 heures à 17 heures. Il restera normalement fermé du dimanche au mardi.

L’ancienne école accueille ainsi une institution dont la vocation est à l’opposé du culte de la personnalité que certains redoutaient. Son ouverture ne met pas fin aux désaccords sur la mémoire de la dictature portugaise, mais donne désormais aux visiteurs la possibilité de confronter cette histoire à des documents, des témoignages et des travaux de recherche.

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