À l’heure où les grandes puissances se disputent le contrôle des technologies et des échanges, le Portugal entend tirer parti d’un atout ancien : sa position au bord de l’Atlantique. Grâce aux câbles sous-marins et aux investissements dans les centres de données, Lisbonne ambitionne de renforcer son rôle de connexion numérique entre l’Europe et les Amériques. Une perspective défendue par le président António José Seguro, qui voit dans les infrastructures technologiques un enjeu de souveraineté autant qu’une opportunité économique.
Lors du troisième Forum Euro-Amériques, organisé à la Nova SBE de Carcavelos, près de Lisbonne, le chef de l’État a plaidé pour une coopération transatlantique renforcée. Dans un monde marqué par le retour du protectionnisme, les tensions géopolitiques et la fragmentation des chaînes d’approvisionnement, le Portugal souhaite se présenter comme un trait d’union entre les deux continents. Il ne s’agit toutefois pas de l’annonce d’un nouveau programme d’investissement, mais d’une orientation stratégique défendue par le président.
Les câbles sous-marins, nouvel atout stratégique du Portugal
Le Portugal a longtemps occupé une place importante dans les échanges maritimes entre l’Europe et le reste du monde. Cette géographie pourrait désormais lui donner un rôle accru dans la circulation des données.
Dans son intervention, António José Seguro a mis en avant l’arrivée de câbles sous-marins transatlantiques de nouvelle génération et les investissements dans de grands centres de données durables. Ces infrastructures permettent d’acheminer, de traiter et de stocker les informations indispensables aux services numériques, aux entreprises et, de plus en plus, aux applications d’intelligence artificielle.
Le président estime que cette combinaison peut faire du Portugal un « centre névralgique de la connexion numérique » entre les deux rives de l’Atlantique (traduction de ses propos en portugais).
L’enjeu dépasse la seule capacité technique. Les câbles sous-marins sont devenus des infrastructures stratégiques, dont la sécurité et la résilience comptent pour les économies comme pour les États. Quant aux centres de données, leur développement soulève également des questions de consommation énergétique et d’accès aux ressources.
Face aux États-Unis et à la Chine, la question de la souveraineté
Cette ambition numérique s’inscrit dans une réflexion plus large sur la dépendance technologique de l’Europe.
António José Seguro a notamment alerté sur la concentration du développement et de l’utilisation des technologies avancées entre un nombre limité d’acteurs, principalement aux États-Unis et en Chine. À ses yeux, cette situation peut faire peser des risques sur la liberté, le pluralisme et la souveraineté des États.
Le président ne préconise pas pour autant un éloignement de Washington. Il considère les États-Unis comme un partenaire essentiel du Portugal, notamment dans le cadre de l’OTAN, tout en défendant une plus grande autonomie stratégique européenne.
Cette position résume une tension qui traverse désormais les relations transatlantiques : approfondir les coopérations sans accroître les dépendances. Pour le Portugal, les infrastructures numériques pourraient constituer un moyen de peser davantage dans cet équilibre.
Commerce et énergie : une ambition qui dépasse le numérique
Le discours présidentiel ne se limitait pas à la technologie. António José Seguro a également défendu le maintien de marchés ouverts et réaffirmé le soutien du Portugal à la consolidation de l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur, qui vise à renforcer les échanges avec plusieurs économies sud-américaines.
Sur le terrain énergétique, il a souligné les complémentarités entre les deux continents. Le Portugal pourrait notamment mettre en avant son expérience dans des technologies émergentes comme l’éolien flottant et l’énergie des vagues, tandis que les pays américains disposent de compétences importantes dans les biocarburants.
Cette coopération devrait, selon lui, s’étendre au-delà des relations traditionnelles avec les États-Unis, vers le Canada, les Caraïbes et l’Amérique latine, avec une place particulière accordée au Brésil.
Pour António José Seguro, le monde traverse des « eaux troubles d’incertitude », marquées par les divisions et l’instabilité. Sa réponse consiste à multiplier les partenariats plutôt qu’à dresser de nouvelles barrières.
Reste une distinction essentielle : si le Portugal dispose d’une position géographique favorable et d’infrastructures numériques en développement, son ambition de devenir un carrefour transatlantique dépendra des investissements effectivement réalisés, de leur sécurité et de leur capacité à attirer des activités économiques durables.







