Au Portugal, la mobilisation contre la hausse du coût de la vie et les difficultés d’accès au logement prend une dimension politique nationale. Après une nouvelle intervention de la police dans les campements de protestation de Lisbonne et Porto, dans la nuit du samedi 31 octobre au dimanche 1er novembre 2026, le président António José Seguro a multiplié les contacts avec les autorités. Ce lundi 2 novembre, il réunit un Conseil d’État initialement consacré à la cohésion sociale, dans un climat marqué par les controverses sur l’action des forces de l’ordre.
La réunion était prévue depuis plus d’une semaine. Mais les événements du week-end pourraient en modifier profondément les discussions. Alors que les manifestants dénoncent les conditions de vie et les difficultés à se loger, c’est désormais la manière dont les autorités répondent à leur mobilisation qui divise la classe politique.
Après trois interventions policières, le président change de ton
António José Seguro avait jusqu’ici adopté une position prudente. Après de précédentes interventions de la police au Rossio, dans le centre de Lisbonne, il avait déclaré ne pas avoir apprécié les images de violence, tout en évitant de condamner directement le gouvernement ou la Polícia de Segurança Pública (PSP), la police chargée notamment de la sécurité dans les villes portugaises.
Le président avait alors rappelé que la loi et la liberté ne devaient pas être incompatibles. Cette formulation avait suscité des critiques opposées : à gauche, certains lui reprochaient de ne pas dénoncer assez fermement les interventions policières ; à droite, d’autres regrettaient l’absence d’un soutien explicite aux forces de l’ordre.
La nouvelle opération menée dans la nuit de samedi à dimanche semble avoir accéléré sa réaction. Selon les informations rapportées par Expresso, António José Seguro s’est entretenu avec le Premier ministre et la Provedora de Justiça, l’équivalent portugais du Défenseur des droits, afin d’obtenir des éclaircissements sur les personnes interpellées et blessées.
Il a également pris contact avec Carlos Moedas, maire de Lisbonne, et Pedro Duarte, maire de Porto. La présidence a par ailleurs chargé ses services de joindre les organisateurs des deux campements, auxquels le chef de l’État souhaite proposer une rencontre.
Une contestation sociale devenue un affrontement politique

Les campements, désignés au Portugal sous le nom d’Acampadas, s’inscrivent dans une mobilisation plus large contre le coût de la vie et pour le droit au logement. Les interventions successives de la PSP ont progressivement déplacé une partie du débat vers les conditions dans lesquelles ces rassemblements peuvent être maintenus dans l’espace public.
Les opérations ont donné lieu à des interpellations et à des blessés. Des témoignages évoquent également la présence de policiers en civil armés, un point qui appelle des vérifications spécifiques. Les circonstances des affrontements et la proportionnalité de la réponse policière font l’objet de lectures contradictoires.
La Provedora de Justiça, Luísa Neto, avait déjà demandé des explications à la PSP après les premières interventions. Elle a également envoyé des représentants du Mécanisme national de prévention au Rossio pour observer la manifestation et l’action des forces de l’ordre.
Pour António José Seguro, la difficulté consiste à préserver deux exigences : le respect du cadre légal et la possibilité d’exprimer une contestation sociale. Le président a aussi dénoncé ces derniers jours les querelles partisanes qui, selon lui, empêchent de répondre aux problèmes concrets de la population.
Un Conseil d’État potentiellement divisé
C’est dans ce contexte que se tient la deuxième réunion du Conseil d’État convoquée par António José Seguro depuis son entrée en fonction. Cet organe conseille le président de la République sur les grandes questions institutionnelles et politiques. Il ne dirige ni le gouvernement ni les opérations policières.
La réunion du 2 novembre à 15h devait porter sur la cohésion sociale., nous attendons les retours Toutefois, la présence de responsables directement concernés par la gestion des manifestations, notamment le Premier ministre et les maires de Lisbonne et Porto, rend difficile d’écarter la controverse sur les interventions de la PSP.
D’après l’analyse publiée par Expresso, certains conseillers pourraient défendre la réponse policière au nom du maintien de l’ordre, tandis que d’autres devraient se montrer plus critiques face à l’escalade des tensions. Il s’agit à ce stade de positions anticipées, et non d’un vote ou d’une division officiellement constatée.
L’ancien président Marcelo Rebelo de Sousa a, de son côté, évoqué les difficultés des institutions traditionnelles à s’adapter aux nouvelles formes de protestation. Sans commenter directement la gestion des événements, il a estimé que les structures politiques et policières n’étaient pas toujours préparées aux changements de la société.
Le Conseil d’État ne devrait pas trancher publiquement le débat sur la légalité des campements ou sur les interventions policières. Un communiqué est attendu à l’issue de la réunion, mais le détail des échanges n’a pas à être rendu public. Sa teneur permettra néanmoins de mesurer la place prise par la crise sociale dans les préoccupations de la présidence portugaise.







