La base aérienne des Lajes, située sur l’île de Terceira, aux Açores, se retrouve au centre d’une controverse qui dépasse désormais le seul débat politique. Le ministère public portugais a ouvert une enquête sur la légalité de son utilisation par les forces américaines, dans le contexte des opérations militaires menées contre l’Iran.
Confirmée le 2 octobre par la Procuradoria-Geral da República, cette procédure fait suite à une plainte déposée en avril par le Bloco de Esquerda. Elle intervient alors que le gouvernement portugais et les États-Unis défendent la conformité des opérations avec les accords bilatéraux en vigueur.
La question a également marqué la visite à Lisbonne du secrétaire d’État américain Marco Rubio, le 8 octobre, avant d’être soulevée au Parlement portugais le lendemain. Au-delà de la légalité des opérations, c’est le rôle du Portugal dans la stratégie militaire américaine qui se retrouve interrogé.
Une enquête ouverte après une plainte du Bloco de Esquerda
Le ministère public a confirmé l’ouverture d’une procédure destinée à examiner les conditions dans lesquelles les États-Unis ont utilisé la base aérienne des Lajes. L’enquête trouve son origine dans une plainte déposée en avril par des représentants du Bloco de Esquerda, formation de la gauche portugaise.
Le parti estime que certaines opérations américaines pourraient constituer une violation du droit international et demande que soit vérifiée leur conformité avec les obligations juridiques du Portugal.
Son coordinateur, José Manuel Pureza, considère que l’ouverture de l’enquête remet en question les assurances données par le gouvernement. Il accuse notamment l’exécutif d’avoir présenté comme une simple application des accords bilatéraux ce qui relèverait, selon lui, d’un choix politique.
L’ouverture d’une enquête ne signifie toutefois pas qu’une infraction a été établie. Il appartient désormais aux autorités judiciaires de déterminer si les éléments recueillis justifient d’éventuelles suites pénales.
Pourquoi la base des Lajes est-elle au cœur de la controverse ?

Installée sur l’île de Terceira, au milieu de l’Atlantique dans l’Archipel des Açores, la base des Lajes occupe depuis plusieurs décennies une place stratégique dans les relations militaires entre Lisbonne et Washington. Sa position géographique en fait un point d’appui important pour les liaisons aériennes entre l’Amérique du Nord, l’Europe et d’autres régions du monde.
Les États-Unis y disposent d’une présence militaire encadrée par des accords conclus avec le Portugal. Mais cette coopération soulève une question particulière lorsque les installations sont utilisées dans le contexte d’un conflit armé.
La controverse actuelle concerne notamment les opérations américaines liées à la guerre contre l’Iran, déclenchée par les frappes conjointes des États-Unis et d’Israël le 28 février 2026.
Pour les opposants à l’utilisation de la base dans ce contexte, le Portugal doit pouvoir garantir que les installations présentes sur son territoire ne contribuent pas à des opérations contraires au droit international. Le gouvernement soutient, de son côté, que les règles applicables ont été respectées.
Marco Rubio assure que les États-Unis respectent les accords
En visite officielle à Lisbonne le 8 octobre, Marco Rubio a défendu la conduite des forces américaines. Interrogé sur l’utilisation des Lajes, le secrétaire d’État a affirmé que Washington respectait les protocoles définissant sa présence militaire au Portugal.
Le responsable américain a également assuré que les États-Unis ne porteraient pas atteinte à la souveraineté d’un pays allié. Il a présenté le Portugal comme un partenaire important de Washington, tout en refusant de commenter directement la procédure judiciaire engagée par le ministère public.
À ses côtés, le ministre portugais des Affaires étrangères, Paulo Rangel, a indiqué que l’avenir de la base n’avait pas été discuté pendant leur rencontre. Selon lui, les questions relatives à cette coopération militaire relèvent notamment de la commission bilatérale permanente entre les deux pays.
Ces déclarations interviennent dans un contexte diplomatique particulier : les relations économiques et technologiques entre les États-Unis et le Portugal occupaient également une place importante dans la visite américaine.
Luís Montenegro affirme être serein sur la légalité des opérations
Le lendemain, le 9 octobre, le Premier ministre portugais Luís Montenegro a été interrogé à son tour devant l’Assemblée de la République.
La députée communiste Paula Santos l’a notamment accusé d’avoir permis au Portugal de contribuer aux opérations américaines et israéliennes contre l’Iran en autorisant l’utilisation de la base des Lajes.
Le chef du gouvernement a rejeté cette interprétation. Il a affirmé être pleinement convaincu que toutes les règles juridiques applicables avaient été respectées, ajoutant que son exécutif avait suivi avec attention les conditions d’utilisation des installations militaires.
Luís Montenegro a également distingué les appréciations politiques, que chacun peut formuler, de l’examen juridique relevant des autorités judiciaires. Il a assuré respecter les procédures en cours tout en exprimant sa confiance dans la légalité des décisions prises par son gouvernement.
Amnesty International demande des garanties au Portugal
La controverse dépasse les partis politiques. Avant la visite de Marco Rubio, Amnesty International avait appelé les autorités portugaises à clarifier leur position concernant l’utilisation de la base.
L’organisation de défense des droits humains estime que Lisbonne doit veiller à ce que les installations militaires situées sur son territoire ne soient pas utilisées pour faciliter d’éventuels crimes de guerre.
Cette demande ne constitue pas une conclusion judiciaire sur les opérations concernées. Elle souligne néanmoins la question de la responsabilité des États qui mettent des infrastructures militaires à la disposition de leurs alliés.
Une question de souveraineté qui reste ouverte
L’enquête du ministère public intervient dans une relation bilatérale ancienne, où les enjeux de défense se mêlent aux intérêts diplomatiques et stratégiques.
Pour les États-Unis, les Lajes constituent un point d’appui dans l’Atlantique. Pour le Portugal, cette présence américaine s’inscrit dans une coopération historique, mais implique également des responsabilités quant à l’utilisation de son territoire.
Deux questions doivent donc être distinguées : la conformité juridique des opérations et le choix politique d’autoriser leur déroulement. La première relève de l’enquête judiciaire ; la seconde demeure au cœur du débat démocratique portugais.
À ce stade, aucune conclusion judiciaire n’a établi d’illégalité. Mais l’ouverture de la procédure montre que les conditions d’utilisation de la base des Lajes font désormais l’objet d’un examen qui dépasse les assurances diplomatiques échangées entre Lisbonne et Washington.







