Les relations entre le Portugal et les États-Unis « n’ont jamais été aussi fortes ». La formule est de Devin Nunes, président du Conseil consultatif du renseignement du président américain Donald Trump. En déplacement aux Açores, l’ancien élu républicain a surtout insisté sur la place stratégique que pourrait occuper le Portugal dans les nouvelles relations transatlantiques, bien au-delà de son rôle historique autour de la base militaire de Lajes.
Câbles sous-marins, industrie navale, drones, nouvelles liaisons aériennes : plusieurs évolutions renforcent selon lui l’intérêt américain pour le Portugal et particulièrement pour l’archipel des Açores. À l’heure où les Européens cherchent à renforcer leurs capacités de défense, les déclarations du conseiller américain dessinent aussi un rôle possible pour le Portugal dans les technologies militaires et la surveillance de l’Atlantique.
Pour Washington, les Açores restent un territoire stratégique
Devin Nunes s’exprimait à Angra do Heroísmo, sur l’île de Terceira, lors d’une conférence organisée par l’eurodéputé açorien Paulo Nascimento Cabral autour du rôle de l’archipel dans les relations transatlantiques.
L’emplacement des Açores explique en grande partie cet intérêt. Situé au milieu de l’Atlantique, l’archipel constitue depuis longtemps un point stratégique entre l’Amérique du Nord et l’Europe. La base aérienne de Lajes, sur l’île de Terceira, symbolise cette relation militaire ancienne entre Lisbonne et Washington.
Cette implantation a notamment joué un rôle dans différentes opérations américaines et dans la circulation des forces entre les deux rives de l’Atlantique. Mais pour Devin Nunes, l’importance actuelle des Açores ne se résume plus à cette infrastructure militaire.
Le responsable américain cite notamment l’augmentation des liaisons aériennes avec les États-Unis ainsi que le développement des câbles sous-marins reliant le Portugal au continent américain. Ces infrastructures numériques donnent aujourd’hui une nouvelle dimension à une situation géographique qui était historiquement valorisée pour des raisons essentiellement militaires et logistiques.
Les câbles sous-marins changent aussi la valeur stratégique du Portugal
Cette référence aux câbles n’est pas anodine. Le Portugal est en train de renforcer rapidement sa position dans les infrastructures numériques internationales grâce aux nombreux systèmes sous-marins qui arrivent sur son territoire ou passent par les Açores.
Pour Devin Nunes, certaines décisions prises il y a plus d’une décennie commencent désormais à produire leurs effets. Les nouvelles connexions placent les Açores et le Portugal sur des routes essentielles entre l’Amérique du Nord, l’Europe et d’autres parties du monde.
La question dépasse donc celle des télécommunications. Les câbles sous-marins sont devenus des infrastructures stratégiques pour les États, aussi importantes pour l’économie numérique que pour la sécurité et la souveraineté des communications.
Dans ce contexte, la géographie portugaise retrouve une valeur particulière. Le territoire continental regarde vers l’Atlantique tandis que les Açores constituent un relais avancé au milieu de l’océan. Cette configuration intéresse directement les États-Unis, dont les relations avec l’Europe dépendent largement des routes transatlantiques.
Un conseiller de Trump encourage le Portugal à miser sur l’industrie navale
Le responsable américain est allé plus loin en évoquant les choix que pourrait faire le Portugal en matière de défense. Selon lui, la taille du pays rend difficile le développement simultané de capacités importantes dans toutes les branches militaires.
Il estime en revanche que le Portugal pourrait davantage s’appuyer sur ses entrepreneurs et ses entreprises technologiques pour développer des capacités navales et des technologies de pointe, susceptibles à la fois de créer des emplois et de renforcer la protection de ses ressources.
Devin Nunes a notamment cité l’entreprise portugaise Tekever, spécialisée dans les drones, ainsi que le groupe dirigé par l’entrepreneur Mário Ferreira, connu notamment pour ses activités dans le secteur maritime. Pour le conseiller de Donald Trump, la combinaison entre capacités navales, drones et position stratégique pourrait faciliter de nouveaux partenariats avec les États-Unis.
Il ne s’agit toutefois pas d’une annonce de Washington ni d’une demande formelle adressée au gouvernement portugais. Devin Nunes a lui-même pris soin de préciser qu’il ne décidait pas des orientations du Portugal et qu’il formulait seulement des recommandations.
La base de Lajes revient au centre des discussions
Les déclarations du responsable américain prennent également une dimension particulière lorsqu’il évoque la base de Lajes. En 2015, les États-Unis avaient fortement réduit leur présence militaire sur le site, une décision qui avait eu des conséquences importantes sur l’économie de l’île de Terceira.
Devin Nunes, qui siégeait alors au Congrès américain, rappelle s’être opposé à cette réduction décidée sous l’administration de Barack Obama. Plus de dix ans après, il estime que l’évolution de la situation internationale confirme selon lui l’importance stratégique de Lajes et des Açores.
Interrogé sur une éventuelle révision de l’accord de coopération et de défense entre les deux pays, il n’a cependant annoncé aucune évolution concrète. Il a indiqué ne pas connaître les changements actuellement envisagés, préférant insister sur les progrès réalisés dans les transports aériens et les infrastructures numériques.
L’ancien membre du Congrès a également souligné le poids que conservent les élus américains d’origine portugaise à Washington. La communauté luso-américaine constitue depuis longtemps l’un des relais de la relation entre les deux pays, particulièrement dans les États où l’immigration açorienne a été importante.
Une relation transatlantique qui dépasse désormais la coopération militaire
Les propos de Devin Nunes ne signifient pas que Washington prépare un changement immédiat de sa politique au Portugal. Ils montrent en revanche comment certains responsables américains perçoivent désormais le pays : non seulement comme un allié historique de l’OTAN disposant d’une base stratégique aux Açores, mais aussi comme un territoire susceptible de jouer un rôle croissant dans les infrastructures numériques, les drones et les technologies navales.
Cette évolution explique la formule très positive employée par le conseiller de Donald Trump sur l’état des relations bilatérales. Derrière la proximité diplomatique revendiquée se trouvent surtout des intérêts beaucoup plus concrets : sécuriser l’Atlantique, disposer d’infrastructures entre l’Europe et l’Amérique du Nord et développer des partenariats avec des entreprises capables de fournir de nouvelles technologies.
Pour le Portugal, cette position représente une opportunité économique et stratégique, mais elle pose également la question de la place que le pays souhaite occuper dans la recomposition actuelle de la défense européenne et des relations avec les États-Unis. Plus de dix ans après la réduction de la présence américaine à Lajes, les Açores semblent en tout cas retrouver une place centrale dans le regard porté par Washington sur l’Atlantique.







