Le Portugal compte près de 4000 centenaires : le pays est-il prêt à vivre plus longtemps ?

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Au Portugal, le nombre de personnes âgées de 100 ans ou plus a presque doublé en dix ans. Le pays comptait 2027 centenaires en 2015, contre 3993 en 2025, selon les estimations de l’Institut national de la statistique (INE). Une progression spectaculaire qui témoigne de l’allongement de la vie, mais soulève une question essentielle : la société portugaise est-elle réellement préparée à une population qui vit toujours plus longtemps ?

Les progrès médicaux permettent désormais de mieux prévenir et contrôler de nombreuses maladies autrefois mortelles. Pourtant, gagner des années de vie ne signifie pas nécessairement les vivre en bonne santé ou en autonomie. Au Portugal, cette distinction devient particulièrement importante alors que le vieillissement démographique transforme les besoins des familles, des services de santé et du système de retraite.

Le Portugal compte désormais près de 4000 centenaires

Les chiffres publiés par Pordata 1, à partir des données de l’INE, confirment l’ampleur du phénomène. Entre 2015 et 2025, le nombre de centenaires est passé de 2027 à 3993, soit une augmentation d’environ 97%.

Cette évolution accompagne une hausse générale de l’espérance de vie. Selon le profil de santé 2025 du Portugal 2, élaboré avec la Commission européenne et l’OCDE, l’espérance de vie à la naissance atteignait 82,7 ans en 2024, soit une année de plus que la moyenne de l’Union européenne.

Mais derrière ces progrès se cache une réalité moins favorable. L’espérance de vie en bonne santé après 65 ans demeure inférieure à la moyenne européenne. Autrement dit, les Portugais vivent plus longtemps, mais une partie de ces années supplémentaires peut être marquée par des limitations physiques ou des maladies chroniques.

À 100 ans, l’autonomie reste un défi majeur

Les travaux du programme PT100, consacré à l’étude des centenaires portugais, apportent un éclairage particulièrement révélateur.

Selon Óscar Ribeiro, professeur à l’Université d’Aveiro et chercheur associé à cette étude, 76,3% des centenaires interrogés déclaraient une incapacité ou de grandes difficultés pour marcher ou monter des escaliers. Par ailleurs, 72,8% rencontraient des difficultés importantes pour se laver ou s’habiller sans assistance.

Ces résultats montrent que l’allongement de la vie s’accompagne de besoins croissants en matière d’aide quotidienne. Ils soulignent aussi l’importance de logements adaptés, de services à domicile et d’un accompagnement médical qui privilégie le maintien des capacités fonctionnelles.

Pour autant, le vieillissement ne se résume pas à une accumulation de difficultés. Les recherches présentées par Óscar Ribeiro révèlent que de nombreux centenaires conservent une appréciation positive de leur existence, même lorsqu’ils vivent avec des limitations physiques. Un phénomène parfois appelé « paradoxe du bien-être », dans lequel la satisfaction personnelle ne dépend pas uniquement de l’état de santé.

Préparer une vie plus longue dès 40 ou 50 ans

Pour Sofia Duque, médecin spécialiste en médecine interne et en gériatrie à l’hôpital CUF Descobertas, la préparation au vieillissement devrait commencer bien avant la retraite.

L’activité physique, notamment le renforcement musculaire, joue un rôle important dans la préservation de l’autonomie. Une alimentation équilibrée, un sommeil suffisant, le suivi des maladies chroniques et le maintien des relations sociales contribuent également à préserver la qualité de vie.

La spécialiste insiste sur un point encourageant : il n’est jamais trop tard pour adopter des habitudes favorables à la santé. Même après 90 ans, certaines interventions adaptées peuvent apporter des bénéfices sur les capacités physiques et le bien-être.

Mais ces choix ne dépendent pas uniquement de la volonté individuelle. Les revenus, les horaires de travail, l’environnement résidentiel ou l’accès aux soins influencent directement la possibilité de vieillir dans de bonnes conditions.

Travail, retraite et familles : un modèle à repenser

L’allongement de la vie remet également en question l’organisation traditionnelle des parcours individuels. Pendant des décennies, la société s’est structurée autour de trois grandes étapes : étudier, travailler, puis prendre sa retraite.

Pour Andrew J. Scott, professeur d’économie à l’Université d’Oxford et spécialiste de la longévité, ce modèle devient progressivement insuffisant. Il estime nécessaire de développer la formation tout au long de la vie et de permettre aux salariés de poursuivre une activité professionnelle adaptée à leur âge et à leur état de santé.

Le défi concerne aussi les familles. Avec l’augmentation du nombre de personnes très âgées, les aidants sont parfois eux-mêmes des retraités de 65 ou 70 ans, confrontés à leurs propres problèmes de santé.

L’étude PT100 souligne ainsi la nécessité de renforcer les services d’aide à domicile et le soutien aux proches aidants. Ces dispositifs peuvent permettre aux personnes âgées de conserver leur autonomie et de rester chez elles lorsqu’elles le souhaitent.

La dimension financière est tout aussi déterminante. Les dépenses de santé, l’aménagement du logement ou les soins de longue durée peuvent peser lourdement sur les budgets, particulièrement lorsque les revenus reposent essentiellement sur une pension.

Le Portugal fait donc face à une transformation qui dépasse largement la médecine. La véritable question n’est plus seulement de savoir combien d’années nous pouvons gagner, mais dans quelles conditions nous pourrons les vivre. À mesure que le nombre de centenaires augmente, l’accès aux soins, l’autonomie et l’accompagnement des personnes âgées deviennent des enjeux centraux pour les prochaines décennies.

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