La France peut-elle vraiment s’inspirer du Portugal pour réduire sa dette ?

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D’un côté des comptes publics presque à l’équilibre et une dette qui recule rapidement. De l’autre, un endettement qui continue de progresser. En 2026, les trajectoires budgétaires du Portugal et de la France semblent s’éloigner, au point que l’exemple portugais est régulièrement présenté comme une voie dont Paris pourrait s’inspirer.

Le contraste est effectivement spectaculaire. La dette publique portugaise, encore supérieure à 130% du PIB au sortir de la pandémie, est passée sous les 90% en 2025. Le gouvernement de Luís Montenegro prévoit désormais de la ramener à 87,5% en 2026 puis 84,5% en 2027, tout en conservant des comptes publics proches de l’équilibre.

En France, la dette atteignait au contraire 119% du PIB à la fin du deuxième trimestre 2026, selon l’Insee. Mais derrière ces deux chiffres se cachent des histoires économiques et des situations suffisamment différentes pour rendre toute comparaison directe plus délicate qu’il n’y paraît.

Le Portugal revient de beaucoup plus loin

Pour comprendre la trajectoire portugaise, il faut remonter à 2011. Incapable de se financer normalement sur les marchés, le pays demande alors l’aide de l’Union européenne et du Fonds monétaire international. Un programme d’assistance de 78 milliards d’euros est mis en place avec la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI.

En contrepartie, le Portugal engage une consolidation budgétaire particulièrement sévère. Sous le gouvernement de Pedro Passos Coelho, les salaires et certaines rémunérations de la fonction publique sont réduits ou gelés, le salaire minimum reste bloqué plusieurs années, la fiscalité augmente et l’âge de départ à la retraite est relevé. Des réformes structurelles accompagnent ces mesures.

Le coût économique et social est important. Mais lorsque le Portugal sort du programme d’assistance en 2014, il a retrouvé l’accès aux marchés et ses finances publiques sont engagées sur une trajectoire différente.

L’histoire ne s’arrête toutefois pas à cette période d’austérité. La baisse de l’endettement s’est poursuivie sous des gouvernements de sensibilités politiques différentes, notamment durant les années d’António Costa, puis avec Luís Montenegro. Les politiques ont changé, mais la maîtrise des comptes publics est progressivement devenue une constante de la politique budgétaire portugaise.

Lire aussi : La face cachée des excédents budgétaires du Portugal

La baisse de la dette ne vient pas seulement des économies

Présenter le redressement portugais comme le simple résultat de coupes dans les dépenses serait pourtant trompeur.

Un ratio de dette publique compare un stock de dette à la taille de l’économie. Pour le faire diminuer, un État peut réduire ses déficits et dégager des excédents, mais la croissance du PIB joue également un rôle déterminant.

C’est précisément ce qui s’est produit ces dernières années. Selon le FMI, la dette portugaise a diminué de 3,8 points de PIB pour atteindre 89,7% en 2025, notamment grâce à la croissance du PIB nominal et à un excédent primaire, c’est-à-dire un solde positif avant paiement des intérêts de la dette.

L’économie portugaise a également bénéficié d’une forte reprise après la pandémie, d’un marché du travail dynamique et de recettes liées au tourisme. Le pays a enregistré en 2025 sa troisième année consécutive d’excédent budgétaire, tandis que sa croissance restait supérieure à celle de la zone euro.

Cette combinaison explique pourquoi la dette peut diminuer rapidement en proportion du PIB sans que l’État portugais cesse pour autant de dépenser ou d’investir.

Un budget 2027 qui illustre le changement de situation

C’est probablement là que le contraste avec la crise de 2011 apparaît le mieux. Le projet de budget portugais pour 2027 prévoit simultanément une croissance de 2,1%, un léger excédent budgétaire de 0,1% du PIB et une dette ramenée à 84,5%.

Cette marge permet au gouvernement d’annoncer parallèlement de nouvelles baisses d’impôt sur le revenu, une augmentation du salaire minimum et plusieurs mesures destinées à soutenir le pouvoir d’achat.

La situation reste néanmoins loin d’être parfaite. Le FMI souligne que le Portugal conserve une dette élevée, un niveau de vie inférieur à la moyenne européenne et des difficultés structurelles liées notamment à la productivité, au vieillissement de la population et au logement.

Le désendettement n’a donc pas fait disparaître les fragilités économiques portugaises. Il a surtout réduit une contrainte qui pesait lourdement sur les choix budgétaires du pays.

Pourquoi la France ne peut pas simplement copier le Portugal

La comparaison trouve ici ses limites. La France et le Portugal appartiennent tous deux à la zone euro, mais leurs économies n’ont ni la même taille, ni exactement la même structure productive, démographique, fiscale ou sociale.

Surtout, le Portugal de 2011 ne constitue guère un modèle que l’on souhaiterait reproduire : l’assainissement initial est intervenu sous la contrainte d’une crise de financement et d’un programme international d’assistance. La question intéressante est plutôt de savoir ce qui, dans les quinze années qui ont suivi, peut être retenu.

L’un des enseignements tient à la durée. Le passage d’une dette extrêmement élevée à la situation actuelle ne s’est pas produit en deux ou trois budgets. Il traverse plusieurs gouvernements, une pandémie et des contextes économiques très différents.

Un deuxième enseignement concerne la combinaison entre discipline budgétaire et croissance. Réduire durablement le poids de la dette devient beaucoup plus difficile lorsque l’économie progresse peu ; inversement, la croissance ne suffit pas lorsque de nouveaux déficits viennent continuellement alimenter l’endettement.

Enfin, l’expérience portugaise montre qu’une amélioration des finances publiques peut progressivement redonner des marges de manœuvre. Mais celles-ci apparaissent après plusieurs années de consolidation, et non avant.

S’inspirer du Portugal sans chercher à le reproduire

La France peut donc difficilement appliquer une hypothétique « recette portugaise ». Il n’en existe d’ailleurs pas vraiment une : le redressement actuel résulte d’une succession de décisions prises depuis la crise de 2011, auxquelles se sont ajoutées la croissance économique, l’évolution des prix et une conjoncture parfois favorable.

Le Portugal lui-même n’est pas arrivé au bout du chemin. Le FMI estime que le vieillissement de la population et la faiblesse persistante de la productivité pourraient maintenir sa croissance sous les 2% à moyen terme.

C’est peut-être là que la comparaison avec la France devient finalement la plus instructive. Le Portugal montre moins comment réduire rapidement une dette que ce que peut produire une trajectoire budgétaire maintenue pendant de nombreuses années. Reste à savoir si cet enseignement est transposable à une économie française confrontée à des contraintes et à des choix collectifs sensiblement différents.

Lire aussi : La dette publique du Portugal reste l’une des plus élevées de l’UE

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