Le littoral sud du Portugal est célèbre pour ses falaises dorées, ses villages de pêcheurs et ses plages bordées d’eaux limpides. Mais au-delà de ces paysages de carte postale, une autre Algarve s’offre à ceux qui osent traverser les canaux de la Ria Formosa. Ce sont les îles, longues, sablonneuses, sauvages ou habitées, qui forment une barrière naturelle entre l’océan Atlantique et les terres. Moins fréquentées que les stations balnéaires, elles constituent des sanctuaires pour la biodiversité et des havres de paix pour les voyageurs en quête d’authenticité.
Un chapelet d’îles préservées entre Faro, Olhão et Tavira
Au cœur du Parc naturel de la Ria Formosa, 6 grandes îles de sable fin s’étendent sur plus de 60 km. Accessibles uniquement par bateau depuis les ports de Faro, Olhão ou Tavira, elles abritent tantôt des communautés de pêcheurs colorées, tantôt de vastes étendues désertes propices à la contemplation. Chaque île possède sa propre identité, modelée par les marées, le vent et l’histoire locale. Leur accès restreint a permis de préserver leur intégrité écologique et de maintenir des plages quasi intactes, certaines dédiées au naturisme ou à l’observation des oiseaux.
Ilha da Armona et Ilha da Fuseta : villages de charme et dunes sauvages

Au large d’Olhão, l’île d’Armona est une des plus accessibles et populaires. Son petit village de maisons colorées, ses ruelles sablonneuses et ses restaurants en font une escale idéale pour un week-end paisible. Les amateurs de nature y trouveront aussi un terrain d’exploration infini, entre dunes et zones humides propices à l’observation ornithologique.

Plus à l’est, l’île de la Fuseta, bien que rattachée géographiquement à Armona, reste inhabitée. Accessible depuis le village du même nom, elle offre des plages calmes aux eaux peu profondes, idéales pour les familles. Les promeneurs les plus curieux pourront parcourir les 9 km de l’île à pied, jusqu’aux zones les plus sauvages et désertes.
Ilha Deserta : solitude absolue au bout de la lagune

Également appelée Ilha da Barreta, cette île porte bien son nom. Aucune habitation permanente, un seul restaurant alimenté à l’énergie solaire, un petit phare, et une passerelle en bois de deux kilomètres traversant les dunes : Ilha Deserta est un monde à part. Protégée dans son intégralité, elle constitue un refuge pour les oiseaux migrateurs et un lieu privilégié pour les amoureux de nature. Un ferry au départ de Faro permet d’y accéder en 30 minutes toute l’année.
Farol et Culatra : lumière et vie insulaire

Autrefois séparées, les îles de Farol et Culatra ne forment aujourd’hui qu’un seul ruban de sable long de six kilomètres. À l’ouest, Farol est dominée par un phare du XIXe siècle et attire les visiteurs avec ses maisons de vacances, ses bars de plage et sa vie estivale animée. À l’est, Culatra est un authentique village de pêcheurs encore habité toute l’année, où les traditions maritimes sont bien vivantes.
La plage de Culatra, moins fréquentée, séduit par son calme. Un long passadiço permet de rejoindre la mer à travers les dunes. Là, le sable devient plus fin, les eaux plus claires, et le temps semble suspendu. On y accède facilement depuis Olhão ou Faro par des ferries réguliers.
Ilha de Tavira : dunes, ancres et tentes sous les pins

Avec ses 11 km de long, l’île de Tavira est l’une des plus vastes et fréquentées de la Ria Formosa. On y trouve plusieurs plages : la populaire Praia da Ilha de Tavira avec ses restaurants et son camping ombragé ; la Praia do Barril, reconnaissable à son cimetière d’ancres, vestige de la pêche au thon ; la Praia da Terra Estreita, plus discrète ; et enfin la Praia do Homem Nu, officiellement naturiste.
À Tavira, les ferries partent à intervalles réguliers depuis le port ou les quais du centre-ville. Certaines plages sont équipées, d’autres sont sauvages. L’eau y est plus chaude qu’ailleurs dans l’Algarve, ce qui attire de nombreuses familles, mais aussi les amateurs de tranquillité en quête de plages dépeuplées.
Cabanas de Tavira et Cacela Velha : les dernières frontières

À l’est de Tavira, l’île de Cabanas est une bande de sable étroite et sans constructions, à l’exception d’un restaurant au bout du passadiço. Accessible par petit bateau depuis le village de Cabanas, elle propose une plage jamais bondée, même en haute saison, idéale pour qui souhaite s’échapper.

Enfin, l’île de Cacela Velha offre un paysage saisissant entre mer et lagune. Ancienne péninsule séparée du continent par une nouvelle embouchure en 2010, elle est accessible à pied à marée basse ou en barque depuis Sítio da Fábrica. Classée parmi les plus belles plages du monde par Condé Nast Traveler, elle incarne le charme d’un Algarve encore intact, entre dunes, silence et horizon immobile.
Préserver ces joyaux pour les générations futures
Les îles de l’Algarve ne sont pas seulement des plages ; elles sont le cœur vivant d’un écosystème fragile, le refuge de nombreuses espèces d’oiseaux, de plantes et d’animaux marins. Pour continuer à en profiter, les visiteurs sont invités à respecter la faune, la flore et les habitants : ramasser ses déchets, emprunter les passerelles en bois, éviter les zones sensibles et encourager les initiatives locales.
Réserver un hébergement sur ces îles est possible, mais il faut s’y prendre longtemps à l’avance : les maisons de pêcheurs rénovées, les campings et les pensions se réservent parfois un an à l’avance. Une précaution qui en vaut la peine : un séjour sur ces îles, entre nature et culture, reste inoubliable. Le véritable Algarve n’est peut-être pas sur le continent, mais au fil de l’eau, entre les bras salés de la Ria Formosa.







