THC et CBD interdits hors usage médical au Portugal

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Dans un contexte européen marqué par des régulations contrastées autour du cannabis, le Portugal vient de trancher. Par une note officielle daté du 26 novembre 2025, l’Autoridade Tributária e Aduaneira (AT) interdit désormais la commercialisation sur son territoire de tout produit de tabac contenant des extraits ou préparations à base de cannabis, y compris le CBD (cannabidiol) et le THC (tétrahydrocannabinol).

Cette décision administrative vise directement les liquides de vapotage, fleurs de CBD, ou cigarettes pré-roulées vendues dans les boutiques spécialisées, des bureaux de tabac ou sur des sites étrangers. Elle s’appuie sur l’interprétation de la législation en vigueur par l’agence du médicament portugaise (INFARMED), pour qui seules les préparations à base de cannabis destinées à un usage médical, et autorisées par une Autorização de Colocação no Mercado (ACM), peuvent circuler légalement.

Un avis clair : pas de cannabis dans les produits du tabac

Dans l’avis publié, l’AT souligne que les substances comme le CBD et le THC sont couvertes par la législation sur les stupéfiants (Décret-loi n.º 15/93, annexe I-C) 1, ce qui exclut leur intégration dans des produits banalisés comme les substituts de tabac ou les e-liquides, sauf en cas d’autorisation à usage médical strict.

Ce rappel à l’ordre fait suite aux demandes de précisions adressées par divers opérateurs économiques et services douaniers sur le statut juridique de ces produits dérivés. L’AT 2 et l’INFARMED 3 ont conjointement affirmé que la législation actuelle interdit toute commercialisation de produits contenant ces substances hors usage médical autorisé.

Cette clarification s’accompagne d’une volonté affichée d’harmoniser le traitement à conférer à ce type de produits sur l’ensemble du territoire, en évitant toute zone grise juridique susceptible d’encourager un commerce parallèle ou des importations déguisées.

Un contraste avec d’autres États européens

La position portugaise se démarque de celle adoptée par d’autres pays de l’Union européenne. La Belgique, la Pologne, le Luxembourg ou l’Autriche ont en effet choisi une voie plus souple, en intégrant les fleurs de chanvre contenant moins de 0,2 % de THC dans la catégorie des produits de tabac, les assujettissant à des taxes spécifiques sans les interdire.

Dès avril 2019, la Belgique avait ainsi ouvert la voie à une réglementation structurée de la vente de fleurs de CBD, considérées non comme médicament, mais comme produit récréatif toléré. Ce choix a permis l’émergence d’un marché encadré, avec des effets positifs reconnus sur l’économie locale et sur la réduction de l’usage de cannabis illégal.

Des espoirs déçus pour les commerçants portugais

Au Portugal, cette décision représente un revers pour de nombreux commerçants spécialisés qui espéraient une ouverture réglementaire à l’image de leurs voisins. Ces dernières années, les boutiques de CBD s’étaient multipliées, souvent en contournant les restrictions en vendant leurs produits comme objets de collection ou articles décoratifs.

Dans les faits, les fleurs de CBD sont aujourd’hui proposées dans les enseignes sous des mentions légales détournées, en l’absence d’une loi claire sur leur statut. L’intervention de l’AT vient ainsi mettre un terme à ce flou juridique, au risque de ralentir durablement le développement du secteur.

Certains acteurs de la filière dénoncent une mesure excessive, qui empêche le Portugal de profiter des opportunités économiques liées au chanvre industriel. D’autres y voient une volonté de protéger les circuits pharmaceutiques officiels dans un contexte de débat mondial sur la légalisation du cannabis thérapeutique et récréatif.

Une régulation rigide aux conséquences économiques incertaines

La rigueur de l’approche portugaise contraste avec l’image libérale que le pays véhicule parfois, notamment depuis sa dépénalisation des drogues en 2001. En matière de cannabis, le Portugal maintient cependant une distinction nette entre usage thérapeutique contrôlé et toute autre forme de consommation ou de commercialisation.

Alors que les pays européens tentent de trouver un équilibre entre santé publique, libertés individuelles et enjeux économiques, le Portugal semble privilégier une approche restrictive et centralisée, reposant sur l’autorité du ministère de la Santé et de ses organes exécutifs.

Cette décision, bien qu’en phase avec la loi actuelle, risque de ralentir l’innovation dans le secteur de la santé naturelle et de renforcer la dépendance du marché aux produits importés sous licence, en lieu et place d’un écosystème national de production de chanvre contrôlé.

Vers une évolution future ?

Rien n’indique à ce jour que cette position évoluera à court terme. Pourtant, la dynamique européenne pourrait bien faire pression sur Lisbonne, notamment si la Commission européenne continue d’encourager une harmonisation des politiques sur le CBD à l’échelle du continent.

En attendant, les entrepreneurs portugais du CBD devront faire preuve de prudence : tout produit contenant du THC ou du CBD, vendu en dehors du cadre médical avec autorisation de mise sur le marché, est désormais illégal. Un coup dur pour un secteur en plein essor, pris entre fiscalité, santé publique et encadrement juridique strict.

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