Saviez-vous que jusqu’en 1928 on roulait à gauche au Portugal ?

voiture a gauche portugal 1928

Aujourd’hui, traverser le pont du 25 Avril à Lisbonne ou emprunter les routes de l’Alentejo semble une évidence : au Portugal, comme dans la quasi-totalité de l’Europe continentale, on circule à droite. Pourtant, jusqu’en 1928, la situation était exactement inverse. Automobiles, charrettes, cavaliers et même piétons avaient l’habitude de se tenir à gauche de la chaussée, selon une tradition héritée de plusieurs siècles d’histoire.

Le plus surprenant est sans doute la manière dont cette habitude a disparu. Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1928, le Portugal a officiellement changé de côté. En quelques heures seulement, tout le pays a dû s’adapter à une nouvelle règle de circulation. Cette décision, qui peut sembler anodine aujourd’hui, fut l’une des plus importantes réformes de modernisation des transports portugais au XXe siècle.

Quand le Portugal roulait à l’anglaise

pela direita 1928

Pour comprendre cette particularité, il faut remonter bien avant l’apparition de l’automobile. La circulation à gauche était une pratique ancienne dans plusieurs régions d’Europe. Au Portugal, elle s’est maintenue notamment en raison de l’influence britannique, particulièrement forte depuis l’alliance historique entre les deux pays.

Au début du XIXe siècle, lorsque les armées napoléoniennes imposent progressivement la circulation à droite dans une grande partie du continent européen, certains États conservent leurs usages traditionnels. Le Royaume-Uni reste fidèle à la circulation à gauche, tout comme le Portugal. L’étroite coopération militaire entre les deux pays pendant les guerres napoléoniennes contribue à renforcer cette proximité culturelle et pratique.

À cette époque, les routes portugaises n’étaient évidemment pas envahies d’automobiles. Les déplacements s’effectuaient principalement à pied, à cheval ou à bord de véhicules tirés par des animaux. Mais la règle demeurait la même : chacun devait se tenir à gauche.

Le pays entre dans l’ère moderne

Au cours des années 1920, le Portugal connaît une phase de modernisation de ses infrastructures. Le développement de l’automobile, encore modeste mais en pleine croissance, oblige les autorités à repenser les règles de circulation. Le pays compte alors environ 31 000 conducteurs et près de 28 000 véhicules motorisés, un chiffre qui paraît dérisoire aujourd’hui mais qui représente déjà un défi pour les routes de l’époque.

En 1927 est créée la Junta Autónoma de Estradas, chargée de développer et d’organiser le réseau routier national. L’année suivante, le gouvernement décide d’adopter le premier véritable Code de la route portugais.

Publié le 31 mai 1928, le décret introduit un ensemble de règles modernes destinées à encadrer tous les usagers de la voie publique. Il ne concerne pas uniquement les automobilistes mais également les piétons, les cavaliers, les cyclistes et les véhicules hippomobiles. Pour la première fois, le Portugal dispose d’une réglementation cohérente applicable à l’ensemble de la circulation routière.

La nuit où le Portugal a changé de côté

pela direita

Le changement entre dans l’histoire dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1928. À minuit, dans l’ensemble du territoire continental et des îles, les usagers doivent désormais circuler à droite. À Lisbonne, où le trafic est le plus important, la transition est reportée à cinq heures du matin afin de limiter les risques de confusion.

Des semaines auparavant, les autorités avaient préparé la population. L’Automóvel Club de Portugal publie des annonces dans les journaux. Des panneaux portant la mention « Pela Direita » (« Par la droite ») sont installés à travers le pays afin de rappeler la nouvelle règle aux conducteurs.

Malgré ces précautions, la confusion est inévitable. Certains automobilistes doivent littéralement changer de côté au milieu de leur trajet lorsque l’heure officielle entre en vigueur. Les premiers accrochages et incidents sont rapidement signalés. Pourtant, la transition se déroule globalement mieux que ce que beaucoup redoutaient.

La scène a quelque chose de spectaculaire : en l’espace d’une nuit, un pays entier modifie un comportement quotidien ancré depuis des générations.

Pourquoi la circulation à gauche n’était plus adaptée

1928 journal

Au-delà de la volonté d’harmonisation européenne, des raisons pratiques expliquent cette réforme. Dans les années 1920, les constructeurs automobiles européens produisent de plus en plus de véhicules équipés d’un volant placé à gauche. Cette configuration est mieux adaptée à une circulation à droite.

Continuer à rouler à gauche avec des véhicules conçus pour la circulation à droite devenait progressivement moins pratique et parfois plus dangereux. Le Portugal apparaissait alors comme l’un des derniers pays d’Europe continentale à conserver cette particularité.

Le passage à droite permet également de rapprocher le pays des standards internationaux définis par les conventions européennes sur la circulation routière, alors en plein développement.

La réforme n’a pas échappé aux observateurs de l’époque. Certains journaux soulignent avec ironie qu’au moment où le Portugal tourne une page politique importante de son histoire, « les routes abandonnent elles aussi la gauche pour adopter la droite ». La coïncidence nourrit alors de nombreux commentaires dans la presse.

Plus sérieusement, le nouveau Code de la route marque une étape décisive dans la construction d’un État moderne. Il introduit des sanctions pour les infractions graves, impose l’arrêt obligatoire en cas d’accident et établit des règles communes pour tous les usagers. Plusieurs de ses principes fondamentaux demeurent encore présents dans la législation actuelle.

Un siècle plus tard, une curiosité largement oubliée

Près d’un siècle après cette nuit historique, rares sont les Portugais qui savent que leurs arrière-grands-parents circulaient naturellement du côté opposé de la route. Pourtant, cette décision a profondément transformé le quotidien du pays et accompagné son entrée dans la modernité.

Alors que les débats portent aujourd’hui sur les voitures électriques, les véhicules autonomes ou les nouvelles formes de mobilité urbaine, il est fascinant de se rappeler qu’en 1928 le Portugal vivait déjà une révolution des transports. Une révolution si spectaculaire qu’elle obligea tout un pays à changer de côté en quelques heures seulement.

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