Dans plusieurs territoires ruraux du Portugal, la structure démographique devient particulièrement déséquilibrée. Selon les dernières données d’Eurostat, cinq régions portugaises comptent moins de 55 % d’habitants âgés de 20 à 64 ans, soit l’une des proportions les plus faibles observées dans l’Union européenne. Le phénomène concerne essentiellement des zones de l’intérieur, éloignées des principales métropoles et confrontées depuis longtemps au vieillissement et au départ d’une partie des jeunes générations.
La situation est particulièrement marquée dans l’Alto Tâmega e Barroso, où les 20-64 ans ne représentent plus que 50,8 % de la population. Autrement dit, à peine plus d’un habitant sur deux appartient aujourd’hui à cette tranche d’âge considérée comme celle de la population en âge de travailler.
5 régions portugaises sous le seuil des 55 %
Après l’Alto Tâmega e Barroso, les proportions les plus faibles sont relevées dans les Terras de Trás-os-Montes, avec 52,2 %, puis en Beira Baixa, à 52,5 %. Les Beiras e Serra da Estrela atteignent 52,7 %, tandis que l’Alto Tejo se situe à 54 %.
Ces cinq territoires figurent parmi les 189 régions de l’Union européenne où la population âgée de 20 à 64 ans représentait moins de 55 % de l’ensemble des habitants au 1er janvier 2025. Eurostat souligne que ces zones sont très souvent rurales et éloignées des grands bassins d’emploi.
À l’échelle européenne, des situations comparables apparaissent notamment dans certaines régions françaises, dans l’est de l’Allemagne, en Bulgarie, en Grèce ou encore dans plusieurs territoires des pays nordiques. Le phénomène ne concerne donc pas uniquement le Portugal, mais il y est particulièrement visible dans les zones de faible densité démographique.
Le contraste est net avec le nord littoral et les grandes métropoles
À l’inverse, plusieurs régions plus dynamiques du nord et du littoral portugais présentent une structure démographique beaucoup plus favorable. Tâmega e Sousa affiche ainsi 61,5 % d’habitants âgés de 20 à 64 ans, soit la proportion la plus élevée du pays.
Le Cávado suit avec 60,9 %, devant l’Ave à 60,2 %. L’aire métropolitaine de Porto atteint 59,5 %, tandis que le Grand Lisbonne se situe à 58,5 %. Ces écarts illustrent les différences importantes entre les territoires qui continuent à attirer des actifs et ceux qui vieillissent plus rapidement.
La moyenne de l’Union européenne s’établissait, au début de 2025, à 58,3 % de personnes âgées de 20 à 64 ans. Les régions portugaises les plus fragiles démographiquement se situent donc plusieurs points en dessous de cette référence.
Un autre visage du vieillissement des territoires ruraux
Ces chiffres donnent une traduction très concrète d’un phénomène déjà bien identifié dans plusieurs zones du centre et du nord-est portugais. Le vieillissement de la population s’accompagne souvent d’un départ des jeunes adultes vers les métropoles, le littoral ou l’étranger, tandis que les arrivées de nouveaux habitants ne compensent pas toujours ces mouvements.
La conséquence ne se limite pas à une diminution du nombre d’actifs potentiels. Une population plus âgée modifie également les besoins en services publics, en santé, en mobilité et en équipements locaux. Dans certains territoires, le maintien des commerces, des écoles ou de certaines activités économiques devient lui aussi plus difficile.
Cette évolution contribue à accentuer la différence entre les grandes zones urbaines et certaines parties de l’intérieur du pays. Porto, Lisbonne et plusieurs territoires industrialisés du nord conservent une population active proportionnellement plus importante, tandis que les régions rurales vieillissent plus rapidement.
Population en âge de travailler et taux d’emploi ne désignent pas la même chose
Les données d’Eurostat ne doivent toutefois pas être confondues avec le taux d’emploi. La part des habitants âgés de 20 à 64 ans mesure simplement le poids de cette tranche d’âge dans l’ensemble de la population ; elle ne dit pas combien de ces personnes travaillent effectivement.
Une région peut donc compter relativement peu d’habitants en âge de travailler tout en affichant un taux d’emploi élevé parmi ceux qui y résident. À l’inverse, une population plus jeune ne garantit pas automatiquement un marché du travail plus performant.
Cette distinction permet aussi de comprendre pourquoi le Portugal peut simultanément présenter des territoires vieillissants et de bons résultats en matière d’emploi. En 2025, sept des neuf grandes régions portugaises avaient déjà atteint ou dépassé l’objectif européen fixé pour 2030.
Un défi démographique qui dépasse la seule question de l’emploi
Les chiffres publiés par Eurostat mettent surtout en évidence l’ampleur du déséquilibre territorial portugais. Dans certaines régions de l’intérieur, la question n’est plus uniquement de créer des emplois, mais aussi de conserver suffisamment de population active pour maintenir durablement l’activité économique et les services.
À l’opposé, les zones littorales et métropolitaines continuent de concentrer une part plus importante des habitants en âge de travailler. Cette divergence contribue à renforcer deux dynamiques démographiques très différentes au sein d’un même pays.
Avec seulement 50,8 % d’habitants âgés de 20 à 64 ans en Alto Tâmega e Barroso, le Portugal dispose désormais d’un indicateur particulièrement parlant de cette fracture. Dans plusieurs territoires ruraux, le vieillissement n’est plus seulement une tendance de long terme : il transforme déjà profondément la composition de la population.







