Deux biens immobiliers appartenant à la municipalité de Porto, autrefois destinés à accueillir la construction de nouvelles mosquées, devaient changer de propriétaire. Mais aucun acheteur ne s’est présenté. Les deux enchères publiques organisées le 16 septembre se sont achevées sans la moindre offre, alors que les mises à prix cumulées dépassaient 2,2 millions d’euros.
L’affaire dépasse cependant largement la simple absence d’acquéreurs. Ces deux propriétés avaient été achetées sous la précédente municipalité afin d’accorder des droits de superficie à deux associations musulmanes. Après le changement d’exécutif, la nouvelle majorité conduite par Pedro Duarte a choisi une autre voie : remettre les biens sur le marché.
Entre patrimoine municipal, immobilier et politique locale, le dossier avait déjà suscité d’importants débats à Porto. L’échec des premières enchères ajoute désormais un nouvel épisode à cette histoire.
Pourquoi ces propriétés devaient-elles accueillir des mosquées ?
Pour comprendre la controverse, il faut remonter au précédent exécutif municipal dirigé par Rui Moreira. La ville avait acquis les deux propriétés afin de pouvoir en céder le droit de superficie pendant 40 ans à deux associations.
Le bâtiment de la Rua da Porta do Sol, acheté par la municipalité en octobre 2024, devait être mis à disposition de l’Association de la communauté bangladaise de Porto. Celui de Campanhã, acquis en février 2025, était destiné au Centre culturel islamique de Porto.
Le montage ne prévoyait donc pas de donner les propriétés aux associations. La municipalité en serait restée propriétaire, tandis que celles-ci auraient disposé d’un droit de superficie pour y réaliser leurs projets.
Les conditions étaient néanmoins particulièrement avantageuses : 40 ans contre une redevance de 50 euros par mois. Les documents municipaux évaluaient l’aide correspondant à la différence entre la valeur des droits de superficie et les sommes versées à environ 416 000 euros pour le Centre culturel islamique et 591 200 euros pour l’association bangladaise. Les travaux devaient être assumés par les bénéficiaires.
Les propositions devaient être examinées en juin 2025, mais Rui Moreira avait finalement choisi de les retirer à l’approche de la fin de son mandat. L’ancien maire avait alors évoqué le caractère non consensuel du dossier et la volonté de ne pas accentuer les tensions dans la ville.
La nouvelle municipalité a choisi de vendre
L’arrivée d’un nouvel exécutif a changé l’orientation du dossier. Le maire Pedro Duarte, élu à la tête d’une coalition PSD/CDS-PP/IL, a annoncé en mai 2026 son intention de vendre les deux propriétés aux enchères.
Le maire a expliqué que « la construction de mosquées dans la ville de Porto n’est pas une priorité » de son exécutif. Il a toutefois précisé que la vente n’empêchait pas les associations concernées de se porter elles-mêmes acquéreuses et qu’elle donnait la même possibilité à toutes les autres entités intéressées.
Le 21 juillet, l’exécutif municipal a approuvé la mise en vente des deux propriétés, avec l’opposition des élus du PS. Le dossier concernant Campanhã a ensuite nécessité l’approbation de l’Assemblée municipale, où plusieurs groupes de gauche ainsi que le groupe Filipe Araújo : Fazer à Porto ont voté contre. Certains opposants ont notamment dénoncé la rupture d’un engagement pris envers les communautés concernées.
De son côté, la proposition municipale justifiait la vente par le fait que ces actifs n’étaient plus considérés comme nécessaires à la poursuite de missions d’intérêt public. La municipalité estimait que leur cession pouvait générer une recette exceptionnelle susceptible d’être consacrée à d’autres projets publics.
Deux biens proposés à plus de 2,2 millions d’euros
Le premier ensemble immobilier se trouve Rua da Porta do Sol, dans le centre historique. Composé de deux bâtiments, il dispose d’une surface brute de construction de 682m² et était proposé avec une mise à prix de 913 700 euros. Le projet urbanistique réalisé pour le site prévoit un usage résidentiel et un potentiel de six logements.
Quelques personnes ont assisté à la séance d’enchères, mais personne n’a formulé d’offre.
La situation a été encore plus frappante pour le second bien, situé Rua do Pinheiro Grande, à Campanhã. Mis en vente à partir de 1,307 million d’euros, il couvre 2721m² selon la cartographie municipale. Lors de l’enchère, aucun candidat ni même spectateur n’était présent, en dehors des employés municipaux et des journalistes.
Au total, la municipalité espérait donc obtenir au minimum un peu plus de 2,22 millions d’euros de la vente des deux propriétés. Pour cette première tentative, elle n’a reçu aucune proposition.
Une communauté qui doit également quitter sa mosquée actuelle
L’affaire prend une dimension supplémentaire pour la communauté bangladaise. Son association utilise actuellement la mosquée Hazrat Hamza, Travessa da Rua do Loureiro, mais elle a été informée qu’elle devait quitter les lieux au plus tard le 31 octobre, après l’acquisition de l’immeuble par une société liée à la Livraria Lello.
Selon un représentant de l’association interrogé par l’agence Lusa, la communauté comptait sur la possibilité de s’installer Rua da Porta do Sol et envisageait d’y réaliser à ses frais d’importants travaux.
La question de son futur lieu de culte reste donc posée. Les documents présentés sous l’ancienne municipalité estimaient à environ 7000 personnes la communauté musulmane de Porto, fréquentant notamment les lieux de culte de la Rua do Heroísmo et de la Travessa do Loureiro.
Quant aux deux propriétés municipales, leur avenir est lui aussi incertain. L’absence totale d’offres lors des enchères du 16 septembre ne signifie pas qu’elles sont invendables, mais simplement qu’aucun candidat n’a accepté de les acquérir aux conditions proposées lors de cette première procédure.
Un résultat pour le moins singulier pour deux biens dont la destination avait déjà alimenté pendant plus d’un an l’un des dossiers immobiliers et politiques les plus sensibles de Porto.







