Le saviez-vous ? Pendant 25 jours, au tout début de l’année 1919, la ville de Porto fut la capitale d’un Portugal divisé. Cette parenthèse historique, aussi brève que spectaculaire, s’inscrit dans un contexte troublé : celui des premières années chaotiques de la République portugaise, née en 1910. L’épisode, connu sous le nom de Monarquia do Norte, fut la dernière tentative organisée de restaurer la monarchie par la force. Retour sur une révolte méconnue mais révélatrice de l’instabilité d’un pays encore en quête de stabilité politique.
Un pays déchiré par les crises
Neuf ans après la proclamation de la République, le Portugal traverse une période d’extrême fragilité. La Première Guerre mondiale, à laquelle le pays a participé, a laissé des séquelles profondes sur le plan économique, social et politique. Les gouvernements se succèdent à un rythme effréné, sans parvenir à restaurer la confiance populaire.
En décembre 1918, un événement vient aggraver encore cette situation : l’assassinat de Sidónio Pais, président de la République à tendance autoritaire, ouvre un vide de pouvoir. Dans ce climat de confusion, les monarchistes estiment que l’heure est venue de reconquérir le pouvoir.
Les monarchistes portugais ne sont pas unifiés, mais plusieurs tendances se rejoignent autour d’un même objectif : restaurer le trône. C’est dans le nord du pays, terre historiquement conservatrice et catholique, que le mouvement prend forme.
Le retour du drapeau bleu et blanc

Le 19 janvier 1919, à Porto, le général Henrique Paiva Couceiro proclame la restauration de la monarchie. Ancien officier des campagnes coloniales, Couceiro est une figure emblématique du mouvement monarchiste lusitaniste. Sous sa direction, des points stratégiques de la ville sont occupés, un gouvernement provisoire est instauré, et le drapeau bleu et blanc, symbole du royaume, est hissé à nouveau.
Porto devient alors la capitale d’un Portugal monarchique autoproclamé
Porto devient alors la capitale d’un Portugal monarchique autoproclamé. La ville incarne l’espoir d’un retour à l’ordre ancien. Pourtant, cette monarchie du Nord n’a pas les moyens de ses ambitions : elle est territorialement limitée et politiquement fragile.
Dans le reste du pays, notamment à Lisbonne, les autorités républicaines réagissent avec détermination. Le gouvernement refuse de reconnaître la junte monarchiste et prépare la riposte militaire.
D. Manuel II, un roi absent, un élan brisé

Un élément déterminant pèse sur le destin de la Monarquia do Norte : le silence du roi exilé. D. Manuel II, dernier souverain du Portugal chassé par la Révolution de 1910, vit alors en Angleterre. Bien que sollicité, il choisit de ne pas soutenir ouvertement l’insurrection.
Cette absence de légitimation monarchique porte un coup fatal au mouvement. Sans roi pour incarner l’autorité restaurée, la cause monarchiste perd de son attrait. Les soutiens demeurent localisés : quelques villes du nord, telles que Braga, Viana do Castelo et Guimarães, rejoignent le mouvement, mais les tentatives d’extension vers le centre et le sud échouent.
À l’échelle internationale, la révolte ne reçoit aucun appui. Aucune puissance étrangère ne souhaite s’ingérer dans ce qui est perçu comme une affaire interne d’un petit État instable.
Une fin sans affrontement
Le 13 février 1919, moins d’un mois après le soulèvement, les forces républicaines commandées par le capitaine Sarmento Pimentel entrent dans Porto. Aucun combat majeur ne se produit : Paiva Couceiro accepte de négocier et choisit l’exil en Espagne pour éviter une effusion de sang.
La République reprend ses droits ; le drapeau vert et rouge flotte de nouveau. L’épisode se clôt sans martyrs ni batailles décisives, mais marque durablement les esprits.
Les conséquences d’un échec
La tentative de restauration monarchique échoue, mais elle n’est pas sans effets. Elle provoque un rapprochement entre les différents courants républicains, jusque-là divisés. En juin 1919, des élections confirment le soutien populaire à la République, qui sort renforcée de cette épreuve.
La Monarquia do Norte constitue donc le dernier sursaut de la monarchie portugaise. Ce fut une tentative désespérée, mais historiquement significative : elle révèle la profondeur des divisions du Portugal post-monarchique, ainsi que les tensions persistantes entre tradition et modernité, foi religieuse et sécularisation, autorité monarchique et démocratie parlementaire.
Porto ne fut capitale que l’espace de 25 jours. Mais durant ce bref moment, la ville incarna le rêve d’un retour à l’ancien régime, un rêve éphémère, balayé par la réalité d’une République décidée à s’imposer dans le temps long.







