Le label « made in Portugal » apparaît désormais sur certains accessoires en cuir de Louis Vuitton. Une évolution discrète mais symbolique pour l’industrie portugaise de la maroquinerie, qui cherche depuis plusieurs années à se positionner sur le segment du luxe international.
Selon l’Association portugaise des industriels du chaussant, des composants et des articles de cuir (APICCAPS), plusieurs produits de la maison française sont fabriqués au Portugal depuis déjà plusieurs années. Jusqu’ici, toutefois, la dernière étape de production, l’assemblage final, était le plus souvent réalisée en Italie, ce qui expliquait l’apposition du célèbre « made in Italy ».
La reconnaissance plus visible du savoir-faire portugais constitue, pour les autorités et les industriels, un signal important dans la stratégie de montée en gamme du secteur.
Une production implantée depuis plus d’une décennie
Louis Vuitton travaille depuis plus de dix ans avec des ateliers portugais spécialisés dans les composants de luxe, notamment à travers le groupe Atepeli – Ateliers de Portugal. Cette collaboration porte principalement sur la production de pièces en cuir destinées à la maroquinerie et aux accessoires.
Les unités de production se concentrent dans plusieurs pôles industriels du nord du pays, notamment à Lousada, Penafiel et Ponte de Lima. En 2020, une nouvelle usine a également ouvert à Santa Maria da Feira, renforçant l’écosystème industriel dédié au cuir et aux accessoires haut de gamme.
Dans la plupart des cas, les composants ou les pièces sont produits au Portugal avant d’être assemblés ailleurs en Europe. La présence explicite du « made in Portugal » sur certains accessoires marque donc une évolution dans la reconnaissance de cette contribution industrielle.
Le luxe comme levier de montée en gamme

Lors d’une visite au salon international de la chaussure Micam à Milan, le secrétaire d’État portugais à l’économie, João Rui Ferreira, a salué cette évolution. Selon lui, l’intégration plus visible du label portugais dans les produits de luxe représente « une étape importante pour positionner le Portugal comme producteur de biens à forte valeur ajoutée ».
La stratégie défendue par les pouvoirs publics consiste à transformer progressivement le secteur : moins de production de masse, davantage de spécialisation dans des produits haut de gamme. « L’ambition est claire : devenir un secteur de valeur plutôt qu’un secteur de volume », a déclaré le responsable gouvernemental.
Ce repositionnement repose sur des équipes hautement qualifiées et sur des processus industriels rigoureux, capables de répondre aux standards très exigeants des grandes maisons internationales.
Un secteur exportateur en mutation
L’industrie portugaise des articles de cuir représente aujourd’hui un tissu d’environ 120 entreprises spécialisées, employant près de 4000 personnes. Selon l’Institut national de statistique, les exportations du secteur ont dépassé 353 millions d’euros l’an dernier.
Si ce chiffre représente une baisse de 3,8 % sur un an, la tendance reste largement positive sur le moyen terme. Depuis 2020, les exportations de maroquinerie portugaise ont progressé de près de 67,8 %, illustrant la montée en puissance du pays dans cette filière.
Le prix moyen à l’exportation des produits en cuir portugais s’élève aujourd’hui à environ 25 euros. Les industriels espèrent toutefois augmenter progressivement cette valeur grâce à une présence accrue dans le segment du luxe.
Des marques internationales déjà présentes
Louis Vuitton n’est pas la seule maison à s’appuyer sur l’expertise portugaise. Selon l’APICCAPS, plusieurs grandes marques du luxe international font régulièrement appel aux fabricants portugais, parmi lesquelles Cartier, Delvaux, Goyard, Lanvin, Longchamp, Loewe ou encore Rolex.
Pour Luís Onofre, président de l’association, la production de ces accessoires démontre que le Portugal s’inscrit pleinement dans les chaînes de valeur du luxe mondial. « Les entreprises portugaises disposent désormais des compétences techniques et du niveau de sophistication exigés par les grandes marques », souligne-t-il.
Une concurrence mondiale accrue
Le secteur doit néanmoins composer avec une concurrence internationale de plus en plus intense. L’accord commercial récemment signé entre l’Union européenne et l’Inde prévoit notamment la suppression progressive des droits de douane sur les produits en cuir, spécialité de ce pays qui produit près de trois milliards de paires de chaussures par an.
Face à cette pression, les industriels portugais misent sur la diversification et l’innovation. Le secteur développe désormais de nouveaux segments, comme les matériaux techniques, les chaussures imperméables ou encore les produits en plastique.
Cette stratégie pourrait temporairement peser sur le prix moyen des exportations. Mais pour les professionnels, l’enjeu est ailleurs : consolider la place du Portugal comme partenaire industriel de référence pour les grandes maisons internationales.
Dans cette perspective, l’apparition du label « made in Portugal » sur certains produits Louis Vuitton constitue moins une exception qu’un symbole. Celui d’un pays qui cherche à s’imposer, progressivement, comme un acteur reconnu de la production de luxe en Europe.







