La progression est réelle, mais elle ne suffit pas à combler l’écart. En 2024, les rémunérations ont augmenté au Portugal, confirmant une dynamique engagée depuis plusieurs années. Pourtant, le pays reste nettement en retrait par rapport à la moyenne de l’Union européenne, avec un différentiel qui continue de peser sur le pouvoir d’achat et l’attractivité économique.
Derrière cette situation, les explications dépassent largement la simple question des hausses annuelles. C’est l’ensemble du modèle productif qui est en jeu, entre spécialisation sectorielle, structure des entreprises et capacité à générer de la valeur. Le constat est clair : malgré les progrès, le rattrapage reste lent et incertain.
Des salaires en hausse, mais un écart qui persiste
Les chiffres traduisent une évolution positive. Le salaire moyen annuel au Portugal a atteint environ 24 800 euros en 2024, soit une progression de 7 % sur un an. Cette hausse s’inscrit dans une tendance observée dans plusieurs économies européennes, portée par la reprise post-crise et les tensions sur le marché du travail.
Mais cette dynamique reste insuffisante pour réduire l’écart global. Dans le même temps, la moyenne européenne s’établit autour de 39 800 euros annuels. Le différentiel atteint ainsi près de 38 %, un niveau qui souligne le caractère structurel du retard portugais.
La comparaison avec des pays aux profils économiques proches n’apporte pas davantage de réconfort. Face à un groupe comprenant notamment l’Espagne, l’Italie ou la Pologne, le Portugal affiche encore un niveau de rémunération inférieur, confirmant une difficulté persistante à converger.
Ce décalage ne s’explique donc pas par un manque de progression récente, mais par un point de départ plus bas et une capacité limitée à accélérer. Le rattrapage, bien réel, reste trop lent pour inverser la tendance à court terme.
Une économie encore tirée par des secteurs peu rémunérateurs
L’une des principales explications réside dans la structure même de l’économie. Le Portugal reste fortement dépendant de secteurs à faible valeur ajoutée, où les niveaux de salaire sont mécaniquement plus bas. L’hôtellerie, la restauration ou certains services représentent une part importante de l’emploi, tout en offrant des rémunérations limitées.
Ce positionnement sectoriel pèse directement sur la moyenne nationale. Même en cas de hausse des salaires dans ces activités, l’impact reste contenu en raison de leur niveau initial et de leur poids dans l’économie.
À l’inverse, les secteurs plus productifs, capables de générer davantage de valeur, peinent encore à s’imposer. L’industrie montre des signes de progression, mais sans expansion significative de ses effectifs. Quant aux activités technologiques, elles connaissent une croissance rapide, mais leur poids reste encore trop limité pour transformer en profondeur le paysage économique.
Ce déséquilibre freine mécaniquement la convergence. Sans montée en puissance des secteurs à forte valeur ajoutée, les hausses salariales restent structurellement contraintes, quelle que soit la conjoncture.
Des entreprises encore trop petites pour tirer les salaires vers le haut
Au-delà des secteurs, la taille des entreprises constitue un autre facteur déterminant. Le tissu économique portugais est largement dominé par des petites et moyennes entreprises, souvent moins productives et plus exposées aux aléas économiques.
Or, les grandes entreprises disposent généralement de marges de manœuvre plus importantes pour investir, innover et proposer des salaires plus élevés. Leur capacité à créer de la valeur se traduit directement dans les rémunérations proposées aux salariés.
Dans ce contexte, la question du changement d’échelle devient centrale. Favoriser la croissance des entreprises apparaît comme un levier essentiel pour améliorer durablement les niveaux de salaire et renforcer la compétitivité globale.
Le défi est donc double : transformer la structure sectorielle tout en renforçant la taille moyenne des entreprises. Sans cette évolution, le Portugal risque de rester durablement positionné sur un modèle de coûts relativement faibles, difficilement compatible avec une convergence rapide vers les standards européens.
À moyen terme, l’enjeu dépasse la seule question des revenus. Il touche à la capacité du pays à retenir ses talents, attirer des investissements et s’inscrire pleinement dans une économie européenne de plus en plus compétitive et exigeante.







