À contre-courant de nombreuses métropoles européennes, Lisbonne ajuste sa politique en matière de locations touristiques de courte durée. La municipalité a adopté, fin novembre, de nouvelles règles encadrant l’hébergement touristique (alojamento local), un secteur au cœur des tensions sur le logement. La plateforme Airbnb a immédiatement salué cette évolution, estimant que les restrictions imposées ces dernières années n’ont pas permis d’enrayer la flambée des prix immobiliers dans la capitale portugaise.
Dans un communiqué, l’entreprise rappelle que 6 ans après l’instauration de moratoires successifs, les Lisboètes continuent de faire face à des difficultés croissantes pour accéder à un logement abordable. Selon Airbnb, l’idée selon laquelle un durcissement des règles sur les locations touristiques suffirait à freiner la hausse des loyers ne s’est pas vérifiée dans les faits.
Un nouveau cadre voté au conseil municipal
Les nouvelles dispositions ont été approuvées le 27 novembre par le conseil municipal de Lisbonne, à l’initiative de l’exécutif minoritaire PSD/CDS-PP/IL, avec le soutien décisif du parti Chega. Elles modifient le Règlement municipal de l’hébergement local (RMAL) 1, pierre angulaire de la régulation du secteur.
Le texte prévoit une révision des seuils de saturation entre logements touristiques et logements permanents. Dans les zones dites de confinement absolu, la proportion de logements destinés à l’hébergement local devra désormais être égale ou supérieure à 10 %. Dans les zones de confinement relatif, ce ratio est fixé entre 5 % et 10 %. Une autre mesure structurante instaure une zone unique de confinement absolu à l’échelle municipale dès lors que la ville atteint un taux global de 10 %.
L’ensemble des partis de gauche : PS, BE, Livre et PCP, ont voté contre la réforme, dénonçant un « grave recul ». Ils plaidaient pour un seuil de confinement absolu fixé à 5 %, comme le prévoyait le projet initial soumis à consultation publique.
Airbnb défend un rôle économique et social
Pour Airbnb, ces ajustements constituent un signal positif. Sara Rodríguez, responsable des campagnes de la plateforme pour l’Espagne et le Portugal, évoque une « étape importante pour restaurer la stabilité et la confiance » dans le secteur de la location touristique à Lisbonne.
La plateforme insiste sur le fait que l’hébergement touristique jouerait un rôle clé dans la diffusion des retombées du tourisme à l’échelle des quartiers. Elle met en avant un profil d’hôtes majoritairement non professionnels : selon ses données, 7 hôtes sur 10 à Lisbonne ne tirent pas leur revenu principal de cette activité et ne proposent qu’un seul logement à la location.
Airbnb adopte ainsi une posture ouvertement politique, estimant que les nouvelles règles permettront à davantage de familles de bénéficier directement des revenus du tourisme, tout en soutenant les commerces et services de proximité. Selon la plateforme, cet assouplissement contribuerait également à préserver une offre de locations plus abordable pour les visiteurs, en opposition aux politiques de restriction jugées inefficaces ailleurs en Europe et en Amérique du Nord.
Des exemples étrangers pour étayer l’argumentaire
Pour appuyer sa position, Airbnb invoque des expériences menées dans d’autres grandes villes. À Édimbourg, en Écosse, la municipalité a récemment assoupli des restrictions jugées trop sévères, après une chute de 22 % du nombre de locations de courte durée en quatre ans, sans impact notable sur la hausse des prix du logement.
À Barcelone, où un moratoire sur les nouvelles licences est en vigueur depuis 2014, la plateforme souligne que les loyers et les prix de l’immobilier ont atteint des niveaux records. Même constat à New York, où l’interdiction des locations touristiques depuis 2023 n’aurait, selon Airbnb, ni amélioré l’accessibilité ni l’abordabilité du parc résidentiel.
Un débat loin d’être clos
À Lisbonne, la réforme relance un débat profondément politique, où s’opposent deux visions du logement et du tourisme. D’un côté, les défenseurs d’un encadrement strict, qui voient dans l’hébergement local un facteur de pression supplémentaire sur le marché immobilier. De l’autre, ceux qui estiment que la crise du logement relève avant tout de déséquilibres structurels plus larges, dépassant la seule question des locations de courte durée.
Si la municipalité espère trouver un nouvel équilibre, l’impact réel de ces règles sur les loyers, l’offre de logements et la vie des quartiers reste à observer. Une chose est sûre : à Lisbonne comme ailleurs en Europe, la régulation d’Airbnb demeure un terrain de confrontation emblématique entre politiques urbaines, économie touristique et droit au logement.







