Les écarts sont spectaculaires. Selon des données internes de Volkswagen révélées par la presse allemande, les coûts d’usine par véhicule atteignent 4850 euros à Emden, en Allemagne, contre 2385 euros à Palmela, au Portugal. À Tianjin, en Chine, ils tombent même à 1078 euros.
Ces montants ne correspondent pas au coût complet d’une automobile, avec ses composants, son développement ou sa commercialisation. Ils mesurent les coûts liés à la production dans les usines comparées par Volkswagen. Mais ils permettent de comprendre pourquoi le constructeur allemand regarde aujourd’hui avec autant d’attention la compétitivité de ses différents sites.
À Palmela, où Volkswagen Autoeuropa exploite l’une des principales usines automobiles du Portugal, le coût ressort ainsi environ 51% inférieur à celui d’Emden. Et le salaire n’explique qu’une partie de la différence.
À Palmela, des coûts d’usine divisés par deux
La comparaison provient de documents internes de Volkswagen cités initialement par le quotidien allemand Bild en septembre. Elle intervient alors que le groupe a engagé un vaste programme de réduction de ses coûts et s’interroge notamment sur la compétitivité de plusieurs de ses sites allemands.
Le premier écart concerne les coûts de personnel affectés à la production. Volkswagen les évalue à 74 euros par heure à Emden, contre 37 euros à Palmela. Ils sont donc exactement deux fois moins élevés au Portugal. À Tianjin, ils descendent à seulement 12 euros.
Attention, là encore, à l’interprétation : ces montants ne correspondent pas au salaire horaire touché par un salarié. Ils englobent les coûts de personnel de production supportés par l’entreprise.
Mais d’autres indicateurs donnent également l’avantage à l’usine portugaise. Volkswagen comptabilise 1282 heures de travail disponibles par an à Emden, contre 1419 heures à Palmela.
La différence apparaît aussi dans la production rapportée aux effectifs : l’usine allemande atteint 29 véhicules par salarié, tandis que Palmela en produit 39,9.
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Salaires, productivité, énergie : d’où vient l’écart ?

Pris séparément, aucun de ces indicateurs ne suffit à expliquer pourquoi les coûts d’usine sont divisés par deux. C’est leur accumulation qui devient significative.
Les documents internes mentionnent également un taux d’absentéisme pour maladie de 10,5% à Emden, contre 4,1% à Palmela. Volkswagen ne précise toutefois pas les raisons de cet écart, qui doit donc être considéré comme un indicateur industriel et non comme une explication à lui seul.
L’énergie joue aussi en faveur du Portugal. Pour l’électricité, le constructeur retient une fourchette de 15 à 23 centimes par kilowattheure à Emden, contre 10 à 16 centimes à Palmela. Selon la presse allemande, les documents font par ailleurs apparaître des coûts logistiques plus élevés en Allemagne.
Le résultat est particulièrement net : pour chaque véhicule, les coûts d’usine calculés par Volkswagen passent de 4850 euros à Emden à 2385 euros à Palmela.
L’exemple portugais montre ainsi que la compétitivité industrielle ne se résume pas au niveau des salaires. Coût du travail, temps disponible, productivité, absentéisme, énergie et logistique se combinent pour déterminer le coût réel d’exploitation d’une usine.
La Chine reste encore beaucoup moins chère
La comparaison avec Tianjin replace toutefois l’avantage portugais dans une autre perspective.
Dans l’usine chinoise retenue par Volkswagen, les coûts de personnel de production ne seraient que de 12 euros par heure, contre 37 euros à Palmela. Le constructeur y comptabilise également 2065 heures disponibles par an et 51,3 véhicules produits par salarié.
Le taux d’absentéisme indiqué dans le document tombe à 1 %, tandis que le prix de l’électricité se situe entre 6 et 10 centimes par kilowattheure.
Au bout de la chaîne, les coûts d’usine atteignent seulement 1078 euros par véhicule à Tianjin, contre 2385 euros à Palmela.
Le Portugal occupe donc une position singulière dans cette comparaison : beaucoup plus compétitif que l’Allemagne, mais encore nettement plus coûteux que la Chine.
| Indicateur | Emden, Allemagne | Palmela, Portugal | Tianjin, Chine |
|---|---|---|---|
| Coûts de personnel de production | 74 €/h | 37 €/h | 12 €/h |
| Heures disponibles/an | 1 282 | 1 419 | 2 065 |
| Véhicules/salarié | 29 | 39,9 | 51,3 |
| Absentéisme maladie | 10,5 % | 4,1 % | 1 % |
| Électricité | 15-23 c€/kWh | 10-16 c€/kWh | 6-10 c€/kWh |
| Coûts d’usine/véhicule | 4850 € | 2385 € | 1078 € |
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Des milliards d’euros en jeu pour Volkswagen
Ces écarts prennent une importance particulière au moment où Volkswagen cherche à réduire profondément ses coûts.
Pour quatre sites allemands (Emden, Zwickau, Hanovre et Neckarsulm, ce dernier appartenant à Audi) le constructeur évalue en moyenne ses coûts d’usine à environ 5200 euros par véhicule. Dans les usines les plus compétitives prises comme référence, ils seraient proches de 2900 euros.
La différence atteint donc environ 2300 euros par voiture. À l’échelle des volumes produits par le groupe, Volkswagen estime que cet écart représente un potentiel de l’ordre de 1,5 milliard d’euros par an.
Le constructeur prévoit parallèlement de réduire ses effectifs, ses investissements et le nombre de modèles proposés. Pour la période 2027-2031, les investissements doivent atteindre 135 milliards d’euros, soit environ 30 milliards de moins que ce qui était auparavant envisagé pour les cinq années allant jusqu’en 2030.
Pour le Portugal, ces documents offrent surtout un éclairage rare sur la place de l’usine de Palmela dans la géographie industrielle européenne de Volkswagen. Son avantage ne repose pas sur un seul coût salarial plus faible : sur plusieurs des critères retenus par le constructeur, le site portugais se situe nettement devant son homologue allemand.
La comparaison avec Tianjin rappelle cependant l’autre défi auquel Volkswagen, comme une grande partie de l’industrie automobile européenne, est confronté : réduire ses coûts en Europe sans pouvoir simplement reproduire les conditions de production chinoises.







