Le tourisme portugais doit chercher sa croissance au-delà de Lisbonne et de l’Algarve

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Le Portugal peut encore accueillir davantage de touristes, mais probablement plus de la même manière ni aux mêmes endroits. Pour Álvaro Santos Pereira, gouverneur de la Banque du Portugal, Lisbonne et l’Algarve disposent désormais d’une marge limitée pour augmenter fortement leur nombre de visiteurs. Le prochain cycle de croissance du tourisme portugais devra donc davantage passer par d’autres régions, mais aussi par une offre capable de générer plus de valeur.

Intervenant lors de la VIIIe Cimeira du tourisme portugais, organisée à Lisbonne, le gouverneur a défendu un secteur davantage tourné vers la qualité, la diversification des destinations et la réduction de la saisonnalité. Une évolution qui intervient alors que le tourisme a considérablement renforcé son poids dans l’économie portugaise au cours des quinze dernières années.

Lisbonne et l’Algarve ne peuvent pas accueillir toujours plus de touristes

Álvaro Santos Pereira

Le constat d’Álvaro Santos Pereira ne signifie pas que le tourisme portugais aurait atteint ses limites. Le gouverneur estime au contraire que le pays conserve un potentiel de croissance important. Mais celui-ci se situe de moins en moins dans l’augmentation continue du nombre de visiteurs dans les destinations déjà les plus fréquentées.

Lisbonne et l’Algarve concentrent déjà une part importante de l’activité touristique et il devient difficile d’y envisager une croissance significative des volumes sans accentuer les pressions existantes. Le potentiel se trouve davantage dans la diversification géographique et dans le développement de nouvelles offres touristiques.

Cette redistribution a d’ailleurs déjà commencé. Les données de la Banque du Portugal montrent que la part de l’Algarve dans les nuitées touristiques nationales est passée de 36,9 % en 2014 à 28,4 % en 2024, tandis que d’autres territoires, notamment le nord du pays, ont gagné du terrain.

Nature, patrimoine, tourisme de santé et de bien-être ou découverte de territoires encore moins fréquentés constituent ainsi autant de pistes permettant de répartir davantage l’activité sur l’ensemble du pays.

Le Portugal veut désormais tirer davantage de valeur de chaque visiteur

Ce changement implique également de ne plus mesurer la réussite du tourisme uniquement au nombre de personnes franchissant les frontières. Pour Álvaro Santos Pereira, « ce n’est pas la quantité qui importera à l’avenir, mais l’augmentation de la valeur ajoutée ».

L’objectif est donc de développer des produits et services plus différenciés, d’améliorer leur qualité et d’inciter les visiteurs à découvrir davantage de territoires ou à séjourner plus longtemps. La réduction de la forte saisonnalité de certaines destinations fait également partie de cette stratégie.

Cette orientation suppose cependant des gains de productivité. Le tourisme reste un secteur fortement dépendant de la main-d’œuvre et confronté à des difficultés de recrutement et de fidélisation des salariés.

Les chiffres présentés lors du sommet illustrent une partie du problème : le salaire moyen dans le tourisme atteint 1145 euros par mois, contre 1686 euros pour l’ensemble de l’économie portugaise. Même si les rémunérations du secteur progressent, l’écart reste important

Le logement devient aussi un problème pour le tourisme

À cette question salariale s’ajoute celle du logement. Dans plusieurs régions très touristiques, l’augmentation du coût de l’habitat complique l’installation des travailleurs dont hôtels, restaurants et autres entreprises du secteur ont besoin.

Le gouverneur de la Banque du Portugal estime ainsi qu’une politique touristique ne peut plus être pensée indépendamment d’une politique permettant d’augmenter l’offre de logements, notamment publics et sociaux. Le problème concerne aussi bien les travailleurs portugais que les salariés immigrés.

À ces contraintes s’ajoutent les infrastructures de transport, les risques géopolitiques, le changement climatique ou encore l’intelligence artificielle. Sur ce dernier point, Álvaro Santos Pereira voit surtout une opportunité, à condition que les entreprises portugaises s’adaptent à une technologie qui modifie déjà la manière dont les voyageurs recherchent et choisissent leurs destinations.

Le message adressé au secteur est finalement assez clair : le tourisme portugais peut continuer à grandir, mais sa prochaine phase de développement ne pourra pas simplement reproduire celle des quinze dernières années. Après avoir considérablement augmenté le nombre de visiteurs, le Portugal doit désormais mieux les répartir sur son territoire et parvenir à créer davantage de valeur sans accroître indéfiniment la pression sur Lisbonne et l’Algarve.

Lire aussi : Pourquoi Lisbonne devient une destination à éviter ?

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