Le Portugal mise sur le TGV pour modernier son réseau ferroviaire

tgv portugal

Le Portugal entend franchir une nouvelle étape dans la modernisation de son système ferroviaire. L’entreprise publique CP – Comboios de Portugal a placé le développement du train à grande vitesse au cœur de sa stratégie pour la période 2026-2032. Cette orientation intervient après une année 2025 marquée par un record historique de fréquentation, avec 208 millions de passagers transportés, confirmant le retour en force du rail dans les mobilités quotidiennes et longue distance.

Dans son nouveau plan stratégique, la compagnie nationale affirme vouloir jouer un rôle central dans l’exploitation de ce futur réseau. L’objectif n’est pas seulement de créer une nouvelle offre ferroviaire rapide, mais de l’articuler avec les services existant : Alfa Pendular, Intercidades et lignes régionales, afin de construire un système cohérent capable de renforcer l’ensemble du transport ferroviaire portugais.

Le train à grande vitesse au centre de la stratégie de CP

Le projet de grande vitesse est présenté par la compagnie comme un levier majeur pour améliorer la connectivité nationale et rapprocher les principales villes du pays. Dans la vision défendue par CP, les nouvelles liaisons rapides devront fonctionner en complément des services existants et non en concurrence avec eux.

L’entreprise estime que cette intégration permettra de créer des économies d’échelle et une meilleure continuité des services. Les trains rapides assureraient les grandes liaisons interurbaines, tandis que les réseaux régionaux et interurbains continueraient d’irriguer les territoires, offrant des correspondances plus efficaces et une mobilité plus fluide à l’échelle du pays.

Cette approche vise également à renforcer l’attractivité du rail face à la voiture et à l’avion sur certaines distances, dans un contexte où les politiques européennes encouragent des modes de transport plus durables et moins émetteurs de carbone.

Une mise en garde face à l’ouverture à la concurrence

Si la compagnie soutient le développement du réseau ferroviaire, elle adresse néanmoins un avertissement au gouvernement concernant l’ouverture à la concurrence. Dans son plan stratégique, CP estime que la mise en concurrence de certains services, notamment urbains, pourrait fragiliser la cohérence du système ferroviaire national.

Selon l’entreprise publique, un modèle fragmenté entre plusieurs opérateurs risquerait de compliquer les correspondances entre services et d’affaiblir la capacité du réseau à fonctionner comme un ensemble intégré. CP défend ainsi le maintien d’un modèle centralisé autour d’un opérateur principal, qu’elle considère plus adapté pour garantir un service homogène sur l’ensemble du territoire.

Cette position intervient alors que plusieurs pays européens ont engagé une libéralisation progressive du secteur ferroviaire, avec des résultats parfois contrastés selon les marchés et les infrastructures.

Un investissement massif dans de nouveaux trains

La modernisation du matériel roulant constitue l’un des piliers du plan stratégique présenté par CP. L’entreprise souligne que l’investissement de 746 millions d’euros pour l’acquisition de 117 nouveaux trains représente une étape majeure dans le renouvellement de sa flotte.

Cet effort doit permettre d’améliorer la fiabilité du service, d’augmenter la capacité du réseau et d’accompagner la croissance de la demande ferroviaire. Toutefois, la compagnie précise que les effets complets de cet investissement ne seront visibles qu’à l’horizon 2033, une fois l’ensemble des trains livrés et intégrés dans l’exploitation quotidienne.

Pour mener à bien cette transformation, CP estime également nécessaire d’obtenir davantage de flexibilité financière, notamment en sortant du périmètre budgétaire strict de l’État afin de pouvoir contracter les emprunts nécessaires à l’achat de nouveaux équipements.

Des défis internes pour préparer l’avenir

Au-delà des infrastructures et du matériel roulant, la compagnie identifie plusieurs défis internes susceptibles de freiner sa transformation. L’un des plus préoccupants concerne le vieillissement de la main-d’œuvre. Aujourd’hui, plus de 75 % des salariés de l’entreprise ont plus de 40 ans, et seulement 24 % ont moins de 40 ans.

La question de la diversité est également soulevée. Les femmes représentent actuellement à peine 12,5 % des effectifs, un niveau nettement inférieur à celui observé dans d’autres compagnies ferroviaires européennes comparables.

Dans son plan stratégique, CP insiste donc sur la nécessité d’un renouvellement générationnel et d’une politique de recrutement plus diversifiée afin d’assurer la pérennité de ses activités et d’accompagner la modernisation du réseau.

Une transformation dépendante des infrastructures

La réussite de la stratégie ferroviaire portugaise dépendra en grande partie de la réalisation des projets d’infrastructures. CP souligne que le développement du train à grande vitesse reste étroitement lié au calendrier des travaux menés par Infraestruturas de Portugal, l’entreprise publique chargée de la gestion du réseau.

Sans la modernisation des lignes et la construction des nouvelles infrastructures nécessaires, les ambitions affichées par la compagnie pourraient rester à l’état de projet. Le respect des délais constitue donc un facteur décisif pour permettre au Portugal d’entrer pleinement dans l’ère du transport ferroviaire à grande vitesse.

Pour les autorités comme pour l’opérateur national, l’enjeu dépasse la seule question des transports : il s’agit aussi de renforcer l’intégration territoriale, d’améliorer la mobilité durable et d’inscrire le pays dans les grandes dynamiques ferroviaires européennes.

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