Le projet GalpH2Park, récemment achevé à Sines, marque un tournant dans la trajectoire énergétique portugaise. Avec une capacité de 100 MW, cette unité d’électrolyse est désormais la plus grande installation de production d’hydrogène vert en Europe. Loin des annonces théoriques et des maquettes prospectives, le Portugal passe à l’exécution, en inscrivant cet actif industriel au cœur d’une stratégie de décarbonation à grande échelle.
Installée au sein de la raffinerie de Sines, encore à 100 % sous pavillon portugais mais en voie d’intégration dans une future coentreprise ibérique entre Galp et Moeve (ex-Cepsa), l’infrastructure produira jusqu’à 15 000 tonnes d’hydrogène renouvelable par an. L’objectif immédiat est clair : remplacer 20 % du volume d’hydrogène gris actuellement utilisé dans les processus de raffinage. À la clé, une réduction annuelle estimée de 110 000 tonnes de CO₂. Il est à présent prévu que la production commence au deuxième semestre 2026.
Un projet structurant pour la filière hydrogène européenne

Lancé avec le soutien du Plan de relance européen (PRR) et labellisé projet d’intérêt national (PIN), GalpH2Park concentre un investissement global de 650 millions d’euros, dont 250 millions dédiés à l’unité d’électrolyse. Il intègre également la construction d’une usine de biocarburants avancés (HVO) et de carburants durables pour l’aviation (SAF), dans une logique d’hybridation des solutions bas carbone.
Le projet repose sur dix électrolyseurs GenEco de 10 MW chacun, conçus par l’américain Plug Power et produits aux Émirats arabes unis. Leur acheminement par voie maritime et leur montage sur le site de Sines (42 tonnes par module) ont nécessité une logistique lourde et maîtrisée. L’alimentation électrique sera fournie en partie par un nouveau parc éolien en cours de développement à proximité : le projet des Cachenas, doté de 19 éoliennes pour une capacité installée de 129 MW et une production annuelle estimée à 308 GWh.
Sines : un nœud stratégique de la nouvelle cartographie énergétique ibérique
Au-delà des performances techniques, GalpH2Park positionne Sines comme un hub énergétique clé de la transition européenne. Située sur le littoral atlantique, dotée d’infrastructures portuaires, industrielles et logistiques étendues, la ville rassemble plusieurs conditions rarement réunies : disponibilité foncière, connexion au réseau international, production renouvelable locale et accueil d’initiatives à haute intensité énergétique comme le mégadata center de Start Campus.
C’est d’ailleurs avec cette dernière que Galp a établi un accord de co-licensing pour les lignes de très haute tension, évitant le doublon d’infrastructures entre la raffinerie et la sous-station électrique de Sines. Cette synergie logistique, pensée dès la phase de conception, illustre la maturité industrielle du projet et son ancrage territorial.
Décarbonation, relocalisation, compétitivité : un triptyque possible

Avec GalpH2Park, le Portugal ne se contente plus d’un potentiel renouvelable élevé : il démontre sa capacité à transformer ce potentiel en actifs industriels concrets. L’enjeu n’est pas uniquement énergétique, mais également géoéconomique. L’Europe cherche à réduire sa dépendance aux importations d’énergie fossile et de matières premières critiques. L’hydrogène, en tant que vecteur énergétique propre, s’inscrit dans cette ambition de souveraineté.
Le projet vise également des usages ciblés : aviation, transport maritime, logistique lourde, des secteurs difficiles à électrifier et pour lesquels l’hydrogène renouvelable constitue une alternative crédible. En cela, il répond aux trois impératifs de la transition : décarboner, maintenir la compétitivité industrielle et relocaliser certaines chaînes de valeur.
Cap 2030 : extension, montée en puissance et emploi local
Galp ne s’arrête pas là. Le groupe prévoit une extension significative de la capacité d’électrolyse d’ici 2030. Des études d’ingénierie sont déjà en cours pour une deuxième phase du projet. La première unité, dont l’installation des dix électrolyseurs de 10 MW est désormais achevée, entrera en production dans la seconde moitié de 2026, marquant ainsi un tournant concret pour l’industrie européenne de l’hydrogène vert.
La dynamique est accompagnée par la création attendue de 52 emplois directs et de plus de 200 emplois indirects liés à la maintenance, à la construction et à l’exploitation de l’infrastructure.
Ce changement d’échelle rejaillit également sur le marché immobilier logistique et industriel local, avec une revalorisation de la Zone industrielle et logistique de Sines (ZILS). La localisation stratégique de la ville, entre Europe, Afrique et Amérique latine, renforce son attractivité pour les capitaux étrangers et les alliances technologiques.
Un signal fort envoyé à l’Europe et aux investisseurs
Au-delà de son rôle de vitrine technologique, GalpH2Park constitue un signal politique et industriel fort. Le Portugal prouve qu’il peut occuper une place de premier plan dans la transition énergétique européenne, non plus en tant que territoire pilote, mais comme plateforme d’exécution crédible. Dans un contexte d’accélération réglementaire et de tension sur les chaînes d’approvisionnement, cette capacité d’anticipation pourrait faire la différence.
Le défi reste immense : généraliser la production d’hydrogène vert, sécuriser l’approvisionnement en électricité renouvelable et créer des écosystèmes territoriaux viables. Mais à Sines, l’hydrogène n’est plus une promesse. C’est désormais une réalité industrielle, logistique et stratégique.
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