Portugal : la contestation enfle contre la centrale solaire Sophia

centrale solaire sophia

Alors que le Portugal est souvent salué pour son ambition climatique et sa transition énergétique accélérée, un projet d’ampleur nationale soulève une opposition de plus en plus forte. Située entre Idanha-a-Nova, Penamacor et Fundão, dans le district de Castelo Branco, la centrale photovoltaïque Sophia devait symboliser l’engagement vert du pays. Mais elle cristallise aujourd’hui un malaise croissant. Élus locaux, associations environnementales, communautés rurales et entités scientifiques dénoncent les conséquences environnementales, sociales et territoriales d’un projet jugé démesuré et mal situé. Le débat est devenu emblématique d’un dilemme européen plus large : comment concilier transition énergétique et protection de la biodiversité ?

Un projet jugé démesuré par les élus de la région

La contestation contre la centrale Sophia a pris une tournure politique majeure. La Communauté intermunicipale de la Beira Baixa, représentant huit municipalités de la région, a publié un avis défavorable 1 dans le cadre de la consultation publique. Son argumentaire est clair : si la transition énergétique est une nécessité, elle ne peut se faire au prix de l’équilibre territorial et de la qualité de vie des habitants. Déjà, les trois municipalités directement concernées par le projet : Idanha-a-Nova, Penamacor et Fundão, avaient exprimé leur opposition.

L’échelle du projet inquiète particulièrement. La centrale devrait s’étendre sur plus de 520 hectares, avec l’installation de plus de 425.000 panneaux solaires, en plein cœur de territoires classés pour leur valeur écologique, paysagère et agricole. Sont concernées : la Réserve agricole nationale, la Réserve écologique nationale et une partie du Geopark Naturtejo, reconnu par l’UNESCO. Les élus dénoncent une artificialisation massive des sols et des impacts irréversibles sur les paysages, la biodiversité et les activités rurales existantes.

  • Localisation : Fundão, Penamacor, Idanha-a-Nova (Castelo Branco, Portugal)
  • Superficie : plus de 520 hectares, incluant des zones protégées (Réserve Agricole, Réserve Écologique, Geopark Naturtejo – UNESCO)
  • Capacité installée : ≈ 867 MWc
  • Production estimée : ≈ 1271 GWh/an (soit l’équivalent de la consommation de 370.000 foyers)
  • Investissement annoncé : 590 millions d’euros
  • Promoteur : Lightsource bp (filiale solaire de BP)
  • Investissement : Plus de 600 millions d’euros
  • Mesures environnementales annoncées :
    • conversion de 135 hectares d’eucalyptus en forêts de chênes
    • étude de biodiversité avec BIOPOLIS-CIBIO
    • reboisement avec 27 000 arbres (azinheiras et sobreiros)

Une levée de boucliers environnementale

Les critiques ne se limitent pas aux sphères politiques locales. Plusieurs organisations de défense de la nature comme FAPAS, Zero, Quercus, Rewilding Portugal, ainsi que la plateforme citoyenne Juntos pelo Divor ont rendu public leur opposition au projet Sophia. Si toutes reconnaissent l’urgence de sortir des énergies fossiles, elles dénoncent une stratégie de décarbonation déséquilibrée, mal planifiée et aux effets destructeurs.

Le rapport d’impact environnemental (EIA), censé encadrer le projet, est vivement critiqué. La FAPAS souligne notamment l’abattage programmé de plus de 1500 arbres protégés, dont des chênes verts et des chênes-lièges, piliers des montados de la région. Rewilding Portugal ajoute que la zone visée abrite 231 espèces de vertébrés, dont plusieurs en danger, comme la cigogne noire, l’aigle impérial ibérique ou le vautour moine. L’impact sur les corridors écologiques, les vallées fluviales et les milieux agricoles interconnectés est jugé alarmant.

Des mesures compensatoires jugées insuffisantes

Le consortium à l’origine de Sophia a proposé des compensations écologiques, notamment la conversion de 135 hectares d’eucalyptus en forêts de chênes. Mais selon les associations, ces mesures n’offrent aucun gain net de biodiversité et ne compenseraient pas la perte d’habitats locaux. En l’absence de cadre national clair, la fameuse « carte verte » censé délimiter les zones prioritaires pour les énergies renouvelables 2 n’est toujours pas publié, des projets industriels continuent d’être déposés au cas par cas, avec des impacts dispersés et souvent sous-évalués.

Le cas Sophia devient ainsi un symbole d’un vide de planification stratégique. La plateforme Juntos pelo Divor 3 rappelle qu’il existe de nombreuses alternatives : toitures industrielles, zones dégradées, aires déjà artificialisées. Des projets d’énergie renouvelable peuvent et doivent être réalisés ailleurs, insistent les militants, sans mettre en péril des écosystèmes entiers ou la cohérence territoriale.

Vers une fracture sociale autour de la transition énergétique ?

Ce que révèle l’affaire Sophia, c’est aussi le risque d’un rejet populaire de la transition énergétique lorsqu’elle est perçue comme imposée, opaque et déséquilibrée. La députée du Bloco de Esquerda, Catarina Martins, a publiquement critiqué le projet, estimant qu’il « ruine les terres agricoles » et contrevient aux objectifs européens de préservation. Elle a interpellé la Commission européenne sur la conformité du projet avec la directive Habitats, la directive Oiseaux et les principes du Pacte vert européen.

À l’heure où l’adhésion sociale à la transition écologique est cruciale, imposer des mégaprojets controversés pourrait s’avérer contre-productif. Comme le souligne l’association Zero, l’avenir énergétique du Portugal ne réside pas uniquement dans les centrales géantes, mais aussi dans la sobriété, la production distribuée et les communautés locales d’énergie. Faute d’un cadre clair, équitable et écologiquement responsable, la contestation ne fera que grandir.

Le projet Sophia pourrait bien devenir un précédent, non pas celui de la réussite énergétique portugaise, mais celui d’un modèle à réinventer en urgence.

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