Égalité de genre : le Portugal entre dans le top 10 européen

egalite de genre portugal

Longtemps à la traîne sur les enjeux d’égalité hommes-femmes, le Portugal franchit une étape symbolique en 2025 en accédant pour la première fois au top 10 du classement européen de l’égalité de genre. Selon les données publiées début décembre par l’Institut européen pour l’égalité de genre (EIGE), le pays obtient un score global de 63,4 points sur 100, en hausse notable par rapport à 2024. Il se hisse ainsi à la 10e place, au même niveau que la moyenne européenne, juste derrière le Luxembourg et devant l’Allemagne. Une performance inédite, qui reflète des progrès notables mais aussi des zones de fragilité persistantes.

Un classement en progrès, mais encore loin du podium

Le Portugal grimpe de cinq positions dans l’indice EIGE 1, qui évalue chaque année les politiques d’égalité de genre dans les 27 États membres de l’Union européenne. En tête du classement, sans surprise : la Suède (73,7), la France (73,4) et le Danemark (71,8), trois pays traditionnellement performants sur ces questions. Le Portugal, lui, se stabilise au niveau de la moyenne européenne (également à 63,4 points), mais le fait de manière dynamique, en rejoignant le groupe des pays dits « en convergence ascendante », aux côtés de la Finlande, du Luxembourg, de l’Allemagne ou encore de la Suède.

L’indice, élaboré depuis 2010, repose sur 6 grands domaines d’analyse : le travail, les revenus, les connaissances, le temps, le pouvoir et la santé. À cela s’ajoutent des dimensions transversales, comme les violences de genre et les inégalités intersectorielles. Ce sont précisément ces derniers volets qui permettent de nuancer les bons résultats globaux du Portugal, en particulier dans les domaines du pouvoir et de la santé.

Car si le pays progresse sur la plupart des indicateurs, il reste fortement déséquilibré. D’un côté, des résultats solides dans le domaine de la santé (80,6/100) et des revenus (79,9/100) ; de l’autre, une faiblesse structurelle dans l’accès aux postes de décision, avec un score de seulement 36,8 points dans la catégorie « pouvoir ».

Des politiques de quotas qui peinent à compenser les déséquilibres

Pour tenter de combler l’écart, le Portugal a instauré des quotas de genre dans les conseils d’administration des entreprises cotées, rejoignant ainsi un groupe restreint de 9 États membres ayant légiféré dans ce sens. Ces quotas prévoient une participation féminine de 33 %, soit un seuil inférieur à celui adopté par la France, l’Italie ou l’Espagne (40 %). L’impact reste mesuré, tant les déséquilibres restent profonds dans les sphères décisionnelles, notamment en politique.

Le rapport souligne un recul de la représentation féminine au parlement portugais, avec une baisse de 5 points de pourcentage depuis 2020. Un signal d’alerte, d’autant plus significatif qu’il intervient dans un contexte où d’autres pays de l’UE (dont la Bulgarie ou Chypre) connaissent des tendances similaires. Ces revers interrogent l’efficacité des mécanismes d’égalité formelle lorsqu’ils ne s’accompagnent pas de dynamiques de fond dans les partis politiques et les processus électoraux.

En revanche, le Portugal enregistre une amélioration sur le plan local et régional : la proportion de femmes dans les assemblées territoriales a augmenté de 4 points, contribuant ainsi à une légère progression globale de la moyenne européenne sur ce segment. Cet élan, partagé notamment avec l’Italie, la Belgique et le Luxembourg, témoigne d’une vitalité plus forte à l’échelon décentralisé.

Des avancées réelles, mais des inégalités persistantes dans la santé

Le domaine de la santé constitue le principal levier de performance du Portugal dans le classement 2025, avec un score remarquable de 80,6/100. Il s’agit d’une reconnaissance de la qualité globale de l’accès aux soins, de la prévention et des politiques publiques mises en œuvre en matière de santé sexuelle et reproductive. Cependant, un indicateur spécifique vient nuancer ce tableau positif : l’écart important entre hommes et femmes dans les années de vie en bonne santé.

Le Portugal, avec Malte, figure parmi les pays de l’UE où cette disparité est la plus marquée, avec un écart de 13 points de pourcentage en faveur des hommes. Cet indicateur, mesuré en proportion de l’espérance de vie totale, révèle une inégalité moins visible mais structurellement préoccupante : les femmes portugaises vivent certes plus longtemps, mais avec davantage de maladies ou d’incapacités. Ce constat soulève des enjeux liés à la prévention, à la charge mentale, au travail domestique non rémunéré ou encore à l’accès au dépistage.

Cette asymétrie sanitaire reste peu traitée dans les politiques publiques, souvent focalisées sur les indicateurs macro de santé ou d’espérance de vie. Pourtant, elle illustre combien les progrès apparents peuvent masquer des fragilités durables, souvent liées aux rôles de genre traditionnels et aux inégalités socio-économiques cumulées.

Un progrès reconnu, mais encore fragile

La montée du Portugal dans le classement de l’EIGE en 2025 ne doit pas masquer la réalité d’une égalité encore partielle et inégalement répartie. Si les avancées sont notables, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation ou de la représentation locale, elles coexistent avec des reculs préoccupants, comme la baisse de la présence des femmes au parlement ou les inégalités persistantes dans les postes de pouvoir économique.

Le pays semble engagé dans une dynamique d’amélioration progressive, mais cette dynamique reste fragile et dépendante des choix politiques à venir. À l’approche d’un nouveau cycle électoral et dans un contexte européen de crispation identitaire croissante, le défi sera de maintenir, et surtout de renforcer, ces acquis, en dépassant les approches formelles de l’égalité pour s’attaquer aux inégalités structurelles.

Au niveau européen, le Portugal reste un élève en progrès, mais encore éloigné du modèle nordique. Son entrée dans le top 10 est une avancée symbolique, mais elle souligne aussi la lenteur avec laquelle l’égalité de genre progresse, y compris dans les États membres les plus volontaristes. Un rappel que l’égalité réelle reste un combat de longue haleine.

Lire aussi : Le Portugal recule dans le classement des droits LGBTIQ+

Résumer l'article avec l'IA 👉 ChatGPT Perplexity Grok Google AI

Article écrit par
Retour en haut