Regressar, le programme pour rapatrier la diaspora au Portugal

retour au portugal

Depuis 2019, le Programa Regressar s’impose comme l’un des leviers majeurs de la politique migratoire portugaise, mais dans le sens inverse des flux habituels. Conçu pour inciter les émigrés à revenir au Portugal, ce dispositif a déjà permis à plus de 36.000 Portugais de franchir le pas, selon les données officielles du premier semestre 2025. Le programme, qui doit se terminer en décembre 2026, combine des incitations fiscales, un soutien financier et un accompagnement entrepreneurial, dans le but de revitaliser l’économie nationale, en particulier dans les régions de l’intérieur, moins peuplées.

Un programme national pour renouer avec la diaspora

Le gouvernement a lancé ce programme en juillet 2019 avec une ambition claire : aider tous ceux et celles qui ont dû quitter le pays pour des raisons économiques ou professionnelles, ainsi que leurs descendants et proches, à revenir et à s’établir dans de bonnes conditions. Cette initiative coordonne plusieurs ministères et s’appuie sur des structures dédiées, comme le Ponto de Contacto para o Regresso do Emigrante, afin de faciliter les démarches et lever les obstacles administratifs. La communication auprès de la diaspora est au cœur du dispositif, via les représentations diplomatiques, les associations et les réseaux professionnels à l’étranger.

Le succès du programme s’explique en partie par cette diffusion accrue de l’information. José Albano, coordinateur du Programa Regressar 1, souligne que les rencontres organisées « du nord au sud du pays et à l’étranger » ont permis de mieux convaincre les candidats potentiels des avantages concrets de ce retour.

Des incitations financières et fiscales attractives

Le volet fiscal est l’un des atouts majeurs : une réduction de 50 % de l’IRS (impôt sur le revenu des personnes physiques) pendant cinq ans, incluant l’année du retour, s’applique aux revenus issus d’un emploi, d’une activité commerciale ou professionnelle. À cela s’ajoutent des aides directes pour la création de postes de travail, le transport des biens et marchandises, ainsi que la prise en charge partielle des coûts liés à la reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger.

Le programme permet également d’étendre l’aide aux membres de la famille jusqu’au troisième degré, à condition qu’ils rentrent dans les mêmes conditions. Cette flexibilité renforce l’effet d’attraction sur les foyers qui envisagent un retour collectif.

Un profil de retour jeune et qualifié

Plus de 73 % des bénéficiaires du programme ont entre 25 et 44 ans, dont 34 % de jeunes hautement qualifiés (licence, master ou doctorat). Ce retour massif de compétences répond directement aux besoins du marché du travail portugais, notamment dans les secteurs où la main-d’œuvre qualifiée fait défaut. Les autorités y voient une opportunité stratégique pour stimuler l’innovation, renforcer la compétitivité et réduire la dépendance aux travailleurs étrangers dans certains domaines clés.

Plus de 73 % des bénéficiaires du programme ont entre 25 et 44 ans

Une diaspora encore très nombreuse

Malgré ce flux de retours, l’émigration reste un phénomène structurel : près de 2,3 millions de Portugais vivent encore hors du pays, soit environ 23 % de la population totale. La majorité réside en Europe (France, Suisse, Allemagne, Luxembourg, Royaume-Uni), suivie par les Amériques (Brésil, Canada, États-Unis) et, dans une moindre mesure, l’Afrique, l’Asie et l’Océanie. Rien qu’en 2023, environ 70.000 à 75.000 Portugais ont quitté le pays.

Près de 2,3 millions de Portugais vivent encore hors du pays, soit environ 23 % de la population totale

Les candidatures au Programa Regressar proviennent actuellement de 116 pays, la Suisse en tête, suivie de la France et du Royaume-Uni. La moyenne atteint 405 nouveaux dossiers par mois en 2025.

Entre politique migratoire et rééquilibrage territorial

Si le Programa Regressar s’inscrit dans la logique de reconquête des talents perdus, il répond aussi à un impératif d’aménagement du territoire. En orientant prioritairement les aides vers les zones à faible densité, il cherche à contrer la désertification de certaines régions et à dynamiser leur tissu économique. Cependant, cette ambition se heurte à la réalité des infrastructures, de l’accès aux services publics et des opportunités économiques locales, qui peuvent freiner l’installation durable.

Le programme prendra fin en décembre 2026, mais les résultats obtenus pourraient inciter à sa prolongation ou à sa transformation. Pour le gouvernement, c’est une course contre la montre : convaincre le plus grand nombre de membres de la diaspora que le Portugal offre aujourd’hui les conditions propices pour y vivre, travailler et investir.

Une dynamique à suivre

À un an et demi de sa clôture, le Programa Regressar illustre un phénomène plus large observé dans d’autres pays : celui de la « migration de retour » comme outil de développement national. Reste à savoir si cette dynamique perdurera une fois les incitations supprimées, ou si elle dépendra encore longtemps d’un soutien public massif.

Pour les candidats au retour, le message est clair : les conditions actuelles sont exceptionnellement favorables, et le moment pourrait être décisif pour franchir le pas.

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