Lisbonne attire chaque année des millions de visiteurs séduits par ses quartiers pittoresques, son patrimoine exceptionnel et son ambiance unique. Mais ce succès touristique a un revers. Saturation des rues, pression sur les logements, protestations d’habitants… La capitale portugaise cherche désormais des solutions pour réduire l’impact du tourisme de masse sans pour autant renoncer à son attractivité. Une réponse technologique, audacieuse et inédite commence à émerger : l’usage de la réalité augmentée dans les monuments et musées.
Cette innovation, encore à l’état de projet, pourrait bien bouleverser notre manière de visiter une ville, en offrant une alternative numérique aux déplacements physiques. À l’heure où Lisbonne figure sur la liste des destinations à éviter en 2025 selon Fodor’s Travel, les autorités locales tentent de conjuguer attractivité touristique et qualité de vie pour les résidents.
Une ville au bord de la saturation touristique
Le succès touristique de Lisbonne n’est plus à démontrer. Mais la fréquentation croissante a un prix. Dans les quartiers historiques comme Alfama, Mouraria ou Graça, les habitants dénoncent l’encombrement permanent des rues, la hausse des loyers et la transformation de leur environnement en décor de carte postale. Une tension croissante se fait sentir, alimentée par la multiplication des locations de courte durée et la disparition progressive des commerces de proximité.

Le classement du portail Fodor’s Travel, qui place Lisbonne parmi les « destinations à éviter en 2025 », illustre cette saturation. Si la ville continue d’attirer pour sa beauté et sa richesse culturelle, elle suscite désormais la méfiance des voyageurs soucieux de ne pas contribuer à la surcharge touristique. Ce signal d’alarme pousse les décideurs à imaginer de nouveaux modèles de tourisme plus soutenables.
Parmi les pistes étudiées, une se distingue par son originalité : utiliser la réalité augmentée (RA) pour offrir aux visiteurs une expérience immersive, sans contact direct avec les lieux sensibles ou déjà saturés.
Ce projet, porté par des acteurs publics et privés, fait son chemin. Plusieurs entreprises technologiques ont été sollicitées pour développer des solutions concrètes, avec l’objectif de lancer un appel d’offres public dès 2025. Il ne s’agit pas d’interdire l’accès aux monuments, mais de proposer une alternative complémentaire, respectueuse du tissu urbain et social.
Réinventer l’expérience touristique grâce au numérique
La réalité augmentée consiste à superposer des éléments virtuels à notre environnement réel à travers un écran ou des lunettes spécialisées. Dans le cas de Lisbonne, cela permettrait à un visiteur de découvrir le château de São Jorge, le Padrão dos Descobrimentos ou même le Mosteiro dos Jerónimos… sans jamais quitter son salon, ou depuis un lieu de passage plus adapté.

Des visites immersives accessibles à tous
Concrètement, l’utilisateur pourrait télécharger une application mobile et visualiser, à l’aide de son smartphone, tablette ou casque, une modélisation interactive du site choisi. Il serait libre de se promener virtuellement dans les salles, de consulter des informations contextuelles enrichies, d’écouter des commentaires historiques ou encore de zoomer sur des détails invisibles en visite réelle.
Ce dispositif offre plusieurs avantages. Il désengorge les sites les plus fréquentés, tout en démocratisant l’accès au patrimoine pour des publics empêchés de se déplacer, que ce soit pour des raisons économiques, physiques ou géographiques. C’est aussi une occasion d’élargir l’intérêt touristique vers des zones moins connues, en enrichissant leur visibilité grâce au numérique.
Réduire la pression sur les quartiers historiques
L’objectif n’est pas de remplacer la visite réelle mais de répartir plus équitablement les flux touristiques. En évitant que tous les visiteurs se concentrent sur les mêmes lieux emblématiques, la ville espère réduire l’usure des infrastructures, les nuisances sonores et la gêne pour les habitants. À terme, cela pourrait aussi inciter à repenser les parcours touristiques vers des zones périphériques ou moins connues, riches elles aussi d’un patrimoine souvent sous-estimé.
Les premiers sites concernés par cette innovation sont le Castelo de São Jorge et le Padrão dos Descobrimentos. Ces lieux symboliques, emblématiques de la capitale, seront les premiers à proposer des visites en réalité augmentée, accessibles via les stores d’applications. L’expérience sera pensée pour rester intuitive, immersive et fidèle à la réalité historique et esthétique des lieux.
Si le test est concluant, d’autres monuments suivront, comme la Torre de Belém ou le Mosteiro dos Jerónimos, renforçant ainsi le maillage numérique du patrimoine lisboète.
Une solution bien accueillie, mais encore débattue

Ce projet suscite déjà des réactions contrastées. Côté habitants, la proposition semble recueillir un large soutien, notamment chez ceux qui subissent au quotidien les effets négatifs de l’hyper-tourisme. Beaucoup y voient une opportunité pour retrouver un peu de tranquillité, sans pour autant renoncer à l’économie touristique.
D’autres voix s’élèvent en revanche pour alerter sur l’impact potentiel sur les commerces de proximité, qui dépendent de la présence physique des visiteurs. Moins de flux humains, c’est aussi moins d’achats, moins de restauration sur place, moins de vie dans les rues. Un équilibre devra donc être trouvé entre préservation de la qualité de vie et maintien d’un tissu économique local dynamique.
La réussite de cette stratégie dépendra de plusieurs facteurs : l’accessibilité de la technologie, la qualité des contenus immersifs, mais aussi la capacité à proposer un tourisme réellement enrichi et non appauvri par la dématérialisation.
Tourisme numérique : promesse ou mirage ?
Lisbonne explore ici une piste audacieuse, à la croisée des enjeux technologiques, environnementaux et sociaux. En redéfinissant les modalités de la visite touristique, la capitale portugaise pourrait bien tracer la voie d’un nouveau modèle de tourisme européen adapté aux contraintes du XXIe siècle. Mais la prudence reste de mise. Car si la réalité augmentée permet de soulager les lieux, elle ne saurait remplacer l’émotion d’un lieu vécu. Tout est donc une question de dosage.
Pour les institutions, il s’agit d’ajouter de la valeur sans dénaturer l’expérience. Et pour les visiteurs, de redécouvrir Lisbonne autrement, en conjuguant présence physique et immersion virtuelle. Un défi d’équilibre, dans une ville qui cherche à concilier hospitalité et durabilité.