Las Vegas ? Non, Lisbonne. Et pourtant, quiconque a franchi les portes du Feira Internacional de Lisboa (FIL) entre le 16 et le 18 septembre 2025 aurait pu s’y tromper. Quatre halls géants, 135.000 m² couverts de tapis verts, de casinos éphémères et de lumière clignotante. Le SBC Summit a transformé la capitale portugaise en capitale mondiale du gaming, accueillant quelque 30 000 participants venus de 150 pays. Un record pour cette industrie et pour Lisbonne, qui confirme sa place dans le circuit global des grandes foires technologiques, juste derrière le Web Summit.
Édition d’envergure, édition de confirmation : pour sa deuxième année à Lisbonne, le SBC Summit n’a pas seulement grossi, +20 % de visiteurs par rapport à 2024, il s’est également affirmé comme un lieu central de réflexion et de spectacle pour un secteur pesant désormais 190 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Avec des têtes d’affiche issues du sport, du marketing et des nouvelles technologies, l’événement a autant attiré les dirigeants que les curieux. Il a aussi démontré la puissance économique d’un salon où l’entertainment croise désormais les enjeux géopolitiques, sociaux et technologiques.
Lisbonne version Las Vegas

Derrière les rideaux brillants des pop-up casinos, les visiteurs ont plongé dans un univers bariolé de tables de jeu et de colonnes numériques géantes. Le son cristallin des machines à sous répondait aux appels des animateurs costumés, tandis que les allées accueillaient plus de 700 exposants venus montrer leur savoir-faire dans la conception de jeux, de plateformes ou de technologies d’immersion. La scénographie était étudiée, pensée pour frapper fort, séduire immédiatement. Une stratégie payante, puisque l’événement a battu tous ses précédents records.
Selon Dennis Algreen, directeur marketing du SBC, l’objectif des 30.000 participants a été atteint, voire dépassé. En termes de logistique, ce sont plus de 72.000 nuitées qui ont été enregistrées dans les hôtels lisboètes, une manne économique non négligeable pour une ville de 500.000 habitants. Bars, restaurants, transporteurs et petits commerçants du quartier d’Oriente ont profité de l’afflux. Lisbonne, en accueillant le gaming mondial, confirme sa stratégie de diversification touristique par l’événementiel professionnel.
Mais le SBC Summit ne se limite pas à une exposition. Conférences, keynotes, académies thématiques : le contenu intellectuel prend une place croissante dans ce salon historiquement ancré dans l’univers du pari. L’édition 2025 a particulièrement mis l’accent sur l’intelligence artificielle, la data, la blockchain et les technologies immersives. Une évolution qui traduit un virage stratégique de l’industrie : celle-ci entend désormais apprendre du secteur tech, mais aussi influencer d’autres secteurs, du sport à l’éducation.
Des stars du sport à la scène du gaming

Des célébrités aux contenus premium
Parmi les grands moments de cette édition, les interventions très attendues de Gary Vaynerchuk et Randi Zuckerberg ont marqué les esprits. L’un, entrepreneur prolifique ; l’autre, ancienne responsable de Facebook, aujourd’hui à la tête de Zuckerberg Media. Tous deux sont venus parler d’intelligence artificielle, de stratégie numérique, et de l’avenir des communautés connectées. Leur présence symbolise la volonté du gaming d’élargir son champ d’action et de réfléchir aux grands enjeux numériques globaux.
Mais c’est aussi sur le terrain du sport que l’événement a brillé. Pas moins de vingt légendes du football étaient présentes, dans les halls ou sur la pelouse. L’un des points culminants fut le match de charité organisé au stade Alvalade, la veille de l’ouverture du salon. L’équipe portugaise (Figo, Nani, Quaresma, Pauleta…) a affronté une sélection mondiale de stars du ballon rond. Score final : 4-1 pour les Lusitaniens. L’événement devrait rapporter près d’un million d’euros pour des causes humanitaires liées aux conflits armés et à l’aide aux communautés déplacées.
Une industrie en expansion globale
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Cette année, le sommet a accueilli près de 6000 décideurs de haut niveau (CEO, CFO, COO…), un ratio inédit dans ce type d’événement, selon les organisateurs. La croissance géographique est également spectaculaire : +78 % de participation venue d’Afrique, +68 % d’Asie, +40 % d’Amérique latine. Même les marchés dits matures (Europe, États-Unis, Canada) ont progressé. Le gaming, désormais, est véritablement mondialisé.
Cette internationalisation se traduit aussi dans les échanges : les partenariats entre opérateurs historiques et start-ups technologiques se multiplient, tout comme les débats sur la régulation, les mécanismes d’autorégulation, ou encore l’intégration de la crypto-monnaie dans les environnements ludiques. Lisbonne devient un carrefour de discussions internationales sur l’avenir du jeu en ligne, de l’e-sport et des plateformes hybrides entre social et divertissement.
Pour Andy McCarron, directeur général du SBC, cet ancrage mondial est l’aboutissement d’un travail stratégique. « C’est désormais notre événement global. Nous avons multiplié les opportunités de networking, les académies tech, les échanges croisés entre disciplines centrales et périphériques ». Selon lui, le salon devient un lieu d’anticipation plus que de présentation : il s’agit moins de vendre que de comprendre.
Quand Lisbonne devient une capitale du gaming

Le choix de Lisbonne comme ville-hôte n’est pas anodin. Climat doux, infrastructures modernes, aéroport bien desservi, coût de la vie compétitif : la capitale portugaise offre un terrain favorable aux événements d’envergure internationale. Déjà hôte du Web Summit depuis 2016, elle capitalise désormais sur sa capacité à accueillir des salons de secteurs variés, du numérique à la finance, en passant par le divertissement interactif.
Effets d’image et retombées économiques
Au-delà de l’effet immédiat sur l’hôtellerie et la restauration, le SBC Summit contribue à renforcer l’image de Lisbonne comme ville d’innovation, mais aussi de loisir structuré. La convergence entre sport, business et technologie y trouve un terrain d’expérimentation. Pour les décideurs politiques et économiques portugais, ces événements sont également une vitrine pour attirer investissements étrangers, startups et talents numériques.
Le développement d’événements comme le SBC Summit interroge néanmoins sur les limites de la capacité d’accueil de Lisbonne. Avec une croissance touristique continue et une multiplication des congrès internationaux, la question des transports, du logement, de l’empreinte environnementale se pose. Mais pour l’heure, la ville semble tirer profit d’une formule gagnante : accueillir le futur du divertissement mondial dans un cadre historique et accueillant.
Une édition charnière pour une industrie en mutation
Ce que révèle cette deuxième édition lisboète du SBC Summit, c’est une industrie du gaming en mutation. Plus connectée, plus éthique, plus tournée vers les usages et les communautés. Le salon s’affirme comme un baromètre de ces transformations. Intelligence artificielle, data trading, blockchain, nouvelles formes de jeu, les lignes bougent vite, et Lisbonne se trouve désormais au centre de cette dynamique planétaire.
En multipliant les échanges avec des secteurs voisins, sport, tech, finance, régulation, l’industrie du gaming tente de construire un nouvel écosystème, plus robuste, plus global, moins dépendant des modèles classiques. La présence de figures inspirantes issues d’autres domaines, le succès des panels transversaux, la densité des échanges professionnels : tout indique que le SBC Summit est devenu bien plus qu’un salon. C’est un laboratoire de la société ludique qui vient.







