Que signifient les couleurs et les symboles du drapeau portugais ?

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Il flotte sur les bâtiments publics, accompagne les grandes compétitions sportives et apparaît aux fenêtres dès que la sélection portugaise entre en scène. Pourtant, le drapeau du Portugal est probablement beaucoup moins bien connu qu’il n’est reconnaissable. Derrière ses deux grandes couleurs se superposent plusieurs siècles d’histoire, depuis la naissance du royaume jusqu’aux grandes explorations maritimes, en passant par l’instauration de la République.

Sa composition actuelle date du début du XXe siècle. Le vert occupe les deux cinquièmes du rectangle, côté hampe, tandis que le rouge écarlate en couvre les trois cinquièmes. À la jonction apparaît une sphère armillaire jaune sur laquelle repose le très ancien écu portugais. Cette association entre symboles républicains et emblèmes beaucoup plus anciens n’a rien d’un hasard.

Le drapeau raconte ainsi plusieurs Portugal à la fois. Le rouge et le vert renvoient directement à la rupture républicaine de 1910, la sphère armillaire évoque l’époque de l’expansion maritime et les 5 écus bleus plongent leurs racines dans les premiers siècles de la monarchie. Quant aux 7 châteaux et aux petits disques blancs, leur signification est entourée d’interprétations historiques et de légendes qu’il faut parfois distinguer des faits établis.

Pourquoi le drapeau portugais est-il vert et rouge ?

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Pour comprendre ces couleurs, il faut revenir à la révolution du 5 octobre 1910, qui renverse la monarchie constitutionnelle et instaure la République. Le changement de régime pose rapidement une question hautement symbolique : faut-il conserver le drapeau bleu et blanc de la monarchie ou donner au nouveau Portugal de nouvelles couleurs ? Le gouvernement provisoire choisit la rupture.

Le vert et le rouge ne sont pourtant pas inventés en 1910. Ces couleurs étaient déjà étroitement associées au mouvement républicain portugais et apparaissaient notamment lors de la révolte républicaine du 31 janvier 1891 à Porto. Le 5 octobre 1910, elles sont de nouveau utilisées par les révolutionnaires, notamment autour de la Rotunda à Lisbonne et sur le Castelo de São Jorge. Leur disposition n’était cependant pas encore celle du drapeau actuel.

ancien drapeau avant 1910

Quelques jours après la révolution, le nouveau pouvoir crée une commission chargée de concevoir les symboles de la République. Elle réunit notamment le peintre Columbano Bordalo Pinheiro, l’écrivain Abel Botelho et le journaliste et homme politique João Chagas, ainsi que Ladislau Pereira et Afonso Palla, deux participants au mouvement du 5 octobre. Après un premier projet, une nouvelle proposition est approuvée par le gouvernement provisoire le 29 novembre 1910.

Le choix ne fait pas l’unanimité. Une véritable controverse oppose alors les partisans du nouveau vert et rouge à ceux qui souhaitent conserver le bleu et blanc, parmi lesquels figurent plusieurs intellectuels importants de l’époque. La discussion se poursuit même après l’adoption officielle du nouveau symbole national.

Que représentent réellement le vert et le rouge ?

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Une interprétation aujourd’hui largement diffusée associe le vert à l’espoir et le rouge au courage, à la lutte et au sang versé pour défendre la patrie, sa liberté et son indépendance. Cette lecture est notamment reprise dans des documents institutionnels portugais consacrés aux symboles nationaux. Mais l’origine historique du choix des couleurs est avant tout politique : ce sont les couleurs du mouvement républicain qui accède au pouvoir en 1910.

Il faut donc se méfier de certaines explications devenues populaires avec le temps. L’idée selon laquelle la plus grande surface rouge du drapeau signifierait, par exemple, que le Portugal accorde davantage de place au sang ou à la saudade qu’à l’espoir ne repose pas sur l’histoire officielle de sa conception. La proportion actuelle est précisément définie : 2/5e de vert et 3/5e de rouge.

Cette combinaison tranche radicalement avec le drapeau bleu et blanc utilisé sous la monarchie constitutionnelle. Le changement devait rendre immédiatement visible la naissance d’un nouveau régime. Mais les concepteurs n’ont pas pour autant effacé le passé monarchique et médiéval du pays : au centre du nouvel emblème républicain, ils ont conservé des symboles beaucoup plus anciens.

Pourquoi trouve-t-on une sphère armillaire sur le drapeau du Portugal ?

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C’est probablement l’élément le plus singulier du drapeau portugais. Derrière l’écu apparaît une sphère armillaire, instrument astronomique composé d’anneaux représentant les principaux cercles de la sphère céleste. Elle est indissociable de l’imaginaire portugais des grandes navigations et de l’époque manuéline.

Lors de la conception du nouveau drapeau, la commission la présente comme une évocation directe du génie aventureux portugais. Le Musée de la Présidence souligne qu’elle constitue une référence explicite à la période des Découvertes portugaises. Son adoption permet ainsi à la jeune République de revendiquer une période prestigieuse de l’histoire nationale sans réintroduire la couronne royale.

La sphère armillaire était en effet devenue un emblème particulièrement important sous Manuel Ier, qui règne de 1495 à 1521, au moment où les routes portugaises s’étendent vers l’Afrique, l’Inde et le Brésil. Elle dépasse donc largement la fonction d’un simple instrument scientifique : dans l’iconographie nationale, elle symbolise le Portugal tourné vers le monde et son expansion maritime.

Que signifient les 5 écus bleus, les « quinas » ?

quinas

Au-dessus de la sphère armillaire apparaît l’un des symboles les plus anciens du pays : l’écu portugais. Dans sa partie blanche se trouvent 5 petits écus bleus disposés en croix. En portugais, ils sont généralement désignés sous le nom de quinas et sont devenus, à eux seuls, une manière de représenter le Portugal.

Lors de la création du drapeau républicain, la commission les rattache explicitement à la « fondation de la nationalité ». Leur histoire héraldique remonte effectivement aux premiers siècles du royaume portugais, même si leur forme et leur interprétation ont évolué au cours du temps.

Les cinq rois maures : histoire ou légende ?

Afonso Henriques

C’est ici que l’histoire se mêle à un récit national construit plusieurs siècles plus tard. Selon la célèbre légende d’Ourique, Afonso Henriques aurait vaincu cinq rois maures lors de la bataille d’Ourique en 1139. Les cinq écus représenteraient ces cinq adversaires défaits après une vision miraculeuse du Christ précédant le combat.

Cette interprétation est profondément enracinée dans l’imaginaire portugais, mais elle ne doit pas être présentée comme l’explication historique certaine de la naissance des armes nationales. Le Musée de la Présidence précise que cette légende est formulée au XVe siècle, soit plusieurs siècles après les événements auxquels elle prétend se rapporter. Les cinq rois maures appartiennent donc à la tradition symbolique portugaise davantage qu’à un fait historiquement démontré.

Pourquoi y a-t-il 5 points blancs dans chaque écusson ?

Chaque quina contient cinq petits disques blancs, appelés besants. Là encore, plusieurs interprétations se sont succédé. La tradition chrétienne les associe aujourd’hui fréquemment aux cinq plaies du Christ lors de la Crucifixion.

Leur histoire symbolique est néanmoins plus complexe. Le Museu da Presidência da República rappelle qu’ils furent aussi associés aux 30 pièces d’argent reçues par Judas et que leur nombre n’a pas toujours été fixé à cinq dans les représentations anciennes. Leur lecture actuelle résulte donc d’une longue construction héraldique et religieuse plutôt que d’un dessin dont la signification aurait été arrêtée une fois pour toutes au Moyen Âge.

Et pourquoi exactement 7 châteaux ?

7 chateaux

Autour de la partie blanche de l’écu court une bordure rouge portant 7 châteaux dorés. Une explication très répandue affirme qu’ils correspondent à sept forteresses précises conquises sur les Maures. La réalité historique est, là encore, plus nuancée.

La tradition rattache ces châteaux à l’intégration de l’Algarve au royaume portugais, les châteaux étant déjà présents dans les armes associées à ce territoire. Leur nombre a varié avant d’être définitivement fixé à sept sous João II, à la fin du XVe siècle. Le rapport de la commission chargée du drapeau de la République les considère ensuite comme un symbole particulièrement puissant de l’intégrité et de l’indépendance nationales.

Autrement dit, chercher aujourd’hui 7 forteresses précises correspondant une à une aux 7 représentations du drapeau conduit à simplifier une histoire héraldique beaucoup plus longue. Le symbole renvoie bien aux conquêtes territoriales et à la construction du royaume ; la correspondance « un château dessiné = un château historique déterminé » relève surtout d’une interprétation populaire.

Le drapeau actuel du Portugal n’a officiellement que 115 ans

Le paradoxe est finalement assez joli. Une grande partie des symboles visibles sur le drapeau plonge ses racines dans le Moyen Âge ou dans l’époque des grandes navigations, mais leur assemblage actuel est relativement récent. Après son approbation par le gouvernement provisoire le 29 novembre 1910, le nouveau drapeau est consacré par l’Assemblée nationale constituante en 1911.

Le décret du 19 juin 1911 définit officiellement une bannière divisée verticalement entre vert foncé et rouge écarlate, avec le vert du côté de la hampe. L’écu des armes nationales doit être placé sur la séparation entre les deux couleurs et reposer sur la sphère armillaire manuéline. Les proportions et détails techniques sont précisés peu après.

Le résultat est un drapeau particulièrement dense en références historiques. La République lui a donné ses couleurs ; les premiers siècles du royaume lui ont légué son écu ; l’expansion maritime lui a offert sa sphère armillaire. Plus qu’un simple emblème rouge et vert, le drapeau portugais superpose ainsi près de neuf siècles de construction d’une identité nationale.

Et c’est peut-être ce qui le rend si particulier. À première vue, quelques secondes suffisent pour reconnaître le Portugal. Mais lorsqu’on s’approche des cinq quinas, des vingt-cinq besants, des sept châteaux et des anneaux de la sphère armillaire, c’est une bonne partie de l’histoire du pays qui se cache au centre du drapeau.

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