Pourquoi la bibliothèque Joanina abrite-t-elle des chauves-souris ?

bibliotheque joanina

À Coimbra, dans le cœur de l’une des plus anciennes universités d’Europe, se dresse un joyau baroque à nul autre pareil : la bibliothèque Joanina. Derrière ses boiseries précieuses et ses volumes centenaires, un mystère fascine les visiteurs du monde entier. Chaque nuit, alors que le silence retombe sur les rayonnages, de petites silhouettes ailées s’éveillent et prennent leur envol entre les plafonds peints et les arches de pierre. Ce ne sont pas des fantômes, mais des chauves-souris, et elles sont les gardiennes silencieuses de l’un des patrimoines bibliographiques les plus précieux du Portugal.

Loin d’être indésirables, ces animaux jouent un rôle crucial dans la préservation des ouvrages anciens. Leur présence millénaire, bien que discrète, est au cœur d’un système écologique ingénieux et respectueux de l’histoire. Car à la bibliothèque Joanina, la nature et le savoir cohabitent dans une harmonie rare, mêlant tradition, science et symbolique.

Un joyau baroque où cohabitent livres anciens et chauves-souris

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Construite entre 1717 et 1728 sous le règne de Jean V du Portugal, la bibliothèque Joanina est un monument de l’érudition européenne. Elle abrite près de 60.000 volumes, dont de nombreux ouvrages antérieurs au XIXᵉ siècle, conservés dans des conditions exceptionnelles grâce à une architecture pensée pour la stabilité thermique et hygrométrique. Les murs, épais d’un mètre, le bois d’exotique d’Afrique et du Brésil, et les plafonds peints participent à faire de ce lieu un écrin pour la connaissance.

Mais c’est surtout la vie secrète qui s’y déploie à la tombée du jour qui rend cet endroit unique. Depuis des décennies, ou peut-être bien plus, des chauves-souris vivent dans les combles, derrière les étagères et dans les interstices invisibles à l’œil nu. Elles dorment pendant la journée et s’activent la nuit venue, en quête de nourriture. Leur rôle, loin d’être anecdotique, est fondamental : elles protègent les manuscrits de leurs pires ennemis : les insectes.

Les chauves-souris, elles, assurent une défense naturelle sans recours aux produits chimiques

En effet, les insectes xylophages ou les larves de mites bibliophages peuvent ravager des collections entières. Les chauves-souris, elles, assurent une défense naturelle sans recours aux produits chimiques, dont l’usage altérerait les encres et les papiers anciens. Leur présence est donc précieuse, à la fois pour les bibliothécaires et les conservateurs du patrimoine.

Un protocole nocturne bien rôdé

livre coimbra joanina

Des mesures discrètes mais indispensables

Chaque soir, les bibliothécaires se livrent à un rituel bien précis : ils recouvrent les meubles anciens et les tables du XVIIIᵉ siècle avec des draps en cuir. Cette précaution vise à protéger ces pièces rares des déjections nocturnes laissées par les chauves-souris. Car si ces petites gardiennes volantes sont utiles, elles ne sont pas totalement exemptes d’effets secondaires.

Le matin, une autre tâche attend l’équipe : nettoyer le sol et retirer les protections. Tout est fait pour préserver l’hygiène du lieu sans compromettre l’équilibre délicat entre architecture, livres et faune. Cette cohabitation implique une discipline quotidienne, mais elle est acceptée sans réserve, preuve de l’engagement des équipes pour une conservation douce et durable.

Un exemple d’écologie appliquée au patrimoine

La bibliothèque Joanina de Coimbra est souvent citée dans les cercles de conservation pour l’exemplarité de son approche. Plutôt que de tenter de repousser la nature, elle l’intègre intelligemment à son fonctionnement. Cette stratégie “zéro chimie” est aujourd’hui saluée par de nombreux spécialistes, notamment ceux qui militent pour une préservation plus respectueuse des équilibres écologiques.

La bibliothèque Joanina est souvent citée dans les cercles de conservation pour l’exemplarité de son approche

Le physicien Carlos Fiolhais, ancien directeur de la bibliothèque générale de l’Université de Coimbra, résume bien cette philosophie : « Les chauves-souris sont une solution naturelle et efficace. Elles incarnent un équilibre entre tradition, science et respect de l’environnement. » Une position qui témoigne de la sophistication d’une pensée patrimoniale profondément moderne.

Un symbole entre science et superstition

Dans l’imaginaire collectif, les chauves-souris évoquent souvent des figures inquiétantes, proches des vampires ou des créatures nocturnes. Pourtant, dans de nombreuses cultures, notamment en Asie, elles symbolisent la chance, la prospérité et la longévité. Ce contraste se reflète dans l’ambivalence de leur perception en Occident.

À Coimbra, elles sont vues comme des alliées discrètes mais précieuses. Loin d’être effrayantes, elles suscitent la curiosité des visiteurs qui découvrent, stupéfaits, cette forme de protection naturelle en action. Certaines visites guidées nocturnes évoquent même cette spécificité unique, qui renforce l’aura mystérieuse et poétique de la bibliothèque.

Un sanctuaire fragile entre mémoire et biodiversité

La cohabitation entre la bibliothèque Joanina et ses locataires ailés reste cependant fragile. Elle dépend d’un équilibre biologique subtil, menacé par le réchauffement climatique, la diminution des habitats naturels et les perturbations environnementales. Préserver cette harmonie suppose une vigilance constante, et un respect profond du vivant.

Cette singularité portugaise nous invite à repenser notre rapport au patrimoine : et si protéger les œuvres du passé passait aussi par une alliance avec la nature ? À l’heure où de nombreux sites historiques cherchent à réduire leur empreinte écologique, Coimbra donne une leçon de bon sens et d’humilité. Dans cette bibliothèque, ce ne sont pas les technologies dernier cri qui garantissent la conservation des livres, mais bien les battements d’ailes silencieux d’un animal souvent mal-aimé.

Un exemple d’intelligence écologique

La bibliothèque Joanina est bien plus qu’un chef-d’œuvre architectural. C’est un exemple vivant d’intelligence écologique au service de la mémoire collective. Grâce aux chauves-souris, ces livres rares continuent d’exister dans leur intégrité, sans produits chimiques ni artifices. Un miracle nocturne qui rappelle que la nature, lorsqu’on la respecte, peut devenir l’alliée la plus fidèle du savoir humain.

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