Magusto, la fête de São Martinho

São Martinho

Chaque 11 novembre, une odeur de bois brûlé et de châtaignes grillées s’élève des vallées portugaises. Des villages du Trás-os-Montes aux ruelles de Lisbonne, le Magusto marque l’arrivée de l’hiver et la chaleur du partage. Née d’une légende vieille de plus de seize siècles, cette fête populaire est bien plus qu’une simple coutume : c’est un lien vivant entre la nature, la générosité et le cycle agricole. Au Portugal, le mois de novembre ne se comprend pas sans le São Martinho, ce jour où la flamme des foyers ravive la mémoire d’un miracle et d’un peuple.

La légende de Saint Martin et le verão de São Martinho

São Martinho

Il faut remonter à l’an 316 pour comprendre la ferveur portugaise pour ce saint venu de loin. Martinho de Tours, alors soldat romain, croise un jour un mendiant transi de froid. Ému, il fend sa cape en deux pour lui en donner la moitié. Aussitôt, raconte la légende, les nuages s’écartent et un rayon de soleil réchauffe la terre. Ce sursaut de douceur, interprété comme une récompense céleste, donne naissance à ce que les Portugais appellent encore aujourd’hui le Verão de São Martinho : l’« été de Saint Martin ».

Chaque année, autour du 11 novembre, le pays connaît en effet une trêve météorologique : le ciel s’éclaircit, les températures remontent, et l’automne suspend un instant sa mélancolie. Dans les campagnes, on en profite pour récolter les dernières châtaignes, goûter le vin nouveau et allumer les premiers feux de bois. Ce retour symbolique du soleil au cœur de l’automne incarne l’esprit de la fête : la lumière née du partage.

Le feu du Magusto, cœur de la tradition

feu de magusto

Le mot magusto viendrait du latin magnus ustus, signifiant « grand feu ». Tout part de là : d’un brasier où l’on fait rôtir les châtaignes, que l’on partage ensuite, noires de suie et brûlantes, en riant autour des flammes. C’est une scène que l’on retrouve dans chaque région, du nord au sud du pays. Les familles, les écoles et les associations se rassemblent pour célébrer ensemble la fin des récoltes, dans une atmosphère de simplicité joyeuse.

Les châtaignes, reines de la fête, sont souvent accompagnées d’un verre de jeropiga ou d’água-pé, ces boissons rustiques issues des vendanges. La première est un mélange de moût et d’eau-de-vie qui arrête la fermentation et donne un goût sucré, presque liquoreux. La seconde, plus légère, est préparée en versant de l’eau sur le marc du raisin encore imprégné de jus. Ces breuvages sont à la fête ce que les châtaignes sont au feu : indissociables.

Des origines païennes aux célébrations populaires

magusto

Bien avant le christianisme, le feu et les fruits d’automne accompagnaient déjà les rites du passage de saison. Les Celtes et les Romains offraient aux dieux les premiers produits de la terre : viandes, céréales, vin et châtaignes. Au fil des siècles, l’Église a intégré ces pratiques dans le calendrier des saints, et São Martinho est devenu le symbole de la charité et de la lumière retrouvée.

Aujourd’hui, rares sont ceux qui se souviennent des racines païennes de la fête. Le Magusto est surtout un moment de convivialité. Dans les écoles, les enfants griment leur visage avec la suie des châtaignes brûlées ; dans les villages, les anciens rappellent les dictons : « No dia de São Martinho, lume, castanhas e vinho » : « Le jour de Saint Martin, du feu, des châtaignes et du vin ». Le feu purifie, la châtaigne nourrit, le vin réunit. Trois symboles qui résument la philosophie portugaise du partage.

Les grands Magustos du Portugal

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De Penafiel à Marvão, de Vinhais à Fafe, les Magustos se multiplient dans tout le pays. À Penafiel, la fête dure près de deux semaines : processions, concerts et dégustations de vin nouveau rassemblent des milliers de visiteurs. À Marvão, dans le nord de l’Alentejo, la Festa da Castanha attire les foules avec plus de 4 tonnes de châtaignes et un millier de litres de vin. À Vinhais, le “plus grand grilloir de châtaignes du monde” fume sans relâche au rythme des fanfares et des chants populaires.

Dans le Douro, la célébration prend des airs poétiques : des croisières fluviales proposent de savourer les châtaignes et le vin sur les eaux dorées du fleuve, au cœur d’un paysage de vignes en terrasses. À Lisbonne, la tradition se réinvente dans les quartiers bohèmes : les magustos urbanos mêlent DJ, street food et verres de jeropiga entre entrepôts et azulejos.

Un patrimoine vivant, entre ruralité et modernité

Ce qui frappe, dans cette fête, c’est sa capacité à rassembler les générations. Les plus jeunes découvrent un Portugal des sens, celui de la terre, de la fumée et du raisin. Les plus âgés retrouvent les gestes d’autrefois, transmis sans qu’on y pense. Le Magusto n’est pas figé dans le passé : il évolue avec son époque, tout en gardant son âme paysanne. Dans les écoles, on apprend aux enfants à reconnaître l’odeur du feu de bois et à remercier pour la chaleur ; dans les villes, on transforme la fête en célébration culinaire et écologique.

En un temps où le rythme des saisons s’efface, le 11 novembre rappelle que le feu peut encore réunir. Autour des châtaignes qui éclatent, le Portugal célèbre sa douceur automnale, ce moment rare où la nature semble suspendue entre l’été et l’hiver. Et, comme le veut l’adage : « Pelo São Martinho, prova o vinho e assa o porquinho » : « Pour la Saint Martin, goûte le vin et rôtis le cochon ». Car au fond, le Magusto, c’est cela : un pays entier qui lève son verre à la générosité, à la chaleur et à la lumière du cœur. Feliz Magusto!

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