Portugal : la sécurité énergétique passe par l’étranger

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Leader reconnu de la transition écologique en Europe, le Portugal affiche depuis plusieurs années des objectifs ambitieux en matière d’énergies renouvelables. Avec plus de 70 % de son électricité issue de sources vertes (solaire, hydraulique, éolienne, biomasse…), le pays s’impose souvent comme un modèle de décarbonation rapide. Pourtant, cet engagement vert masque une réalité plus fragile : celle d’un système énergétique dépendant, peu interconnecté et exposé aux aléas. Le black-out du 28 avril 2025, qui a plongé une partie du pays dans le noir aux côtés de l’Espagne, a brutalement rappelé les limites de cette architecture insulaire. Aujourd’hui, Lisbonne cherche une porte de sortie : elle passe par Paris, ou peut-être … par Rabat.

Une péninsule à la traîne des interconnexions européennes

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Depuis l’interruption massive d’avril, les autorités portugaises mènent avec Madrid un intense lobbying pour obtenir un renforcement des connexions électriques avec la France. Car si l’Union européenne vise un objectif de 15 % d’échanges transfrontaliers d’ici 2030, la péninsule ibérique plafonne encore à 3 %. Ce retard historique est dû à la configuration géographique, mais aussi à une forme de déconnexion politique entre la France et ses voisins du Sud. Pour Lisbonne, cet isolement énergétique est aujourd’hui un risque stratégique, surtout à l’heure où la consommation électrique atteint des records inédits.

La ministre portugaise de l’Environnement et de l’Energie, Maria da Graça Carvalho, insiste : « Une meilleure interconnexion avec la France permettrait non seulement de renforcer notre résilience, mais aussi de contribuer aux besoins du reste de l’Europe en énergie verte ». Une lettre conjointe de Lisbonne et Madrid a reçu une réponse favorable de Paris, et une réunion est prévue à l’automne, en présence de la Commission européenne. Mais sur le terrain, les chantiers avancent lentement.

Une liaison est déjà en construction dans le golfe de Gascogne, censée doubler les capacités d’ici 2028. Toutefois, la France fait valoir ses propres urgences : modernisation de son réseau vieillissant, priorité donnée au nucléaire et à la souveraineté de ses flux énergétiques. Dans ce contexte, les espoirs portugais pourraient être déçus ou, à tout le moins, fortement retardés.

La tentation marocaine

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Face à l’incertitude française, Lisbonne envisage une alternative : le Maroc. Déjà relié à l’Espagne, le royaume chérifien se présente comme une option crédible, du moins sur le papier. Maria da Graça Carvalho a confirmé que des discussions exploratoires allaient s’engager pour évaluer la faisabilité d’une interconnexion sous-marine avec Rabat. Le modèle est inspiré du projet marocain de liaison électrique avec le Royaume-Uni.

Mais une telle infrastructure, estimée à plus d’un milliard d’euros, soulève des interrogations stratégiques. D’un côté, elle permettrait au Portugal de diversifier ses approvisionnements, tout en consolidant son rôle de hub énergétique atlantique. De l’autre, elle ferait entrer sur le sol portugais de l’électricité produite hors de l’Union européenne, dont une partie à partir de centrales à charbon marocaines. Le lobby local des renouvelables s’oppose d’ailleurs à cette option, craignant une dilution du modèle portugais d’énergie verte.

Un modèle vert mais vulnérable

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Le black-out d’avril a agi comme un électrochoc. Non pas parce qu’il remettrait en cause le virage écologique du pays, mais parce qu’il en révèle les faiblesses. Aujourd’hui, 71 % de l’électricité portugaise provient de sources renouvelables. Le gouvernement vise 80 % en 2026. Mais cette proportion masque une forte dépendance au soleil et au vent, des éléments variables, parfois imprévisibles.

Dans un contexte de consommation record, les failles du réseau apparaissent : capacité de stockage insuffisante, réseau haute tension sous-dimensionné, centralisation des capacités de secours. Le plan présenté cet été par le gouvernement prévoit 400 millions d’euros d’investissements pour moderniser le réseau, doubler les centrales de secours, renforcer le contrôle en temps réel et encourager l’innovation. Mais il faudra du temps, et sans interconnexions renforcées, le modèle reste à la merci des aléas.

Une indépendance trompeuse

Contrairement à la France, le Portugal ne produit pas d’électricité nucléaire. Le gaz, principalement importé du Nigeria ou des États-Unis, reste nécessaire pour compenser les épisodes sans vent ni soleil. En matière d’énergie primaire, les énergies fossiles représentent encore 61 % de la consommation nationale, contre 39 % en France. L’indépendance portugaise, souvent vantée, est donc partielle. Et à défaut de ponts avec ses voisins, elle s’avère surtout fragile.

Alors que l’UE demande plus de coopération régionale pour assurer sa souveraineté énergétique, la péninsule ibérique reste en marge. L’enjeu n’est pas qu’économique : il touche à la solidarité européenne, à la résilience climatique et à la capacité de toute une région à jouer un rôle dans la transition continentale. Encore faut-il que les lignes suivent.

Un rapport de l’Agence de coopération des régulateurs de l’énergie (ACER) sur les causes du black-out est attendu le 3 octobre. Il devrait lever le voile sur les défaillances techniques et organisationnelles ayant précipité la crise.

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