Depuis le 1er janvier 2026, les opérations de transformation d’olives en huile d’olive au Portugal sont officiellement soumises à un taux de TVA réduit de 6 %. La mesure, inscrite dans le Budget de l’État 2026 (OE2026), répond à une forte mobilisation du secteur agricole, après une brève hausse à 23 % au printemps 2025. Cette correction fiscale stabilise un secteur déjà confronté à de fortes tensions de marché et à une volatilité de la demande.
Une correction attendue par la filière
Le retour au taux réduit s’applique aux prestations de service réalisées par les moulins (lagares) lors de la transformation d’olives livrées par les producteurs. Jusqu’en mars 2025, ces opérations bénéficiaient du taux réduit, au même titre que le produit fini. Mais une directive européenne transposée au Portugal avait fait passer ces services à un taux standard de 23 %, déclenchant une vague de protestations menée par la Confédération des Agriculteurs du Portugal (CAP).
Cette dernière estimait que cette hausse allait à l’encontre du principe de cohérence fiscale, créant un déséquilibre entre les différents maillons de la chaîne de valeur. Elle alertait également sur l’impact sur les petites exploitations oléicoles, pour lesquelles la transformation représente un poste de coût essentiel.
Le gouvernement a finalement acté le retour au taux réduit dans l’Orçamento do Estado 2026, désormais en vigueur. La mesure a été saluée par les représentants du secteur comme une victoire pragmatique, dans un contexte de pression sur les marges et d’exposition à la concurrence internationale.
Une campagne stable, mais sous tension
La production nationale d’huile d’olive pour la campagne 2025–2026 est estimée entre 160 000 et 170 000 tonnes, selon les dernières données d’Olivum, la principale association professionnelle du secteur. Il s’agit d’un niveau proche de celui de la campagne précédente, malgré une légère baisse liée aux conditions climatiques irrégulières dans le Sud, notamment en Alentejo.
Olivum, qui regroupe plus de 53 000 hectares d’oliveraies, 21 moulins et environ 70 % de la production nationale, rappelle que cette stabilité masque des tensions croissantes sur les coûts de production, en particulier sur l’énergie, l’eau et la main-d’œuvre.
Reprise partielle de la consommation, mais marges limitées
Sur le plan commercial, les perspectives sont contrastées. Selon Jorge de Melo, PDG du groupe Sovena, le marché mondial de l’huile d’olive, qui avait chuté de 40 % entre 2023 et 2024, est en phase de redressement. Au Portugal, la demande aurait progressé de 20 à 22 % sur l’année écoulée, portée par une baisse progressive des prix en rayon.
« Il y a une petite marge pour baisser encore les prix, mais pas beaucoup plus. Si les prix tombent trop bas, la production cesse d’être viable pour les agriculteurs », estimait Jorge de Melo dans un entretien accordé à l’été 2025. L’enjeu est donc de préserver une rentabilité minimale sans freiner la reprise de la consommation.
Une réforme qui évite un décrochage compétitif
La décision de revenir au taux réduit permet au Portugal de réaligner sa fiscalité avec celle d’autres pays producteurs, comme l’Espagne ou l’Italie, où des dispositifs similaires permettent de soutenir la transformation agricole. Elle évite également une distorsion entre les petites structures et les industriels intégrés capables d’absorber des hausses ponctuelles de fiscalité.
Pour les producteurs indépendants, le maintien du taux réduit constitue un levier de compétitivité essentiel, notamment dans les zones rurales comme l’Alentejo, où l’oléiculture représente une source d’emploi et de revenus importante. La mesure soutient ainsi indirectement la durabilité du tissu agricole portugais.
Un précédent pour l’adaptation des règles européennes
Ce retour à une fiscalité différenciée relance également le débat sur la flexibilité des États membres dans l’application des directives européennes. La directive transposée en 2025 n’imposait pas explicitement un relèvement de TVA sur la transformation, mais sa lecture stricte avait conduit à une interprétation défavorable. Le recul du gouvernement portugais pourrait faire école chez d’autres pays confrontés à des situations similaires.
À court terme, la décision garantit une certaine stabilité au secteur oléicole portugais. À moyen terme, elle souligne la nécessité de mieux articuler les réglementations européennes avec les réalités économiques locales, dans un contexte où la souveraineté alimentaire et la résilience des filières agricoles sont redevenues des priorités stratégiques.







