Baisse de 36% du prix de l’huile d’olive portugaise

huile olive portugal

Au Portugal, l’huile d’olive retrouve un prix plus respirable après deux années de tension historique sur le marché méditerranéen. Les données compilées entre novembre 2024 et octobre 2025 montrent une baisse spectaculaire du prix du litre d’huile d’olive vierge, passée de 7,98 € à 5,07 € le litre, soit une réduction de plus de 36 %. Cette évolution, loin d’être linéaire, révèle un marché encore fragile, soumis à des fluctuations rapides, mais également une consommation en nette reprise. Dans un pays où l’olive demeure un pilier gastronomique et identitaire, cette correction des prix relance des questions économiques plus profondes : que nous dit-elle de la résilience de la filière ? Et comment les producteurs envisagent-ils déjà l’année 2026 ?

Des prix en dents de scie, reflet d’un marché nerveux

La trajectoire des prix témoigne d’un marché qui, malgré la baisse générale, a oscillé avec une intensité peu habituelle. Après un début d’année encore élevé, le litre d’huile d’olive vierge grimpe légèrement entre février et mars 2025, passant de 6,60 € à 6,66 €, avant de plonger brutalement vers 5,59 € fin avril. Cette dégringolade est immédiatement suivie d’un rebond au-dessus des 6 € en mai, signe que le secteur restait soumis à une forte volatilité, portée par l’incertitude sur les récoltes, les stocks européens et la demande internationale, elle-même affaiblie par plusieurs mois de prix records.

Mais à partir du 16 juin, une inflexion durable s’installe : la courbe ne remonte plus. Jour après jour, les prix s’effritent, jusqu’à atteindre fin octobre le seuil le plus bas du cycle, 5,07 €. Cette stabilisation relative dans la baisse laisse entrevoir une normalisation progressive du marché, en rupture avec les chocs tarifaires observés depuis 2022.

L’huile d’olive vierge extra n’échappe pas à cette tendance. Son prix recule lui aussi fortement, de 8,69 € à 6,55 € le litre, confirmant un ajustement global de la filière. Pour les consommateurs, l’allégement est immédiat ; pour les producteurs, en revanche, il s’agit d’un répit encore fragile face à la hausse des coûts agricoles et à des rendements irréguliers.

Une consommation en hausse, mais encore inférieure à la période pré-crise

La baisse des prix a eu un impact immédiat sur les habitudes d’achat. Entre janvier et octobre 2025, les ventes nationales d’huile d’olive augmentent de 30 % par rapport à la même période de 2024. Une progression impressionnante, mais qui ne suffit pas à retrouver les niveaux antérieurs : la consommation reste environ 8 % sous la moyenne enregistrée entre 2021 et 2023. Le choc psychologique provoqué par l’envolée des prix de 2022-2024 n’a donc pas complètement disparu, et certains ménages continuent de rationner un produit longtemps perçu comme devenu « de luxe ».

Les exportations confirment cette asymétrie. De janvier à septembre, les volumes expédiés à l’étranger progressent de 12,6 %, profitant en partie du reflux des prix internationaux. Mais en valeur, la chute est sévère : –33 %. Le secteur vend davantage, mais gagne beaucoup moins, conséquence directe de la revalorisation difficile après les flambées précédentes.

Une récolte 2025-2026 annoncée comme « moyenne », sans bouleversement attendu des prix

Pour 2026, les perspectives demeurent prudentes. La production d’olives devrait être environ 20 % inférieure à celle de la campagne précédente, selon les estimations relayées par la Casa do Azeite 1. Pas de quoi annoncer une nouvelle crise : le volume reste dans la fourchette d’une année « médiane », suffisamment stable pour éviter de remettre sous pression les prix à court terme.

Interrogée par l’agence de presse Lusa, Mariana Matos, secrétaire générale de l’association, estime qu’aucun changement majeur n’est à prévoir pour l’année à venir. Des ajustements sont possibles, reconnaît-elle, mais « pas d’altérations très significatives ». En creux, le message est clair : la filière espère une forme d’accalmie après trois années de turbulences extrêmes.

Fondée en 1976, la Casa do Azeite regroupe aujourd’hui une quarantaine d’entreprises représentant près de 85 % de l’huile d’olive de marque conditionnée au Portugal. Son analyse reflète donc l’état d’esprit dominant chez les industriels : vigilance, mais pas d’alarmisme.

Un secteur entre normalisation et incertitudes persistantes

La baisse de 36 % du prix de l’huile d’olive ne signe pas la fin de la volatilité ; elle marque plutôt une forme de retour à l’équilibre après un choc mondial. Les producteurs restent confrontés à des coûts élevés (main-d’œuvre, emballage, énergie), tandis que les marchés extérieurs demeurent sensibles aux stratégies des grands acteurs méditerranéens, notamment l’Espagne, dont les récoltes conditionnent en grande partie les prix européens.

Pour les consommateurs portugais, la détente actuelle est une bouffée d’air, même si le souvenir des bouteilles à plus de 10 € reste vif. Pour les exportateurs, l’équation est plus complexe : vendre davantage ne garantit plus la même rentabilité. Quant aux responsables de la filière, ils misent sur une campagne 2026 sans secousses majeures, tout en sachant que le climat, les marchés internationaux et les politiques agricoles peuvent rapidement rebattre les cartes.

Le Portugal, pays d’oliviers millénaires et d’huiles reconnues, retrouve ainsi un terrain un peu plus stable. Mais sous cette apparence de retour au calme, la filière sait que la prochaine oscillation pourrait venir plus vite qu’on ne le pense.

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