Il y a des figures qui traversent les siècles sans vraiment les quitter. Leur nom flotte dans les marges des manuels, leur œuvre circule entre spécialistes, mais leur destin reste à raconter. Avec Leonor, Marquesa de Alorna, la fiction portugaise s’empare enfin d’une vie romanesque, celle de Leonor de Almeida Portugal, femme de lettres du XVIIIᵉ siècle, longtemps restée dans l’ombre de son époque.
Produite par Ukbar Filmes pour la chaîne publique RTP, avec le soutien de Netflix, la série sera diffusée en novembre sur RTP avant d’intégrer le catalogue de la plateforme internationale. Un passage par le service public portugais dans un premier temps, comme pour affirmer l’ancrage patrimonial du projet, avant l’ouverture au monde.
Une marquise entre cloître et cour impériale

Inspirée du roman biographique de Maria João Lopo de Carvalho, la série retrace le parcours de Leonor de Almeida Portugal (1750-1839), poétesse, traductrice et pédagogue dont l’œuvre ne sera publiée qu’à titre posthume. Six épisodes pour embrasser une trajectoire marquée par les enfermements, les exils et les renaissances.
Le récit s’ouvre dans un couvent lisboète et s’étire jusqu’à la cour extravagante de Vienne. Entre ces deux mondes, la série promet d’explorer les premières passions, les trahisons, la maternité, les deuils. Plus qu’un biopic, un portrait en mouvement : celui d’une femme qui apprend à exister dans une société qui ne lui laisse guère de place.
La production revendique d’ailleurs cette dimension contemporaine. Dès 2023, au forum Iberseries, le producteur Pablo Iraola soulignait que l’histoire de la marquise « invite à réfléchir à la place des femmes dans la société, hier comme aujourd’hui ». Une déclaration d’intention qui résonne avec l’actualité des débats sur la visibilité des créatrices.
Sara Matos en tête d’affiche

Dans le rôle-titre, l’actrice portugaise Sara Matos incarne cette figure complexe, tiraillée entre devoir aristocratique et désir d’émancipation. À ses côtés, un casting solide : Sandra Faleiro, Albano Jerónimo, Joana Solnado, Soraia Chaves ou encore Miguel Borges. Une distribution qui mêle visages familiers du cinéma d’auteur et figures populaires du petit écran.
La mise en scène est signée Tiago Alvarez Marques. Le scénario réunit Pandora da Cunha Telles, Mário Cunha, Cláudia Clemente et Rafael do Carmo Afonso, dans une coproduction luso-espagnole avec Tornasol Media. Présentée récemment au marché audiovisuel en marge du Festival international du film de Berlin, dans le cadre de l’initiative “Séries en Série”, l’œuvre s’inscrit déjà dans les nouvelles ambitions de la fiction portugaise pour 2026.
Netflix, nouvel allié du patrimoine portugais
Ce passage par Netflix n’est pas anodin. Depuis quelques années, la plateforme investit dans des productions locales capables de dialoguer avec un public international. En soutenant Leonor, Marquesa de Alorna, elle parie sur un récit historique à forte identité nationale, mais aux thématiques universelles : l’émancipation, la création, la transmission.
La diffusion différée, d’abord sur RTP, puis sur Netflix, dessine un modèle hybride. La télévision publique conserve la primeur d’un projet patrimonial, tandis que la plateforme assure une seconde vie mondiale à la série. Une stratégie qui témoigne de la maturité croissante de l’industrie audiovisuelle portugaise.
Au fond, cette série raconte autant une femme du XVIIIᵉ siècle qu’un pays qui redécouvre ses héroïnes. Entre cloître et palais, entre Lisbonne et Vienne, Leonor, Marquesa de Alorna pourrait bien transformer une figure littéraire encore confidentielle en icône de fiction contemporaine.







